Страница 28 из 31
On n’est jamais assez craintif. Grâce à certaine habileté, je ne perdis que ce qu’il me restait d’amour-propre. Et voici comment les choses se passèrent. Quelque temps après les îles Canaries, j’appris d’un garçon de cabine qu’on s’accordait à me trouver poseur, voire insolent?.. Qu’on me soupço
Il n’existe après tout que bien peu de raisons valables pour un civil inco
Je voisinais à table avec quatre agents des postes du Gabon, hépatiques, édentés. Familiers et cordiaux dans le début de la traversée, ils ne m’adressèrent ensuite plus un traître mot. C’est-à-dire que je fus placé, d’un tacite accord, au régime de la surveillance commune. Je ne sortais plus de ma cabine qu’avec d’infinies précautions. L’air tellement cuit nous pesait sur la peau à la manière d’un solide. À poil, verrou tiré, je ne bougeais plus et j’essayais d’imaginer quel plan les diaboliques passagers avaient pu concevoir pour me perdre. Je ne co
Je tenais, sans le vouloir, le rôle de l’indispensable « infâme et répugnant saligaud » honte du genre humain qu’on signale partout au long des siècles, dont tout le monde a entendu parler, ainsi que du Diable et du Bon Dieu, mais qui demeure toujours si divers, si fuyant, quand à terre et dans la vie, insaisissable en somme. Il avait fallu pour l’isoler enfin, le « saligaud », l’identifier, le tenir, les circonstances exceptio
Une véritable réjouissance générale et morale s’a
À lui seul cet événement valait tout le voyage. Reclus parmi ces e
L’Amiral n’avançait guère, il se traînait plutôt, en ronro
Le Nord au moins ça vous conserve les viandes; ils sont pâles une fois pour toutes les gens du Nord. Entre un Suédois mort et un jeune homme qui a mal dormi, peu de différence. Mais le colonial il est déjà tout rempli d’asticots un jour après son débarquement. Elles n’attendaient qu’eux ces infiniment laborieuses vermicelles et ne les lâcheraient plus que bien au‐delà de la vie. Sacs à larves.
Nous en avions encore pour huit jours de mer avant de faire escale devant la Bragamance, première terre promise. J’avais le sentiment de demeurer dans une boîte d’explosifs. Je ne mangeais presque plus pour éviter de me rendre à leur table et de traverser leurs entreponts en plein jour. Je ne disais plus un mot. Jamais on ne me voyait en promenade. Il était difficile d’être aussi peu que moi sur le navire tout en y demeurant.
Mon garçon de cabine, un père de famille, voulut bien me confier que les brillants officiers de la coloniale avaient fait le serment, verre en main, de me gifler à la première occasion et de me balancer par-dessus bord ensuite. Quand je lui demandais pourquoi, il n’en savait rien et il me demandait à son tour ce que j’avais bien pu faire pour en arriver là. Nous en demeurions à ce doute. Ça pouvait durer longtemps. J’avais une sale gueule, voilà tout.
On ne m’y reprendrait plus à voyager avec des gens aussi difficiles à contenter. Ils étaient tellement désœuvrés aussi, enfermés trente jours durant avec eux-mêmes qu’il en fallait très peu pour les passio
Dans cette étuve mijotante, le suint de ces êtres ébouillantés se concentre, les pressentiments de la solitude coloniale énorme qui va les ensevelir bientôt eux et leur destin, les faire gémir déjà comme des agonisants. Ils s’accrochent, ils mordent, ils lacèrent, ils en bavent. Mon importance à bord croissait prodigieusement de jour en jour. Mes rares arrivées à table aussi furtives et silencieuses que je m’appliquasse à les rendre prenaient l’ampleur de réels événements. Dès que j’entrais dans la salle à manger, les cent vingt passagers tressautaient, chuchotaient…
Les officiers de la coloniale bien tassés d’apéritifs en apéritifs autour de la table du commandant, les receveurs buralistes, les institutrices congolaises surtout, dont l’Amiral-Bragueton emportait tout un choix, avaient fini de suppositions malveillantes en déductions diffamatoires par me magnifier jusqu’à l’infernale importance.