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— Ça y est. L’identification est absolue, le vrai Baraban et Fernand Ricard n’ont jamais fait qu’un seul et même perso
Juve, en effet, avait comparé les mensurations du courtier en vins avec celles qu’il avait relevées au domicile de l’oncle Baraban, sur les vêtements et les chaussures retrouvés lors de la découverte du pseudo crime.
Cependant que Fandor se demandait à quoi on allait aboutir, Juve, de plus en plus impassible, s’installa dans un fauteuil et dit à Fernand Ricard :
— Maintenant, monsieur, veuillez vous expliquer. Je vous préviens qu’il me faut la vérité tout entière.
Le pauvre Fernand Ricard faisait peine à voir, tant il était anéanti. Le courtier en vins s’était recroquevillé sur lui-même, de grosses gouttes de sueur perlaient à son front, il jetait des yeux de bête traquée sur son entourage et considérait, navré, sa femme prostrée dans un fauteuil en face de lui.
Alice souffrait évidemment des menottes qui lui avaient été passées un peu brutalement, ses poignets se congestio
— Monsieur, articula d’une voix larmoyante Fernand Ricard, en s’adressant à Juve, ayez pitié de ma femme, je vous en supplie.
Et il lui désignait la malheureuse d’un air si triste, que le policier s’apitoya, en effet. Juve se leva :
— Je veux bien enlever les menottes de M me Ricard, à la condition, monsieur, que vous ne nous cachiez rien de ce que nous devons savoir.
— Je vous jure, déclara le courtier en vins, que vous aurez satisfaction.
Juve, aussitôt, libérait la malheureuse femme dont les yeux s’emplissaient de larmes. Fandor pensait :
« Ils n’ont pas l’air bien méchants. On dirait des moutons qu’on mène à l’abattoir. »
Fernand Ricard jeta un regard reco
— Eh bien, voilà, monsieur, toute l’affaire, elle est bien simple. Alice et moi, nous sommes de pauvres gens, je me do
Un éclat de rire retentissait, interrompant le récit de Fernand Ricard. C’était Fandor qui s’esclaffait. Le journaliste s’amusait prodigieusement.
— C’est un vrai roman, ne put-il s’empêcher de dire, et j’en ferai vingt mille lignes, quand j’aurai le temps.
Mais Juve, sévèrement, toisait Fandor :
— Tais-toi ! fit-il.
Et, se tournant vers Fernand Ricard, il l’invita à continuer :
— J’ai compris, fit le policier, arrivons-en à la mise en scène du crime.
Fernand Ricard rougit :
— Voilà, avoua-t-il, où l’histoire a commencé à devenir mauvaise pour nous. Nous avions tout combiné pour faire croire que l’oncle Baraban avait été assassiné chez lui, puis que son cadavre avait été emporté par les meurtriers. C’est pour cela que, dans l’après-midi, j’avais fait livrer une grande malle jaune, que nous avons démolie rue Richer et dont Alice avait emporté les morceaux dans sa valise.
« Il fallait i
— Je sais ce que vous avez fait, interrompit Juve. En quittant la rue Richer à onze heures du soir, vous vous êtes servi d’un timbre et vous avez so
— C’est exact, fit Fernand Ricard. Mais comment le savez-vous ?
— Peu importe. Et les taches de sang de l’appartement ?
— C’est de mon sang à moi, déclara Fernand Ricard qui ajouta : Si ces menottes ne m’interdisaient pas tout mouvement, je retrousserais ma manche, et vous verriez que je porte au coude une cicatrice. Je me suis ouvert une veine exprès.
— Décidément, constata Juve ironiquement, vous avez pensé à tout.
— Ma foi, c’est vrai, reco
— Cependant, intervint Fandor, qui se pinçait les mains pour ne pas applaudir à l’ingéniosité de cet escroc, cela ne vous a pas réussi ?
— Ah, fit Ricard, nous n’avons pas eu de chance. Des complications sont survenues que nous ne pouvions prévoir. D’abord, ça été la maladroite intervention de cet imbécile de Théodore Gauvin, qui s’est fait arrêter et inculper d’avoir assassiné l’oncle Baraban. Puis il y a eu autre chose.
Le visage de Fernand Ricard, soudain, devint grave, et Alice qui écoutait ce récit sans broncher, tressaillit dans son fauteuil.
— Et quoi donc ? interrogèrent Juve et Fandor.
D’une voix toute tremblante d’émotion, Fernand Ricard poursuivit :
— La malle verte et l’homme mystérieux.
— Fantômas, dit Juve.
Fernand Ricard eut pour le policier un long regard éto
— Ah ça, questio
— Pas tout, fit Juve, certaines choses. Continuez.
— Oui, poursuivit le courtier en vins, Fantômas est intervenu dès lors dans nos affaires. Une première fois, il est venu nous rendre visite pour dire : « Part à deux, moitié, dans les cent mille francs de l’oncle. »
— Vous avez accepté ?
— Nous avons refusé, nous croyions que c’était quelqu’un de la police. Mais alors, Fantômas nous menace et nous dit : « Je vais vous perdre. » En effet, nous ne savons ni pourquoi, ni comment, tout d’un coup, la police arrive chez nous, on trouve dans la cheminée de la rue Richer du sable provenant de notre jardin et, dans ce sable, un mouchoir appartenant à Alice, rempli de sang. Tout cela avait été mis là par Fantômas qui voulait nous compromettre. Pour comble de malheur, M. Havard fait fouiller notre puits et il retrouve la serrure de la malle jaune que, par prudence, nous avions détruite et fait brûler dans notre fourneau. Quant à la malle verte, Fantômas nous l’a avoué, c’est lui qui l’a fait découvrir après l’avoir envoyée à Brigitte, alors qu’il avait dans l’idée de faire arrêter cette malheureuse. Nous sommes arrêtés nous-mêmes. Mais Fantômas se doute bien que nous pourrons nous i