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L’homme s’arrêta stupéfait, dévisagea son interlocuteur :
— Comment le savez-vous ?
— Parce que c’est mon métier, fit Juve, et aussi parce qu’on vient de me le dire, il n’y a pas dix minutes. Permettez-moi de vous présenter l’un à l’autre, messieurs. M. Marquet-Mo
— Pardon, l’interrompit l’Américain, en regardant Juve, mais qui êtes-vous, vous ?
— Je m’appelle Juve, monsieur, inspecteur de la Sûreté, j’appartiens à la Préfecture de Police de Paris. Et je suis à votre entière disposition, ajoutait-il, ainsi qu’à celle de M. Marquet-Mo
Juve exprima tout haut ce qu’il croyait être la pensée de M. Backefelder :
— Je vous comprends, monsieur, fit-il, votre raiso
— Et si cela était ?
— Je suis certain que cela est. Ce qu’il y a de mieux, par exemple, c’est que vos soupçons s’arrêtent et se précisent désormais, sur monsieur, ici présent et sur moi. Certes, nous nous sommes nommés, mais vous doutez encore de nos identités respectives. M. Backefelder, nous sommes à votre disposition pour nous justifier.
L’Américain, enfin, sourit.
— Monsieur, fit-il, j’ai eu, en effet, cette pensée. Je constate que vous lisez en moi comme dans un livre ouvert, je n’insiste pas. Si vous voulez me quitter, quittez-moi.
— Non, nous voulons au contraire rester avec vous et éclaircir avec vous l’affaire de vol dont vous avez été victime. Il s’agit d’une grosse somme ?
— Il ne s’agit que d’un million, et un million de francs, c’est une bagatelle, en dollars.
— Une bagatelle, oui, mais elle vaut néanmoins la peine qu’on s’en préoccupe. Votre première idée était la bo
— Non, je ne veux pas que l’on mette la justice française au courant.
— Pourquoi ? interrogèrent ensemble Juve et Marquet-Mo
L’Américain s’expliqua :
— Je m’étais chargé de remettre à bon port la somme d’argent que la Banque des États-Unis doit à la Banque Marquet-Mo
— Vous achetez, qu’entendez-vous par là ?
— J’entends, fit l’Américain très simplement, que je m’en vais câbler à ma banque perso
— Faites comme vous voulez, murmura le banquier, la créance reste bo
— Je suis à votre disposition, messieurs, déclara Backefelder, pour m’en aller à l’hôtel avec vous. Acceptez-vous de dîner avec moi ?
— Impossible, dit Juve, vous êtes en France, c’est-à-dire mon hôte.
Et, en disant ces mots, le policier posait lourdement sa main sur la robuste épaule de l’Américain et ce geste était si étrange, si énigmatique, qu’on se demandait s’il s’agissait d’un mouvement spontané de sympathie ou d’un réflexe professio
***
— Savez-vous à quoi je pense, monsieur Juve ?
— Oui, fit le policier et je m’en vais vous le dire. Vous vous dites que vous avez devant vous un gaillard qui a toutes les allures d’un brave homme, et qui peut-être, comme il vous l’a déclaré, est inspecteur de la sûreté, mais vous n’en êtes pas bien sûr et par moments vous supposez que peut-être cet individu est très fort, que c’est l’homme qui vous a volé votre premier million et que s’il ne vous lâche pas, c’est parce qu’il a l’intention de récidiver.
— Exactement. Vous m’êtes très sympathique, mais j’aurais un plaisir immense à vous faire sauter la cervelle avec mon revolver si je ne me trompais pas.
— Bien, voilà qui est catégorique.
— Maintenant, je m’en vais vous dire aussi ce que vous pensez, vous : ce grand Américain que j’ai pris pour H. W. K. Backefelder, citoyen américain, célibataire habitant Philadelphie, et cætera, n’est peut-être pas le vrai Backefelder et il faut que je m’en assure avant de le lâcher, car son histoire me paraît invraisemblable. Il a demandé une semaine de crédit, il a l’intention de rembourser de sa poche une perte dont il n’est pas tellement responsable. C’est suspect.
— Vous avez raison, cher monsieur, c’est exactement ce que je pense.
L’Américain se versa un dernier verre de fine :
— Monsieur Juve, do
— L’avenir répondra.
— Soit, à dans huit jours.
L’Américain se levait, Juve se leva de même :
— J’accepte le défi, monsieur, fit-il, mais il est entendu que pendant ces sept jours et jusqu’à la date fixée par vous pour le remboursement du million dû à ce pauvre M. Marquet-Mo
— Entendu. Vous m’offrez l’hospitalité au Havre. Demain nous partons pour Paris. À mon tour de vous recevoir, je désire vivre incognito. Je viens de charger une agence parisie
« L’agence Thorin, songea Juve, oh, oh.
Et à haute voix :
— C’est une affaire entendue, à nous deux monsieur.
11 – LE LANGAGE DES FLEURS
— Monsieur Juve, je pense que votre santé est bo
Juve, qui lisait le journal, déshabillé, en pantoufles, ne songeant nullement à sortir, avait regardé son hôte avec stupéfaction :
— Faire la noce avec vous, monsieur Backefelder ? mon Dieu, je ne dis ni non, ni oui. Que proposez-vous ?
— Une partie quelconque, un souper, quelque chose de bien… et après, si le cœur vous en dit… enfin, je n’insiste pas…
— Ah çà, qu’est-ce qui vous prend ?
— Rien du tout, ou peu de chose. Vous comprenez, j’ai quinze jours à rester à Paris, quinze jours tout juste pas seize, quinze, il faut que j’en profite. Je comptais remettre les fonds dont j’étais porteur le lendemain de mon arrivée en France et consacrer ensuite une huitaine de jours aux visites officielles obligatoires, puis passer le plus agréablement possible la dernière semaine de mon séjour. Les événements en décident autrement. Je n’ai plus les fonds, je ne les aurai pas avant cinq ou six jours maintenant, et par conséquent, toutes mes visites officielles sont retardées. Donc, programme modifié, on commence par la noce. Je vous demande de m accompagner à Montmartre.