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— Ah mon cher bâto

Il s’arrêta brusquement et courut à l’entrée du parc ; deux voitures automobiles venaient de s’y arrêter, des perso

— C’est le Gouvernement, déclara M. Marquelet.

Il fit signe à un gardien, lequel le répéta au chef d’orchestre, et la musique ento

Puis l’on vit s’avancer M. Dubois, sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts. Le représentant du Gouvernement était un homme d’une quarantaine d’a

M. Marquelet s’inclina très bas devant le « Gouvernement ».

— Au nom de la Société des Artistes Internationaux, déclara-t-il d’une voix qui tremblait légèrement, je vous remercie. Monsieur le Ministre, de bien vouloir honorer de votre présence l’inauguration de notre Exposition.

Le ministre s’inclina à son tour, mais M. Marquelet continua à parler pendant une dizaine de minutes.

Puis, ce fut le tour de M. Dubois de répondre au président.

Il le fit avec cette facilité verbeuse qui constitue l’éloquence de la plupart des hommes d’État. Il acheva sur une péroraison grandiloquente et convaincue au cours de laquelle il mêla la politique et l’art, de la façon la plus inattendue sans doute, mais assurément la plus heureuse.

Et des bravos retentirent alentour, cependant que les jeunes attachés dévisageaient curieusement les jolies femmes de l’assistance.

Conformément aux instructions de M. Marquelet, Bouzille s’était dissimulé dans les derniers rangs de la foule, pour n’être pas remarqué par le représentant du gouvernement. Il avait retrouvé dans une allée du jardin celui qu’il appelait parfois « son patron ».

Le Danois Érick Sunds était là en effet, mais il semblait avoir perdu toute sa gaieté habituelle. Il avait les traits fatigués. Sur son visage se peignait une étrange pâleur.

« Probable, pensa Bouzille, qu’il a dû faire cette nuit une bombe carabinée. »

Et comme il lui suggérait tout bas :

— Vous ne vous êtes pas couché, pas vrai ?

Érick Sunds lui lança un mauvais regard, qui interdit à Bouzille d’insister.

Cependant, le cortège officiel pénétrait dans le Palais de Bagatelle :

— Si vous le voulez bien, monsieur le ministre, commença Marquelet, nous allons voir d’abord les gravures. Nous examinerons ensuite les vitrines qui contie

On fit une première station devant un groupe de marbre dû au sculpteur Rube. Cela représentait une tempête en mer. Une barque oscillait dans un équilibre instable. Rube était là, il plastro

— Ah, ah, fit le ministre, qui regarda quelques instants, mais sans rien dire.

Le cortège s’éloigna : Rube était devenu tout rouge, et tandis que ses camarades le considéraient d’un œil amusé, il grogna entre ses dents :

— C’est un coup monté, on m’a fait venir ici pour se fiche de moi.

Rapidement, on passa devant les gravures, on longea les vitrines, puis on arriva dans une salle de peinture et M. Marquelet, ayant murmuré quelques mots à l’oreille du sous-secrétaire d’État, celui-ci s’arrêta devant un tableau, représentant, ainsi que le disait l’étiquette fixée sur le cadre, un «  Concours de natation à Joinville-le-Pont ».

C’était l’œuvre de Dollois, le peintre timide.

Dollois n’était pas devant son œuvre, mais perdu dans la foule. On le chercha des yeux, on finit par le découvrir, et le ministre, lui ayant tendu la main, lui déclara :

— Monsieur Dollois, au nom du gouvernement de la République française, j’ai l’extrême plaisir de vous nommer officier d’académie.

Un jeune attaché passa au ministre un petit ruban violet, que celui-ci mit à la bouto

Dollois crut qu’il allait défaillir, tant il était heureux.

Quelques murmures flatteurs soulignèrent l’attribution de cette distinction honorifique. Puis M. Marquelet, précédant le sous-secrétaire d’État, pénétra dans le salon d’ho

— Vous allez voir ici, monsieur le ministre, déclara-t-il, la plus belle œuvre que nous ayons à notre exposition, c’est le Pêcheur à la lignede Rembrandt, aimablement prêté par son heureux propriétaire M e Henri Faramont, bâto

Et, par précaution, M. Marquelet ajoutait à l’oreille du ministre :

— C’est le tableau qui est tout seul sur le pa

Le cortège avait ralenti sa marche, on faisait cercle dans le salon d’ho

— C’est une œuvre magnifique, déclara-t-il, enflant la voix, car il avait remarqué qu’autour de lui, se trouvaient des journalistes qui notaient ses paroles, les couleurs sont encore très vives, et l’on retrouve dans cette conception toute simple, dans ce sujet populaire, toute l’énergique vigueur du maître sublime que fut Rembrandt.

Il s’arrêta et considéra d’un air éto

Gracieusement, le sous-secrétaire d’État s’inquiétait :

— Qu’avez-vous donc, cher monsieur ? Seriez-vous souffrant ?

M. Marquelet ne répondait pas, il était agité d’un tremblement nerveux, et sa main se leva vers le tableau.

Un léger cri avait retenti à côté du ministre qui tourna la tête, et vit M e Faramont. Lui aussi avait pâli. Jacques Faramont aux côtés de son père, était également très pâle, et si le ministre avait co

Ah ça, que se passait-il donc ? Les attachés du Cabinet qui, jusqu’alors, n’avaient prêté aucune attention aux incidents de la cérémonie, commençaient à se le demander.

Enfin, M. Marquelet articula d’une voix bégayante :

— Mais le tableau de Rembrandt ?

— Eh bien, poursuivit M. Dubois, d’un ton légèrement impatienté, je le vois, je l’admire.

Subitement un cri retentissait, il était poussé par le bâto

— Mais ce n’est pas mon tableau, s’écria celui-ci. Et il ajouta d’une voix étranglée d’émotion :

— C’est une copie qu’on a mise à la place !

Le ministre sentit son cœur se serrer, il avait l’impression que les paroles qu’il venait de prononcer, quelques instants auparavant, pour affirmer son admiration, étaient au moins inopportunes. Il jeta un coup d’œil désespéré sur les journalistes et s’aperçut qu’ils riaient sous cape. Cependant une rumeur confuse montait dans l’entourage des perso

— Il n’y a plus de doute, criait-on, c’est une copie ! Qu’est devenu l’original ? C’est extraordinaire…

Ce fut une ruée, une épouvantable bousculade.

Et les commentaires allaient leur train, cependant que M. Marquelet s’était affaissé sur une chaise, et que le bâto

Plus de doute en effet. À la place du superbe Rembrandt se trouvait une affreuse croûte, une copie grossière, dont la peinture encore toute luisante était à peine sèche.