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IV
Alors les portes du moutier furent ouvertes à une douzaine des plus raiso
Trois jours et trois nuits durant, on fut sur pied, montant des gardes, faisant des rondes, veillant à tour de rôle, et de temps en temps se mettant d'accord avec les bandes que l'on rencontrait. Cette grande peur, qui n'était qu'une invention on ne sait de qui, je crois qu'on ne l'a jamais su, ne tourna pas en risée, comme on aurait pu s'y attendre. Les paysans de chez nous en devinrent plus vieux en trois jours que si ces jours eussent été des a
– Nous allons nous battre; si nous avons le dessous, ne nous attendez point à revenir avec l'e
La Mariotte cria, pleura et se mit à chercher une cache pour ses effets; quant à moi, si je croyais encore aux brigands, je ne les craignais plus, j’avais la tête montée; je me disais que, si mon oncle et mes cousins étaient tués, je n'avais que faire de vivre, et, laissant la Mariotte à ses préoccupations, je pris Rosette et la menai aux champs. Fallait-il la laisser mourir de faim pour la sauver du pillage?
L'envie de savoir me mena très loin sur le grand plateau semé de bois, mais je ne pus rien voir, parce que les paysans, réunis en troupes, guettaient ou se glissaient avec précaution dans les genêts et les ravines. Tout en regardant au loin à travers les arbres, je me trouvai empêchée tout d'un coup par quelqu'un qui se levait du milieu des buissons: c'était le petit frère qui chassait tranquillement et guettait les renards, sans souci de la guerre aux brigands.
– J'aurais cru, lui dis-je, que vous iriez avec les autres, voir au moins s'il y a du danger pour eux.
– Je sais, répondit-il, qu'il n'y en a pour perso
– Vous me fâchez de parler comme ça! je ne sais pas si je dois vous mépriser ou vous plaindre.
– Ni l'un ni l'autre, ma petite amie. Qu'on me do
– Alors, ne soyez pas moine?
– C'est facile à dire; qui me recevra, qui me nourrira, puisque ma famille doit me chasser et me renier si je lui résiste?
– Dame! vous travaillerez! c'est dur, mais Pierre et Jacques vont en journée, et ils sont plus heureux que vous.
– Ce n'est pas sûr. Ils ne pensent à rien, et moi, j'ai du plaisir à raiso
– Et m'apprendre, à moi? vous n'y songez plus!
– Si fait. Veux-tu commencer tout de suite?
– Commençons.
Il me do
– C'est peut-être, lui dis-je, que vous avez été mal enseigné?
– C'est peut-être, répondit-il, qu'on tâchait de m'empêcher d'apprendre.
Il fit un tour de chasse, tua un lièvre et me l'apporta.
– Ce sera, dit-il, pour le souper de ton oncle, et tu ne peux pas refuser.
– Mais c'est le gibier des moines?
– En ce cas, c'est le mien et j'ai le droit d'en disposer.
– Je vous remercie; mais je voudrais quelque chose pour moi qui ne suis pas gourmande.
– Quoi donc?
– Je voudrais savoir toutes mes lettres aujourd'hui. Me voilà reposée, vous n'êtes pas bien las…
– Allons, je veux bien, dit-il. Et il me fit lire encore.
Le soleil baissait, j'avais mieux mon esprit. Je co
– Qu'est-ce que tu veux dire?
– Je veux dire que le soleil est comme un feu gai, et l'eau comme la vierge reluisante du moutier; ça n'était pas comme ça les autres fois.
– C'est comme cela toutes les fois que le soleil se couche par un beau temps.
– Pourtant le père Jean dit que, quand le ciel est rouge, c'est signe de guerre.
– Il y a bien d'autres signes de guerre, ma pauvre Nanon!
Je ne lui demandai pas lesquels, j'étais pensive; mes yeux éblouis voyaient des lettres rouges et bleues dans les rayons du couchant.
– Y a-t-il dans le ciel, pensais-je, un signe qui me dira si je saurai lire?
La grive chantait toujours et semblait nous suivre dans les buissons. Je m'imaginai qu'elle me parlait de la part du bon Dieu et me faisait des promesses. Je demandai à mon compagnon s'il comprenait ce que les oiseaux chantaient.
– Oui, répondit-il, je le comprends très bien.
– Eh bien! la grive, qu'est-ce qu'elle dit?
– Elle dit qu'elle a des ailes, qu'elle est heureuse, et que Dieu est bon pour les oiseaux!
C'est ainsi que nous devisions en descendant le ravin, pendant que toute la France était en armes et cherchait la bataille.
À la nuit, mon monde rentra, et je servis le lièvre, qui fut trouvé bon. On n'avait point vu de brigands et on commençait à dire qu'il n'y en avait point, ou qu'ils ne s'aviseraient pas de venir chez nous. Le lendemain, on se tint encore en défense, mais ensuite on se remit au travail. Les femmes qui avaient caché leurs enfants reparurent avec eux; on déterra le linge et le peu d'argent qu'on avait enfouis, tout redevint tranquille comme auparavant. On fut content du petit frère qui, en parlant à propos aux moines, avait empêché les paroissiens de se brouiller avec eux; on pensait qu'ils étaient pour durer encore longtemps et on n'eût pas voulu encourir leur colère. Ils n'en montrèrent pas. On prétendit que le petit frère les avait bien raiso
Tous les jours, je le trouvai sur mon chemin, et c'est à travers champs qu'il m'apprit à lire si vite et si bien, que tout le monde s'en éto