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— Ah ! ah ! déclara Juve, et alors qu’est-ce que vous faites, vous, pendant ce temps-là ?
— Oh moi ! fit la bo
À cette déclaration, Juve comprenait que M. Havard était, à l’heure actuelle, dans l’appartement de la demi-mondaine. Il reco
M. Havard procédait tout à fait à l’inverse de lui.
Lorsqu’il faisait une enquête, il commençait par écarter tous les gens susceptibles de lui fournir des renseignements. Ceci, disait-il, afin de ne pas se laisser influencer.
Juve, au contraire, aimait à bavarder avec tout le monde, et n’arrivait d’ordinaire sur le lieu même du drame qu’après s’être documenté de toutes les façons possibles et imaginables.
Juve avait recommencé à faire parler la petite Normande.
— Alors, demanda-t-il, il en est venu un autre après ce monsieur à la figure rasée ?
— Un autre, oui, fit la Normande, deux autres même ! Tout d’abord, le premier homme, je ne l’co
La petite bo
— On s’est disputé, la patro
« J’entends plus rien, je continue à m’occuper de ma cuisine. À un moment do
— Mais, l’autre homme ? fit Juve.
— Lequel ? demanda la bo
— Celui qui est entré en second lieu ! précisa le policier, le mal poli, comme vous dites, qui avait son chapeau sur la tête et le col de son pardessus relevé. Qu’est-il donc devenu ?
La Normande demeurait interdite.
— C’est rigolo tout de même ! fit-elle. Eh bien, pour tout vous dire, j’avais complètement oublié celui-là. J’ai plus pensé du tout à ce qu’il a pu devenir !…
Juve questio
— N’est-il pas sorti de l’appartement avant l’arrivée de Léon Drapier ?
— Oh pour ça, non ! fit la bo
— Ensuite, l’avez-vous vu ?
— Mais non, je ne l’ai point vu ! Et c’est ça le plus extraordinaire, car, j’en jurerais sur la tête de ma mère, lorsque ma pauvre patro
Naïvement, la petite bo
Il était assez perplexe, éto
Le premier c’était lui, le dernier Léon Drapier. Quand au second, le mal poli, comme disait la bo
— Ce que j’en pense ? répondit Juve, mais pas grand chose, ma petite. Ce que je vous en ai dit, c’est histoire de bavarder.
La Normande était enchantée de l’importance qu’elle prenait dans l’aventure. Elle avait encore soif, mais cette fois elle demanda à la concierge :
— Encore du vulnéraire !
Elle y prenait goût décidément. Juve la considéra d’un œil de pitié.
— Pauvre petite gamine ! pensa-t-il. Encore une qui aurait bien mieux fait de garder ses vaches dans sa campagne que de venir à Paris où elle se perdra, tôt ou tard.
Juve, cependant quittait la loge, non sans avoir, comme on dit vulgairement, graissé la patte à la concierge pour la féliciter de la façon adroite dont elle s’était comportée pendant cet interrogatoire que Juve faisait clandestinement subir à la Normande.
Le policier se disposait à monter désormais à l’appartement de Paulette, mais à peine était-il engagé dans l’escalier qu’il dut reculer.
Des hommes descendaient lentement, portant une civière qu’ils avaient grand-peine à faire passer dans les tournants brusques de l’escalier.
Juve recula, se dissimula dans un angle du vestibule ; la civière passa devant lui.
Le policier eut tout le temps d’observer la malheureuse qui se trouvait sur ce lit de douleur.
C’est à peine s’il reco
Ses joues fraîches n’avaient plus leur coloration rose et veloutée. Ses yeux pétillants étaient clos, les paupières s’étaient abaissées, dissimulant l’éclat des prunelles, et lorsque l’une d’elles s’entrouvrait, elle laissait filtrer un regard vitreux, sans expression.
Ses lèvres étaient toutes pâles, et les cheveux de la malheureuse, au lieu d’être savamment ébouriffés sur ses tempes, étaient tirés en arrière, nattés par les soins d’une infirmière. Son front apparaissait bas et fuyant, complètement dénudé.
Étendu sur la civière, le joli corps de Paulette de Valmondois semblait n’être plus qu’une loque informe, sans consistance et sans grâce.
Un vague gémissement ininterrompu partait de cette dépouille que la plupart des assistants s’accordaient à considérer comme une dépouille mortelle.
— Elle n’est pas encore décédée, chuchotaient les commères qui surgissaient de tous les côtés, mais elle n’en vaut guère mieux !
— Une balle de revolver dans la poitrine, ça ne pardo
On avait jeté sur la malheureuse une sorte de grand drap qui ressemblait à un suaire. Elle était à demi-nue sous ce drap.
Au moment où la civière passait devant Juve, celui-ci s’approcha de la blessée et voulut soulever ce drap afin de voir la plaie, mais l’une des deux infirmières qui étaient là l’en empêcha brusquement.
— Voyons, monsieur ! gronda-t-elle, que faites-vous ?
Juve s’excusait.
— Pardon ! fit-il, j’aurais voulu observer quelque chose sur la plaie elle-même.
L’infirmière paraissait suffoquée.
— Et qui êtes-vous donc, pour vous permettre de vous occuper de ces choses-là ?
Juve allait se nommer, il n’en fit rien.
— Je le saurai toujours ! se dit-il.
Et dès lors, renonçant à son premier projet, dont il ne précisait point le but ni l’importance, Juve, laissant les porteurs emmener leur malade dans la voiture d’ambulance, grimpait à l’appartement de Paulette de Valmondois, où il se trouva soudain face à face avec M. Havard, son chef.