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— Pas tout à fait, déclara celui-ci, mais j’ai suivi jadis des procès intentés à des peintres truqueurs de Montparnasse qui fabriquaient de fausses œuvres du XVIII e siècle. Il est en outre co

Désormais, dans un coin du tableau, sur une surface d’un centimètre carré environ, Juve, avec une brosse dure mettait ce qu’il appelait « son décapant ».

— C’est un composé, dit-il à Fandor, de potasse, d’essence et d’eau, cela nous sert à désagréger la peinture fraîche. Celle-ci est bien plus facile à délayer que la peinture ancie

Tout en parlant, Juve procédait fort habilement.

Son décapant avait fait rouler la peinture fraîche et désormais, Juve, prenant mille précautions pour ne pas appuyer trop fort, frottait légèrement la toile avec son petit grattoir.

— Ah, s’écriait-il, je crois que nous sommes bons !

Il se rejeta en arrière, son visage était illuminé de joie.

Juve alla prendre sur son bureau une grosse loupe et examina désormais longuement le petit coin de la toile qu’il venait de gratter.

— Victoire, cria-t-il enfin, ça y est, le voilà ! Je retrouve l’original de Rembrandt sous la copie d’Érick Sunds.

Et il passa la loupe au journaliste qui, vivement intéressé, regarda à son tour. Pas de doute.

Le verre grossissant permettait nettement de reco

Il y avait surtout, enfin, cette finesse de touche, cette puissance, qui caractérisait la qualité du maître.

Le raiso

— Bravo, Juve ! s’écria Fandor qui chaleureusement alla serrer les mains de son ami.

Mais, à ce moment, la porte du cabinet de travail de Juve s’entrouvrit et Jean, le vieux domestique, apparut :

— C’est M. Paquerett, dit-il, qui veut vous parler.

— Ah, c’est vrai, s’écria Fandor, j’avais oublié de vous prévenir de sa visite qu’il m’avait a

— Qu’il entre donc, s’écria Juve, il arrive à point.

M. Paquerett en entrant dans la pièce, s’arrêta pétrifié sur le seuil.

Ce n’était pas de voir Juve revêtu d’une grande blouse blanche qui l’éto

— Ah par exemple, Juve, s’écria-t-il, c’est vous qui avez entre les mains…

Il s’arrêta, s’approcha du tableau puis, achevant sa pensée, il affirma :

— La copie du Rembrandt.

— Non, déclara Juve, avec un sourire railleur, ce n’est pas la copie, c’est l’original, ou pour mieux dire, si vous voulez, j’ai fait coup double, puisque je possède l’un et l’autre.

Le commissaire ouvrit des yeux perplexes, ce qui sembla amuser Juve infiniment.

Mais Fandor eut pitié de ce pauvre M. Paquerett et, en deux mots, lui expliqua l’extraordinaire découverte de Juve et l’habileté dont il avait fait preuve pour découvrir l’original sous la copie.

Juve, à son tour, s’excusa auprès du commissaire de la mauvaise nuit qu’il lui avait fait passer.

— Car, conclut-il, l’homme qui a momentanément dérobé l’automobile et définitivement volé le tableau, n’est autre que moi.

Et le policier conclut, affectant une attitude honteuse :

— J’ai avoué, monsieur le Commissaire, vous pouvez si vous le voulez, procéder à mon arrestation.

Mais M. Paquerett partit d’un gros éclat de rire :

— Ah, décidément, Juve, fit-il, vous serez toujours le plus extraordinaire bonhomme que j’aurai co

Puis il se leva.

— Je vous quitte, fit-il. Il importe que je rédige au plus tôt mon rapport sur cette affaire éto

***

Deux heures s’étaient écoulées et Juve et Fandor, joyeux, s’installaient dans la salle à manger du policier, lorsque le téléphone retentit.

Juve courut à l’appareil, eut une brève conversation.

Lorsqu’il revint trouver Fandor, il avait l’air navré.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda le journaliste.

— Il y a, grogna Juve, que cet imbécile de commissaire a bavardé, qu’il a téléphoné à M e Faramont et c’est ce dernier qui vient de m’appeler pour me féliciter d’avoir retrouvé son tableau et me demande aussi de le lui rendre au plus vite.

— Eh bien, cela se comprend.

Juve allait répondre, mais la so

— De mieux en mieux ! grommela-t-il. Ce commissaire est décidément une fichue bête, il va crier la chose à tous les coins de Paris, voilà qu’on l’a apprise à M. de Keyrolles et que cet excellent homme, qui a assuré et payé le tableau, me téléphone pour me le réclamer.

— Dame, c’est assez juste, somme toute. Le tableau lui appartient, puisqu’il en a payé la valeur.

— Sans doute, sans doute… Je n’en sais fichtre rien, moi. C’est affaire aux tribunaux de le décider.

Juve s’étranglait à moitié en buvant.

Après avoir toussé, craché, mouché, il dit à Fandor :

— Cette histoire-là, perso

— Tout le monde la sait ? s’écria Fandor qui, très joyeux malgré tout, se versait une rasade.

— Juve, s’écria-t-il.

— Quoi, Fandor ?

— Juve, poursuivit le journaliste en éclatant de rire, il ne manque plus que Fantômas, et je ne serais pas éto

Le policier do

— Plaisante si tu veux, Fandor, dit-il, mais j’y pensais précisément, et d’ailleurs, après tout, avec ce gaillard-là, nous en avons vu bien d’autres.

23 – LA MORTE

Qui donc cependant, alors que Fantômas, après avoir quitté le bric-à-brac de la mère Toulouche, était à Ville-d’Avray pour y reprendre le fameux tableau acheté par la grande dame en automobile, avait osé tirer sur le Maître de l’Effroi ?

Quelle était tout d’abord cette mystérieuse femme aux cheveux blancs, à l’attitude toujours grave, toujours sombre et triste, qui paraissait sous le coup d’un effroyable chagrin, d’une douleur immense et tragique ?

Tandis que, sous les coups de feu tirés dans la nuit, Fantômas s’enfuyait du jardin de la villa abando

— Je le tuerai. Je le tuerai.

Cette femme extraordinaire demeurait sur ce perron de longues minutes, elle ne paraissait pas avoir conscience du temps, elle paraissait oublier tout ce qui l’entourait, comme prise par la hantise d’une idée fixe, comme entraînée par ses propres réflexions, comme courbée sous la rafale de sentiments.