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VII

Je ne voyais pas même le trou noir où je devais m'engager; car, outre qu'il faisait nuit, le caveau était obscur en plein jour et on n'y allait qu'à tâtons. Je n'hésitai pas et je passai très facilement. Je rampai jusqu'à la grille d'un petit soupirail et j'écoutai. D'abord, je n'entendis rien, et puis je saisis quelque chose comme des mots dits tout bas; enfin la voix s'éleva assez pour que je reco

– Ne craignez rien, lui dis-je, c'est moi, la petite Nanette amenée par le petit frère Émilien, qui est là aussi derrière moi pour savoir si vous souffrez.

– Ah! mes braves enfants, répondit-il, merci! Dieu vous bénisse! certes oui, je souffre, je suis mal, car j'étouffe; mais vous n'y pouvez rien.

– Peut-être aussi que vous avez faim et soif?

– Non, j'ai du pain et de l'eau, et je m'arrangerai pour dormir sur la paille. Une nuit est bientôt passée et peut-être que demain ma pénitence sera finie. Retirez-vous; si Émilien était surpris essayant de me porter secours, il serait puni comme moi.

Je m'en revins à reculons vers Émilien, qui me pria de retourner lui dire ceci:

– Une nuit n'est rien; mais, si vous devez rester ici davantage, nous le saurons et nous ferons en sorte de vous délivrer.

– Gardez-vous-en bien! s'écria-t-il, je dois me soumettre, ou mon sort serait pire.

Il n'était pas facile de parlementer longtemps, car j'étouffais dans ce boyau de maço

– Je vois une chose certaine, lui dis-je; c'est que, si vous rentrez au moutier, vous serez traité comme ce pauvre frère.

– Sois tranquille, répondit-il, je serai très prudent. Si le père Fructueux ne reparaît pas demain, je sais où il est et je verrai ce que je dois faire. Comme j'ai à le délivrer, je ne suis pas si simple que de me faire coffrer moi-même.

Nous nous séparâmes.

Le lendemain, le priso

– À présent, me dit Émilien, il n'y a rien à ménager, ce serait lâche! Viens avec moi chez le maire, tu témoigneras de la vérité. Il faut que le magistrat somme les moines de délivrer ce malheureux.

Ce ne fut pas aussi facile qu'il se l'imaginait. Le maire était un bien brave homme, mais pas trop hardi. Il avait gagné du bien en affermant la meilleure métairie des moines, et il ne savait plus trop s'ils ne redeviendraient pas les maîtres. Il disait bien que l'économe était le seul bon de la communauté et qu'elle aurait dû le nommer supérieur; mais il ne voulait pas croire que les frères eussent l'intention de le laisser mourir en prison.

Heureusement, d'autres municipaux arrivèrent et Émilien leur parla très vivement. Il leur rappela que la loi rompait les vœux et décrétait la liberté des religieux. Le devoir de la municipalité était de faire respecter la loi, il n'y avait pas à aller contre. Si celle de Valcreux s'y refusait, il partirait sur l'heure pour la ville où il trouverait bien des magistrats plus courageux et plus humains.

Je fus toute contente de voir le feu qu'il y mettait, et, par prières et caresses, je plaidai aussi auprès du maire, qui m'aimait beaucoup et me questio

– Allons, allons, dit-il, il nous faut marcher, nous autres vieux, devant le commandement de deux enfants! C'est drôle tout de même, mais on vit dans le temps des changements: nous l'avons voulu, il faut en supporter la conséquence.

– Vous voyez, lui dit Émilien, que nous sommes venus à vous avec tout le respect qui vous est dû et avec toute la prudence qu'il fallait. Nous n'avons dit qu'à vous ce qui se passe, tandis que, si nous avions voulu ameuter les jeunes gens de la commune, le priso

Le maire pria trois ou quatre du conseil de l'accompagner.

– Je confesse, dit-il, que je n'irais pas volontiers seul; c'est bien doux, bien gentil, les moines; mais, quand on les fâche, ça mord, et ça a la dent mauvaise.

Ils se rendirent sans bruit au moutier et furent bien reçus. Les moines ne se doutaient de rien; mais, quand le maire leur dit qu'il avait à leur parler à tous au nom de la loi et qu'il ne voyait point l'économe, ils furent très embarrassés et le firent passer pour malade.

– Malade ou non, nous le voulons voir, conduisez-nous à sa chambre.

On fit attendre longtemps, on voulait endormir la municipalité et on lui fit ho

– Mes bons pères, je vois bien que le père Fructueux est très malade; mais nous savons la cause de son mal, et nous avons l'ordre de le faire cesser. Si le père Fructueux veut vous quitter, il est libre et je lui offre ma maison; sinon, nous vous do

Les moines firent semblant de ne pas comprendre et le père Fructueux refusa poliment la protection qu'on lui offrait; mais les autres se le tinrent pour dit. Ils n'avaient pas cru que le maire aurait tant de fermeté et la peur les prit. Dès le lendemain ils tinrent conseil et le père Fructueux, qui pouvait les perdre et qui ne le voulait pas, fut nommé supérieur des trois autres. Il fut soigné et choyé, et ne se vengea point. Dès lors, ils se tinrent tranquilles; mais ils devinèrent bien qu'Émilien avait agi contre eux et ils le détestèrent à mort, sans oser le lui témoigner ouvertement.

Cette aventure acheva de nous rendre grands amis, Émilien et moi. Nous avions travaillé ensemble à une chose dont nous nous exagérions peut-être la conséquence parce qu'elle flattait notre petit orgueil, mais où nous avions porté une grande bo

N'ayant plus de loyer à payer aux moines et gagnant quelque chose, car je commençais à aller en journées et je travaillais à la lingerie du couvent, je n'étais plus dans la misère. Mes élèves me rapportaient, car ce fut la mode chez nous d'apprendre à lire jusqu'à ce que la vente des biens nationaux fût faite; après on n'y songea plus. Mais j'avais un second agneau et je vendis le premier assez bien, ce qui me permit d'acheter une seconde brebis; on me do

Mes grands cousins s'éto

Au printemps de 1791, une grande nouvelle nous arriva: la loi nous accordait huit mois de délai pour payer les biens nationaux. Alors, ce fut comme une volée d'alouettes qui s'abat sur un champ, et en trois jours tout le monde acheta. Ces lots étaient tout petits et si bon marché que toutes les menues terres du val y passèrent. Chacun en prit ce qu'il put, et le père Pamphile, qui faisait le goguenard, eut beau do