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— C’est vrai, il sait mentir, je lui dis. D’ailleurs, tu n’avais pas la moindre idée de ce qui se passait entre nous, pas vrai ? Des mois et des mois durant, on s’est retrouvés régulièrement dans la maison de Cranham Road pour baiser jusqu’à n’en plus pouvoir, et, toi, tu ne soupço

Elle déglutit et se mord la lèvre, fort.

— Megan, reprend-elle. Et Megan ?

— Je sais. Ils ont eu une liaison.

Les mots me paraissent bizarres – c’est la première fois que je les prononce à voix haute. Il m’a trompée. Il m’a trompée, moi.

— Je suis sûre que c’est très amusant pour toi, je continue, mais maintenant elle n’est plus là, alors ça n’a plus aucune importance, si ?

— A

La noirceur dans mon esprit s’agrandit ; elle appuie contre les parois de mon crâne et me brouille la vue. J’attrape Evie par la main et je commence à l’entraîner à l’intérieur, mais elle proteste avec véhémence.

— A

— Ils ont eu une liaison. C’est tout. Rien de plus. Ça ne signifie pas nécessairement que…

— Qu’il l’a tuée ?

— Ne dis pas ça !

Je me suis mise à crier.

— Je t’interdis de dire ce genre de chose devant mon enfant.

Je do

— Tu les aimes, hein ? dis-je. Les trains. Moi, je les déteste. Je les hais plus que tout.

Elle me fait un demi-sourire. Je remarque alors une fossette sur la gauche de son visage. Je ne l’avais jamais vue avant. Je suppose que je ne l’ai pas vue sourire très souvent. Pas une fois, en fait.

— Encore un mensonge, commente-t-elle. Il m’a dit que tu adorais cette maison, que tout te plaisait ici, même les trains ; il m’a dit que tu ne songeais pas une seconde à chercher un autre endroit où vivre, que c’était toi qui avais voulu emménager ici avec lui, même si j’avais été là avant.

Je secoue la tête.

— Pourquoi est-ce qu’il t’aurait raconté ça ? Ce sont des co

Elle hausse les épaules.

— Parce qu’il ment, A

La noirceur m’envahit tout entière. Je prends Evie sur mes genoux et elle reste assise là, ravie. Elle commence à s’assoupir.

— Alors tous ces coups de téléphone…

C'est seulement maintenant que les choses se mettent en place dans mon esprit.

— Ce n’était pas toi ? Je veux dire, je sais que parfois, c’était toi, mais parfois…

— C’était Megan ? Oui, j’imagine.

C’est bizarre parce que je sais désormais que, tout ce temps, j’ai haï la mauvaise femme, et pourtant ça ne me rend pas Rachel plus sympathique. Pire : devant cette Rachel calme, préoccupée et sobre, je commence à discerner aussi ce qu’elle devait être avant, et je lui en veux d’autant plus, parce que j'aperçois ce qu’il devait voir en elle. Ce qu’il devait aimer.

Je jette un coup d’œil à ma montre. Onze heures passées. Il est parti aux alentours de huit heures, je crois. Peut-être même plus tôt. Il doit savoir pour le téléphone, maintenant. Il doit savoir depuis un bon moment. Peut-être qu’il pense qu’il est tombé de son sac. Peut-être qu’il s’imagine qu’il est sous le lit, en haut.

— Depuis combien de temps tu es au courant ? je demande. Pour la liaison.

— Je n’étais pas au courant, dit-elle. Pas avant aujourd’hui. Je veux dire, je ne sais pas ce qu’il y avait entre eux. Tout ce que je sais…

Heureusement, elle se tait. Heureusement, parce que je ne suis pas sûre que je pourrais supporter de l’écouter parler de l’infidélité de mon mari. L’idée qu’elle et moi – que cette grosse vache de Rachel et moi – sommes désormais dans le même bateau m’est insupportable.

— Tu penses que c’était le sien ? demande-t-elle. Est-ce que tu penses que le bébé, c’était le sien ?

Je la regarde sans la voir, je ne vois plus que la noirceur et je n’entends plus rien à part un rugissement dans mes oreilles, comme la mer, ou un avion qui traverserait le ciel.

— Qu’est-ce que tu as dit ?

— Le… Je suis désolée.

Elle est toute rouge, embarrassée.

— Je n’aurais pas dû… Elle était enceinte quand elle est morte. Megan était enceinte. Je suis vraiment désolée.

Sauf qu’elle n’est pas désolée du tout, j’en suis certaine, et je refuse de m’écrouler devant elle. Mais je baisse les yeux, je vois Evie et je me sens envahie d’une tristesse comme je n’en ai jamais ressenti, une tristesse qui m’engloutit comme une vague et me coupe le souffle. Le frère d’Evie, la sœur d’Evie. Disparu. Rachel s’assoit à côté de moi et passe un bras autour de mes épaules.

— Je suis désolée, dit-elle encore, et j’ai envie de la frapper.

La sensation de sa peau contre la mie

— A

Je m’essuie les yeux et m’écarte.

— Je ne compte pas le quitter, Rachel. Il a eu une aventure, il… Ce ne sera pas la première fois, après tout.

Je me mets à rire, et Evie rit aussi. Rachel soupire et se lève.

— Tu sais qu’il n’est pas uniquement question de cette liaison, A

— Nous ne savons rien, dis-je, mais seul un murmure s’échappe de mes lèvres.

— Elle est montée en voiture avec lui. Ce soir-là. Je l’ai vue. Je ne m’en souvenais pas – au début, je croyais que c’était toi. Mais je me souviens. Maintenant, je me souviens.

— Non.

Evie pose une petite main poisseuse contre ma bouche.

— Il faut qu’on parle à la police, A

Elle s’avance vers moi.

— Je t’en prie. Tu ne peux pas rester là avec lui.

Je frisso

J’ai soudain très froid. Est-ce que j’ai su, ce jour-là, qu’il avait envie d’elle ? Megan était blonde et belle – comme moi. Alors, oui, j’ai probablement su qu’il avait envie d’elle, tout comme je sais, quand je marche dans la rue, qu’il y a des hommes mariés accompagnés de leur femme, avec leur enfant dans les bras, qui me regardent et qui pensent la même chose. Alors, peut-être que je l’ai su. Il avait envie d’elle, et il a couché avec elle. Mais pas ça. Il ne pourrait pas faire ça.

Pas Tom. Un amant puis un mari, deux fois marié même. Un père. Un bon père, qui subvient aux besoins de sa famille sans se plaindre.

— Tu l’as aimé, je lui rappelle. Et tu l’aimes toujours, non ?

Elle secoue la tête sans conviction.

— Si, tu l’aimes. Et tu sais… tu sais que ce n’est pas possible.

Je me lève et prends Evie contre moi avant de m’approcher d’elle.