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Il est donc vrai que la prospérité peut accompagner la plus mauvaise conduite, et qu'au milieu même du désordre et de la corruption, tout ce que les hommes appellent le bonheur peut se répandre sur la vie; mais que cette cruelle et fatale vérité n'alarme pas; que l'exemple du malheur poursuivant partout la vertu, et que nous allons bientôt offrir, ne tourmente pas davantage les ho

Tel était donc l'état des affaires de Mme de Lorsange, lorsque M. de Corville, âgé de cinquante ans, jouissant du crédit et de la considération que nous avons peints plus haut, résolut de se sacrifier entièrement pour cette femme et de la fixer à jamais à lui. Soit attention, soit procédés, soit politique de la part de Mme de Lorsange, il y était parvenu, et il y avait quatre ans qu'il vivait avec elle, absolument comme avec une épouse légitime, lorsque l'acquisition d'une très belle terre auprès de Montargis les obligea l'un et l'autre d'aller passer quelque temps dans cette province.

Un soir, où la beauté du temps leur avait fait prolonger leur promenade, de la terre qu'ils habitaient jusqu'à Montargis, trop fatigués l'un et l'autre pour entreprendre de retourner comme ils étaient venus, ils s'arrêtèrent à l'auberge où descend le carrosse de Lyon, à dessein d'envoyer de là un homme à cheval leur chercher une voiture. Ils se reposaient dans une salle basse et fraîche de cette maison, do

C'est un amusement assez naturel que de regarder une descente de coche; on peut parier pour le genre des perso

M. de Corville et sa maîtresse ne peuvent s'empêcher de s'intéresser pour cette misérable fille. Ils s'approchent, ils demandent à l'un des gardes ce qu'a fait cette infortunée.

– On l'accuse de trois crimes, répond le cavalier, il s'agit de meurtre, de vol et d'incendie; mais je vous avoue que mon camarade et moi n'avons jamais conduit de criminel avec autant de répugnance; c'est la créature la plus douce, et qui paraît la plus ho

– Ah, ah! dit M. de Corville, ne pourrait-il pas y avoir là quelques-unes de ces bévues ordinaires aux tribunaux subalternes?… Et où s'est commis le délit?

– Dans une auberge à quelques lieues de Lyon; c'est Lyon qui l'a jugée; elle va, suivant l'usage, à Paris pour la confirmation de sa sentence, et reviendra pour être exécutée à Lyon.

Mme de Lorsange, qui s'était approchée, qui entendait ce récit, témoigna bas à M. de Corville l'envie qu'elle aurait d'apprendre de la bouche de cette fille même l'histoire de ses malheurs, et M. de Corville, qui formait aussi le même désir, en fit part aux deux gardes en se nommant à eux.

Ceux-ci ne crurent pas devoir s'y opposer. On décida qu'il fallait passer la nuit à Montargis; on demanda un appartement commode; M. de Corville répondit de la priso

– Vous raconter l'histoire de ma vie, madame, dit la belle infortunée, en s'adressant à la comtesse, c'est vous offrir l'exemple le plus frappant des malheurs de l'i

Des pleurs coulèrent alors avec abondance des yeux de cette intéressante fille, et après leur avoir do

– Vous me permettrez de cacher mon nom et ma naissance, madame; sans être illustre, elle est ho

– Hélas! monsieur, lui répondis-je toute confuse, je suis une pauvre orpheline qui n'ai pas encore quatorze ans et qui co

Et alors je lui détaillai tous mes maux, la difficulté de rencontrer une place, peut-être même un peu la peine que j'éprouvais à en prendre une, n'étant pas née pour cet état; le malheur que j'avais eu, pendant tout cela, de manger le peu que j'avais…, le défaut d'ouvrage, l'espoir où j'étais, qu'il me faciliterait les moyens de vivre; tout ce que dicte enfin l'éloquence du malheur, toujours rapide dans une âme sensible, toujours à charge à l'opulence… Après m'avoir écoutée avec beaucoup de distractions, M. Dubourg me demanda si j'avais toujours été sage.

– Je ne serais ni aussi pauvre ni aussi embarrassée, monsieur, répondis-je, si j'avais voulu cesser de l'être.

– Mais, me dit à cela M. Dubourg, à quel titre prétendez-vous que les gens riches vous soulagent, si vous ne les servez en rien?

– Et de quel service prétendez-vous parler, monsieur? répondis-je; je ne demande pas mieux que de rendre ceux que la décence et mon âge me permettront de remplir.

– Les services d'une enfant comme vous sont peu utiles dans une maison, me répondit Dubourg; vous n'êtes ni d'âge ni de tournure à vous placer comme vous le demandez. Vous ferez mieux de vous occuper de plaire aux hommes, et de travailler à trouver quelqu'un qui consente à prendre soin de vous; cette vertu dont vous faites un si grand étalage ne sert à rien dans le monde; vous aurez beau fléchir aux pieds de ses autels, son vain encens ne vous nourrira point. La chose qui flatte le moins les hommes, celle dont ils font le moins de cas, celle qu'ils méprisent le plus souverainement, c'est la sagesse de votre sexe; on n'estime ici-bas, mon enfant, que ce qui rapporte ou ce qui délecte; et de quel profit peut nous être la vertu des femmes? Ce sont leurs désordres qui nous servent et qui nous amusent; mais leur chasteté nous intéresse on ne saurait moins. Quand des gens de notre sorte do

– Oh! monsieur, répondis-je le cœur gros de soupirs, il n'y a donc plus ni ho

– Fort peu, répliqua Dubourg; on en parle tant, comment voulez-vous qu'il y en ait? On est revenu de cette manie d'obliger gratuitement les autres; on a reco