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— Rappelle-moi, d’accord ? Et rentre directement à la maison, Rach, ne va pas au pub.
Je n’en ai pas l’intention. J’avais envie d’un verre à midi ; j’en mourais d’envie après ce qui s’était passé à Witney ce matin. Mais je n’ai rien pris, parce que je voulais rester lucide. Et cela fait longtemps que je n’ai pas eu de bo
C’était tellement étrange, ce matin, ma visite à Witney. J’avais l’impression qu'il y avait une éternité que je n’y étais pas allée, alors que ça ne faisait que quelques jours. Cependant, cela aurait tout aussi bien pu être un autre endroit, une autre gare dans une autre ville. J’étais une perso
Je bravais un interdit. C’est ce que j'ai ressenti ce matin, parce que, désormais, c’est leur territoire à eux, à Tom et A
Et ce n’est pas seulement dans ma tête, je le sens dans mes os, dans mes muscles ; eux aussi se souvie
Le cœur battant dans la poitrine, je suis restée plantée là, bloquant le passage des habitants du quartier qui partaient au travail et se trouvaient obligés de me contourner pour poursuivre leur chemin vers la gare. Un ou deux d’entre eux m’ont jeté un coup d’œil curieux en passant près de moi, tandis que je restais immobile. Je ne savais pas – je ne sais toujours pas – si ce que je voyais était réel. Pourquoi serais-je allée dans le souterrain ? Quelle raison aurais-je pu avoir de pénétrer là-dedans, dans l’obscurité humide et la puanteur d’urine ?
J’ai fait demi-tour et je suis repartie vers la gare. Je ne voulais plus rester là, je ne voulais pas aller devant chez Scott et Megan. Je voulais m’en aller loin. Quelque chose de grave est arrivé là, je le sais.
J’ai acheté un ticket, j’ai gravi rapidement les marches jusqu’au quai, et c’est là qu’un autre souvenir m’est revenu : pas dans le passage souterrain, cette fois, mais dans un escalier. J’ai trébuché dans l’escalier et un homme m’a attrapée par le bras pour m’aider à me redresser. L’homme du train, celui aux cheveux presque roux. Je pouvais presque le voir, une image approximative, sans le son. Je me suis souvenue avoir ri – peut-être que je riais de ma maladresse, ou de quelque chose qu’il avait dit. Il a été gentil, j’en suis certaine. Presque certaine. Quelque chose de grave est arrivé, mais je ne crois pas que ça avait à voir avec lui.
J’ai pris le train pour Londres. Je suis allée à la bibliothèque et je me suis installée à un ordinateur pour trouver des articles sur Megan. Dans un entrefilet sur le site du Telegraph, un journaliste écrivait qu’« un homme d’une trentaine d’a
Mon portable so
— Rach ? Tu es dans le train ? Tu es bientôt arrivée ?
Elle semble angoissée.
— Oui, j’arrive, dis-je. Je serai là dans un quart d’heure.
— La police est là, Rachel.
Mon corps entier se glace.
— Ils ont des questions à te poser.
Mercredi 17 juillet 2013
Matin
Megan n’est pas réapparue et j’ai menti à la police. Plusieurs fois.
Le temps d’arriver à la maison, hier, j’étais paniquée. J’ai essayé de me convaincre qu’ils venaient me parler de l’accident avec le taxi, mais ça n’avait aucun sens. J’avais parlé à la police sur place, et c’était clairement ma faute. Cela devait être en rapport avec samedi soir. J’ai dû faire quelque chose. J’ai dû commettre un acte terrible que j’ai refoulé.
Je sais que ça n’a pas l’air très crédible. Qu’est-ce que j’aurais pu faire ? Aller dans Blenheim Road, attaquer Megan Hipwell, me débarrasser de son corps puis tout oublier ? Ça paraît ridicule. C’est ridicule. Mais je sais qu’il s’est passé quelque chose samedi. Je l’ai su quand j’ai regardé dans ce souterrain sombre sous la voie ferrée et que mon sang s’est glacé dans mes veines.
Cela m’arrive de tout oublier, et ça n’a rien à voir avec ces fois où on n’est plus très sûr de la façon dont on est rentré de boîte de nuit, ou qu’on ne se rappelle plus ce truc tellement drôle qu’on a dit quand on discutait au bar. Là, c’est différent. Le trou noir, des heures entières perdues et qui ne reviendront jamais.
Tom m’a acheté un livre à ce sujet. Ce n’est pas très romantique, mais il en avait assez de m’écouter répéter à quel point j’étais désolée en me levant le matin, alors que je ne savais même pas pourquoi. Je crois qu’il voulait que je compre
Il y avait aussi l’histoire d’un autre homme, à New York cette fois, qui, en sortant d’un bar, s’était rendu dans la maison où il avait grandi, avait poignardé ses habitants puis retiré ses vêtements avant de reprendre sa voiture pour retourner chez lui se coucher. Le lendemain matin, il avait une terrible gueule de bois au réveil et était incapable de comprendre où étaient ses fringues ni comment il était rentré chez lui. Ce n’est qu’au moment où la police était venue le chercher qu’il avait appris qu’il avait sauvagement assassiné deux perso