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— Monsieur Fuselier, hurla le bandit, vous pouvez m’inculper de tous les crimes qu’il vous plaira, mais je vous interdis une accusation aussi lâche, aussi mensongère ! Si je suis ici, si je suis priso
Il y avait quelque grandeur et de la sincérité dans la protestation de Fantômas. M. Fuselier le sentit si bien qu’il n’insista pas.
— Nous verrons, dit-il simplement, à étudier cela plus tard. Ce ne sont point les motifs d’accusation qui manquent.
— En effet, railla Fantômas. Et je crois, monsieur Fuselier qu’il se passera quelque temps avant que vous puissiez clore votre dossier.
Fantômas allait encore plaisanter, mais le magistrat, d’un geste l’interrompit.
— Il suffit, je vais procéder à l’interrogatoire d’identité. Votre nom ?
Or, à ces mots, Fantômas déjà changeait d’attitude, il eut un grand sourire :
— Monsieur Fuselier, s’il vous plaît, une question.
— Laquelle ?
— N’y a-t-il pas un article du code qui m’autorise à ne point vous répondre tant que je ne suis pas assisté d’un avocat ?
— En effet.
— Alors, faites-moi reconduire dans ma cellule, je n’ai pas choisi de défenseur.
Et comme M. Fuselier demeurait muet en face de cette exigence, des plus légales d’ailleurs, Fantômas ajoutait :
— Oh ne croyez pas, d’ailleurs, que j’aurai beaucoup de mal à me trouver un défenseur, monsieur Fuselier. Depuis hier soir, j’ai reçu exactement cent quarante-quatre lettres de jeunes avocats désireux de plaider pour moi, et de se faire ainsi une fructueuse publicité. Mieux, mon gardien, je le tiens de lui-même, a reçu sept gratifications de sept grands maîtres du Barreau, qu’il m’a d’ailleurs, tous, également recommandés. Enfin, je pense que le directeur de la prison, le directeur du Dépôt plutôt, ne s’est pas, pour rien, do
La raillerie était si forte, si dure, Fantômas semblait si bien rabaisser la dignité de l’ordre des avocats, en estimant que chacun désirait défendre sa cause pour se tailler une réclame, que M. Fuselier sentit la colère l’envahir :
— Assez, ordo
— Ce sera bien inutile.
Il allait ajouter un mot de dédain encore. M. Fuselier ne lui en laissa pas le temps :
— Reconduisez l’inculpé en cellule, ordo
Les gardes entraînèrent Fantômas. Mais comme la porte du cabinet d’instruction s’ouvrait, le bandit se retournait vers le juge :
— Voyez, disait-il, toutes ces robes noires qui m’attendent.
Et Fantômas ne mentait point. Il y avait en effet, dans les couloirs, une nuée d’avocats, tous venus là dans l’espoir d’approcher le bandit et d’obtenir de lui d’être chargé de le défendre.
Fantômas, malheureusement pour ces avides orateurs, n’était pas homme à se décider à la légère. Il repoussa tous ceux qui tentaient de l’approcher, il eut un « non » sec et cassant pour toutes les sollicitations. Sans avoir rien promis, sans avoir écouté perso
Mais, à peine Fantômas était-il dans son cachot, à peine la porte verrouillée s’était-elle refermée sur lui, qu’il se prit à réfléchir.
— Parbleu, disait le maître de l’Épouvante, c’est évident, il faut que je pre
Il réfléchit longtemps, puis, un sourire passa sur ses lèvres :
— Je suis le roi des Bandits, avait murmuré Fantômas, il me faut le roi du Barreau.
4 – AU CABARET DES RACCOURCIS
— C’est entendu, monsieur Sunds, je vous laisse ce vase pour trois cent cinquante francs, y compris le prix de la copie que vous devez en faire, pour que mon mari ne s’aperçoive pas de la vente.
Le perso
M me Faramont, en effet, qui estimait que les objets d’art dont son mari aimait à s’entourer étaient ruineux, avait trouvé une combinaison tout à fait ingénieuse ; elle les revendait au Danois Érick Sunds pour des prix évidemment peu élevés. Mais M me Faramont préférait revendre à perte que de garder une collection artistique absolument inutile, à son avis.
Pour que M e Faramont ne s’aperçût de rien, le Danois, qui était très habile artiste, faisait une copie des objets d’art ainsi rachetés, et le bâto
— Alors, au revoir, monsieur Sunds.
Le Danois semblait hésiter à s’en aller, lorsque M e Henri Faramont entra lui-même dans la pièce :
— Tiens, bonjour, cher monsieur, fit-il s’adressant à Sunds, comment va ?
— Très bien, maître, je venais justement vous voir pour vous proposer une affaire intéressante.
M me Faramont, un peu gênée, car elle se sentait légèrement coupable vis-à-vis de son mari, se retira, et le bâto
— Venez avec moi, monsieur Sunds, je suis horriblement pressé, nous parlerons, si vous le voulez, pendant que je déjeunerai.
Les deux hommes pénétrèrent dans la pièce et tout en offrant un siège au chineur, M e Faramont reprenait :
— Alors quelle est-elle, cette superbe affaire ?
— Voici, fit Sunds. En ce moment, je co
— Ah, s’écria M e Faramont fort intéressé, et où peut-on voir cette potiche ?
— Tout près de chez votre beau-frère, à Ville-d’Avray, dans une villa voisine de chez lui.
— Tiens, justement je dois y aller dîner après-demain, nous prendrons rendez-vous, si vous le voulez, et j’irai voir avec vous cette merveille. Vous me retrouverez à la gare Saint-Lazare.
— C’est entendu, maître, je vous attendrai au train de six heures, après-demain soir, nous ferons route ensemble.
Les deux hommes échangèrent une cordiale poignée de main et M e Faramont, ayant terminé son repas, se dirigea vers son cabinet de travail, où son fils Jacques, avocat depuis quelques jours, s’occupait à dépouiller le volumineux courrier du bâto
— Y a-t-il quelque chose d’intéressant, Jacques ? demanda M e Faramont.
— Deux lettres de l’avoué d’Orléans, répondit Jacques, puis voici un nouveau client, je ne co
— Et cette lettre ? demandait l’avocat en voyant que son fils dissimulait une enveloppe de laquelle il venait de retirer un papier mauve.