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Comme on pouvait pas rester là tout de même à regarder la pelouse en se bido
« Toi, je suis content de te revoir, qu’il m’a a
– Les gens riches, fit Voireuse, c’est plus sensible que les autres… »
Il avait bon cœur Voireuse. Il ajouta encore: « Si j’avais six francs j’ monterais avec la petite brune que tu vois là-bas, près de la machine à sous…
– Vas-y, qu’on lui a dit nous alors, tu nous raconteras si elle suce bien… »
Seulement, on a eu beau chercher, on n’avait pas assez avec le pourboire pour qu’il puisse se l’envoyer. On avait juste assez pour encore un café chacun et deux cassis. Une fois lichés, on est repartis se promener!
Place Vendôme, qu’on a fini par se quitter. Chacun partait de son côté. On ne se voyait plus en se quittant et on parlait bas, tellement il y avait des échos. Pas de lumière, c’était défendu.
Lui, Jean Voireuse, je l’ai jamais revu. Robinson, je l’ai retrouvé souvent par la suite. Jean Voireuse, c’est les gaz qui l’ont possédé, dans la Somme. Il est allé finir au bord de la mer, en Bretagne, deux ans plus tard, dans un sanatorium marin. Il m’a écrit deux fois dans les débuts puis plus du tout. Il n’y avait jamais été à la mer. « T’as pas idée comme c’est beau, qu’il m’écrivait, je prends un peu des bains, c’est bon pour mes pieds, mais ma voix je crois qu’elle est bien foutue. » Ça le gênait parce que son ambition, au fond, à lui, c’était de pouvoir un jour rentrer dans les chœurs au théâtre.
C’est bien mieux payé et plus artiste les chœurs que la figuration simple.
Les huiles ont fini par me laisser tomber et j’ai pu sauver mes tripes, mais j’étais marqué à la tête et pour toujours. Rien à dire. « Va-t’en!.. qu’ils m’ont fait. T’es plus bon à rien!..
– En Afrique! que j’ai dit moi. Plus que ça sera loin, mieux ça vaudra! » C’était un bateau comme les autres de la Compagnie des Corsaires Réunis qui m’a embarqué. Il s’en allait vers les Tropiques, avec son fret de coto
Il était si vieux ce bateau qu’on lui avait enlevé jusqu’à sa plaque en cuivre, sur le pont supérieur, où se trouvait autrefois inscrite l’a
On m’avait donc embarqué là-dessus, pour que j’essaye de me refaire aux Colonies. Ils y tenaient ceux qui me voulaient du bien, à ce que je fasse fortune. Je n’avais envie moi que de m’en aller, mais comme on doit toujours avoir l’air utile quand on est pas riche et comme d’autre part je n’en finissais pas avec mes études, ça ne pouvait pas durer. Je n’avais pas assez d’argent non plus pour aller en Amérique. « Va pour l’Afrique! » que j’ai dit alors et je me suis laissé pousser vers les Tropiques, où, m’assurait‐on, il suffisait de quelque tempérance et d’une bo
Ces pronostics me laissaient rêveur. Je n’avais pas beaucoup de choses pour moi, mais j’avais certes de la bo
Quand on a pu s’échapper vivant d’un abattoir international en folie, c’est tout de même une référence sous le rapport du tact et de la discrétion. Mais revenons à ce voyage. Tant que nous restâmes dans les eaux d’Europe, ça ne s’a
Notre navire avait nom: l’Amiral-Bragueton. Il ne devait tenir sur ces eaux tièdes que grâce à sa peinture. Tant de couches accumulées par pelures avaient fini par lui constituer une sorte de seconde coque à l’Amiral-Bragueton à la manière d’un oignon. Nous voguions vers l’Afrique, la vraie, la grande; celle des insondables forêts, des miasmes délétères, des solitudes inviolées, vers les grands tyrans nègres vautrés aux croisements de fleuves qui n’en finissent plus. Pour un paquet de lames « Pilett » j’allais trafiquer avec eux des ivoires longs comme ça, des oiseaux flamboyants, des esclaves mineures. C’était promis. La vie quoi! Rien de commun avec cette Afrique décortiquée des agences et des monuments, des chemins de fer et des nougats. Ah non! Nous allions nous la voir dans son jus, la vraie Afrique! Nous les passagers boisso
Mais, dès après les côtes du Portugal, les choses se mirent à se gâter. Irrésistiblement, certain matin au réveil, nous fûmes comme dominés par une ambiance d’étuve infiniment tiède, inquiétante. L’eau dans les verres, la mer, l’air, les draps, notre sueur, tout, tiède, chaud. Désormais impossible la nuit, le jour, d’avoir plus rien de frais sous la main, sous le derrière, dans la gorge, sauf la glace du bar avec le whisky. Alors un vil désespoir s’est abattu sur les passagers de l’Amiral-Bragueton condamnés à ne plus s’éloigner du bar, envoûtés, rivés aux ventilateurs, soudés aux petits morceaux de glace, échangeant menaces après cartes et regrets en cadences incohérentes.
Ça n’a pas traîné. Dans cette stabilité désespérante de chaleur tout le contenu humain du navire s’est coagulé dans une massive ivrognerie. On se mouvait mollement entre les ponts, comme des poulpes au fond d’une baignoire d’eau fadasse. C’est depuis ce moment que nous vîmes à fleur de peau venir s’étaler l’angoissante nature des Blancs, provoquée, libérée, bien débraillée enfin, leur vraie nature, tout comme à la guerre. Étuve tropicale pour instincts tels crapauds et vipères qui vie
Ainsi, le Portugal passé, tout le monde se mit, sur le navire, à se libérer les instincts avec rage, l’alcool aidant, et aussi ce sentiment d’agrément intime que procure une gratuité absolue de voyage, surtout aux militaires et fonctio
Si j’avais eu quelque expérience des milieux coloniaux, au départ de Marseille, j’aurais été, compagnon indigne, à genoux, solliciter le pardon, la mansuétude de cet officier d’infanterie coloniale, que je rencontrais partout, le plus élevé en grade, et m’humilier peut-être au surplus, pour plus de sécurité, aux pieds du fonctio