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Son reflet est désormais un écho, celui de sa mère, et au matin, elle se regarde dans le miroir et voit une petite fille au regard intense, aussi intense que celui de cette belle jeune femme. On ne peut rien refuser à ces yeux-là. Ils semblent vous transpercer le cœur. Ils sont magnifiques. Elles ont le même regard. Elle contemple encore et encore la photographie. Le même regard qui a charmé des photographes. Le même qui a charmé, sans qu’elle s’en rende compte, un réalisateur. C’est pour cela, se dit-elle, qu’il a voulu travailler avec moi. Mes yeux et leur intensité l’ont marqué, l’ont attrapé, l’ont subjugué, je ne savais pas que j’avais d’aussi beaux yeux. Il aura fallu des images sur du papier glacé pour que je m’en aperçoive, que je réalise que le charme venait de là, des yeux de ma mère et de leur profondeur. Pourquoi mon père ne me l’a-t-il jamais dit ? Pourquoi n’a-t-il jamais voulu me montrer de photos ? Voit-il toujours le regard de celle qu’il aimait dans mes yeux ? J’aimerais lui demander, le supplier de m’expliquer ce manque, cette absence de photos dans notre maison. M’en veut-il de lui avoir enlevé son amour et sa joie de vivre ? Je comprends pourquoi il a si souvent évité de me regarder. Il détournait ses yeux des miens de peur d’y retrouver ceux de son amour mort.
Ce matin, elle a vu sa mère dans le miroir, celle qu’elle devait être à cet âge, rayo
Il est tôt, le jeune acteur fume une cigarette à l’entrée de l’hôtel, elle passe à côté de lui sans le regarder. Elle se dit que tout cela n’a pas de sens. Un jeune homme se tient là à cause d’un vieil homme qui a voulu faire d’elle une actrice qu’elle n’est pas, qu’elle ne sera jamais. Tout cela a la consistance farineuse d’un gâteau mal cuit, mal dosé, que l’on désire malgré tout des yeux, mais une fois les dents plantées à l’intérieur, une pâte molle sans saveur, étouffante, presque argileuse, plâtreuse, et qui n’en finit pas d’embaumer la bouche de relents de terre humide et d’éléments organiques inco
Elle dit bonjour aux patrons. Les cafés sont servis et bus, les croissants déglutis. Son esprit, à chaque instant, dans une cadence réglée, regrette d’avoir cédé à la tentation d’autre chose. Elle sait que ses yeux désormais n’y sont pas pour rien. Elle essaye de ne penser à rien, elle sait que les photos de sa mère sont dans son sac à main, à l’abri, près d’elle, loin des clients, des chaises qui reculent bruyamment et des pas qui s’éloignent. Elle range les tasses vides, elle retire les nappes salies, elle vide les poubelles et passe le balai. Elle demande aux patrons si elle peut fumer une cigarette avant d’aller faire les lits, il lui dit oui, l’autre fait la moue, elle allume le briquet qui vient carboniser de sa flamme l’extrémité du cylindre blanc. Elle se repose contre le mur, l’acteur est encore là, il parle au téléphone, d’une voix douce. Elle l’observe, il est plus grand qu’elle, son dos légèrement voûté lui do
Elle s’est vêtue d’une blouse et a enfilé les chaussons en tissu. Elle ne dit rien. Il est immobile, il n’y a rien à dire, elle reste une demi-heure à ses côtés. Les infirmières passent près des malades du pas feutré qu’on attend d’elles. C’est calme, l’endroit est silencieux. Il y a des perso