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Je me précipite vers la barrière, mais je glisse dans la boue et tombe, et, déjà, il me rattrape. Il me tire en arrière, agrippe mes cheveux, me griffe le visage, et me hurle des insultes qui volent parmi les gouttes de sang :
— Co
Je parviens à nouveau à me dégager, mais je n’ai nulle part où aller. Je n’arriverai jamais à retraverser toute la maison ni à atteindre la barrière. J’appelle à l’aide, mais perso
Les yeux écarquillés, il s’effondre sans un bruit. Il porte une main à sa gorge en me dévisageant. On dirait qu’il pleure. Je le fixe jusqu’à ce que je n’y arrive plus, puis je lui tourne le dos. Tandis que le train passe, je vois des visages derrière les vitres illuminées, des têtes penchées sur un livre, un téléphone, des voyageurs bien au chaud et à l’abri qui s’en retournent chez eux.
Mardi 10 septembre 2013
Matin
On le sent, comme le bourdo
— Là, c’est celle-là. Non, non, celle-là, à gauche. Là. Celle avec les rosiers le long de la barrière. C’est là que ça s’est passé.
Les maisons elles-mêmes sont vides, le numéro quinze et le numéro vingt-trois. Ça ne se voit pas, les stores sont relevés et les portes ouvertes, mais c’est parce qu’on les fait visiter. Elles sont toutes les deux en vente, mais, à mon avis, elles n’attireront pas d’offre sérieuse avant un bon bout de temps. Je suppose que les agents immobiliers n’escortent guère dans ces pièces que des curieux morbides qui meurent d’envie de voir cet endroit de près, l’endroit où il est tombé et où son sang a abreuvé la terre.
Ça me fait mal de les imaginer arpentant cette maison, ma maison où, autrefois, j’avais encore de l’espoir. J’essaie de ne pas repenser à ce qui s’est passé par la suite. J’essaie de ne pas repenser à ce soir-là. En vain.
Côte à côte, trempées de son sang, nous nous sommes assises sur le canapé, A
— C’était de la légitime défense. J’ai tout vu depuis la fenêtre. Il s’est précipité sur elle avec le tire-bouchon. Il l’aurait tuée. Elle n’avait pas le choix. J’ai essayé…
Ça a été son seul moment de faiblesse, la seule fois que je l’ai vue pleurer.
— J’ai essayé d’arrêter l’hémorragie, mais je n’ai pas réussi. Je n’ai pas réussi.
Un des policiers en uniforme est allé chercher Evie qui, par miracle, était restée profondément endormie pendant toute la scène, et ils nous ont toutes emmenées au poste de police. Ils nous ont installées dans deux pièces séparées, A
— Ça ne se voit pas tant que ça, que vous avez dû vous défendre, a fait remarquer Riley, soupço
Ils sont sortis et m’ont laissée là avec un policier en uniforme, celui avec des boutons dans le cou qui était venu chez Cathy à Ashbury, dans une autre vie. Il est resté sur le pas de la porte sans croiser mon regard. Un peu plus tard, Riley est revenue.
— Madame Watson a confirmé votre version, Rachel. Vous pouvez y aller.
Elle non plus n’a pas voulu me regarder dans les yeux. Un policier en uniforme m’a conduite à l’hôpital pour faire recoudre la plaie que j’avais au crâne.
Il y a eu beaucoup d’articles sur Tom dans les journaux. J’ai appris qu’il n’avait jamais fait l’armée. Il avait essayé de l’intégrer, mais on l’avait recalé deux fois. L’histoire de sa brouille avec son père était fausse, elle aussi, il l’avait complètement déformée. Il avait emprunté toutes les économies de ses parents et avait tout perdu. Ils lui ont pardo
J’ai encore ce souvenir très vif de Scott qui me dit, à propos de Megan : « Je n’ai pas la moindre idée de qui elle était. »
C’est exactement ce que je ressens. La vie entière de Tom était bâtie sur des mensonges, des malho
Soir
Je suis dans un hôtel d'un petit village de la côte du Norfolk. Demain, je continuerai ma route vers le nord. Édimbourg, peut-être, ou plus loin encore. Je n’ai pas encore décidé. Je veux juste m’assurer que je mets suffisamment de distance entre moi et ce que je laisse derrière. J’ai de l’argent. Quand elle a appris tout ce que j’avais enduré, maman s’est montrée très généreuse, alors je n’ai pas à m’inquiéter. Pas avant un bon moment.
J’ai loué une voiture pour me rendre à Holkham cet après-midi. Juste à la sortie du village, il y a une église où sont enterrées les cendres de Megan, près des ossements de sa fille, Libby. Je l’ai lu dans les journaux. Il y a eu une controverse au sujet de l’enterrement, à cause du rôle supposé de Megan dans la mort de son enfant. Mais, au final, on l’a autorisé, et je trouve que c’est ce qu’il fallait. Quoi qu’elle ait fait, elle a été suffisamment punie.
Quand je suis arrivée, il commençait à pleuvoir et il n’y avait pas âme qui vive, mais j’ai quand même garé la voiture pour aller marcher dans le cimetière. J’ai trouvé sa sépulture dans le coin le plus éloigné, presque cachée sous une rangée de sapins. On ne devinerait jamais qu’elle est là, sauf si on sait où chercher. La pierre tombale ne porte que son nom et ses dates de naissance et de décès, pas de « À la mémoire de », pas de « Épouse/mère/fille bien-aimée ». La stèle de sa fille n’indique que « Libby ». Au moins, maintenant, elle a une vraie tombe ; elle n’est plus toute seule près de la voie ferrée.