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Beautrelet la rassura. :
– Ce n’est pas sérieux... il y a là une plaisanterie... voyons, qui aurait intérêt ?
– À moins, insinua Massiban, que ce soit Arsène Lupin.
Beautrelet lui fit signe de se taire. Il le savait bien, parbleu, que l’e
– Je vous en supplie, Madame, remettez-vous... Nous sommes tous là... Il n’y a aucun péril...
Allait-elle parler ? Il le crut, il l’espéra. Elle balbutia quelques syllabes. Mais la porte s’ouvrit encore. La bo
– M. Georges... Madame... M. Georges.
D’un coup, la mère retrouva toutes ses forces. Plus vite que tous, et poussée par un instinct qui ne trompait pas, elle dégringola les marches de l’escalier, traversa le vestibule et courut vers la terrasse. Là, sur un fauteuil, le petit Georges était étendu, immobile.
– Eh bien quoi ! il dort !...
– Il s’est endormi subitement, Madame, dit la bo
– Froides ! balbutia la mère... oui, c’est vrai... ah ! mon Dieu, mon Dieu... pourvu qu’il se réveille !
Beautrelet glissa ses doigts dans une de ses poches, saisit la crosse de son revolver, de l’index agrippa la gâchette sortit brusquement l’arme, et fit feu sur Massiban.
D’avance, pour ainsi dire, comme s’il épiait les gestes du jeune homme, Massiban avait esquivé le coup. Mais déjà Beautrelet s’était élancé sur lui en criant aux domestiques :
– À moi ! c’est Lupin !...
Sous la violence du choc, Massiban fut renversé sur un des fauteuils d’osier.
Au bout de sept ou huit secondes, il se releva, laissant Beautrelet étourdi, suffoquant et tenant dans ses mains le revolver du jeune homme.
– Bien... parfait... ne bouge pas... t’en as pour deux ou trois minutes... pas davantage... Mais vrai, t’as mis le temps à me reco
Il se redressa, et d’aplomb maintenant sur ses jambes, le torse solide, l’attitude redoutable, il ricana en regardant les trois domestiques pétrifiés et le baron ahuri.
– Isidore, t’as fait une boulette. Si tu ne leur avais pas dit que j’étais Lupin, ils me sautaient dessus. Et des gaillards comme ceux-là, bigre, que serais-je devenu, mon Dieu ! Un contre quatre !
Il s’approcha d’eux :
– Allons, mes enfants, n’ayez pas peur... je ne vous ferai pas de bobo... tenez, voulez-vous un bout de sucre d’orge ? Ça vous remontera. Ah ! toi, par exemple, tu vas me rendre mon billet de cent francs. Oui, oui, je te reco
Il prit le billet bleu que lui tendit le domestique et le déchira en petits morceaux.
– L’argent de la trahison... ça me brûle les doigts.
Il enleva son chapeau et s’inclinant très bas devant Mme de Villemon :
– Me pardo
Il salua de nouveau, remercia M. de Vélines de son aimable hospitalité, prit sa ca
Beautrelet attendit quelques minutes. Mme de Villemon, plus calme, veillait son fils. Il s’avança vers elle dans le but de lui adresser un dernier appel. Leurs yeux se croisèrent. Il ne dit rien. Il avait compris que jamais, maintenant, quoi qu’il arrivât, elle ne parlerait. Là encore, dans ce cerveau de mère, le secret de l’Aiguille creuse était enseveli aussi profondément que dans les ténèbres du passé.
Alors il renonça et partit.
Il était dix heures et demie. Il y avait un train à onze heures cinquante. Lentement il suivit l’allée du parc et s’engagea sur le chemin qui le menait à la gare.
– Eh bien, qu’en dis-tu, de celle-là ?
C’était Massiban, ou plutôt Lupin, qui surgissait du bois contigu à la route.
– Est-ce bien combiné ? Est-ce que ton vieux camarade sait danser sur la corde raide ? Je suis sûr que t’en reviens pas, hein ? et que tu te demandes si le nommé Massiban, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, a jamais existé ? Mais oui, il existe. On te le fera voir même, si t’es sage. Mais d’abord, que je te rende ton revolver... Tu regardes s’il est chargé ? Parfaitement, mon petit. Cinq balles qui restent, dont une seule suffirait à m’envoyer ad patres... Eh bien, tu le mets dans ta poche ?... À la bo
Il mit ses doigts dans sa bouche et siffla.
Le contraste était délicieux entre l’apparence vénérable du vieux Massiban, et la gaminerie de gestes et d’accent que Lupin affectait, Beautrelet ne put s’empêcher de rire.
– Il a ri ! il a ri ! s’écria Lupin en sautant de joie. Vois-tu, ce qui te manque, bébé, c’est le sourire... tu es un peu grave pour ton âge... Tu es très sympathique, tu as un grand charme de naïveté et de simplicité... mais vrai, t’as pas le sourire.
Il se planta devant lui.
– Tiens, j’parie que je vais te faire pleurer. Sais-tu comment j’ai suivi ton enquête ? comment j’ai co
On entendait le halètement d’un moteur tout proche. Lupin saisit brusquement le bras de Beautrelet et, d’un ton froid, les yeux dans les yeux :
– Tu vas te tenir tranquille maintenant, hein ? tu vois bien qu’il n’y a rien à faire. Alors à quoi bon user tes forces et perdre ton temps ? Il y a assez de bandits dans le monde... Cours après, et lâche-moi... sinon... C’est convenu, n’est-ce pas ?
Il le secouait pour lui imposer sa volonté. Puis il ricana :
— Imbécile que je suis ! Toi me ficher la paix ? T’es pas de ceux qui flanchent... Ah je ne sais pas ce qui me retient... En deux temps et trois mouvements, tu serais ficelé, bâillo