Страница 30 из 73
Le journaliste se doutait pourtant bien que si le jeune avocat était venu le trouver, ce n’était pas uniquement pour le remercier.
— J’ai encore quelque chose à vous dire, mon cher Fandor. Voilà ce dont il s’agit : la dame blanche est revenue à Ville-d’Avray.
— Vous êtes sûr ? Vous l’avez vue ?
— Non, déclara Jacques Faramont, je ne l’ai pas vue perso
— Ces rendez-vous, où ont-ils lieu le plus souvent ? Dans le jardin de la villa abando
— Oui. Je vous ai dit que la première fois que nous nous sommes trouvés en présence de cette mystérieuse dame aux cheveux blancs, elle nous a suppliés de ne point ébruiter notre rencontre, mais elle ne s’est point opposée, au contraire, à ce que nous venions passer tout le temps qu’il nous plairait dans le jardin de sa maison.
— C’est une femme fort aimable, à ce que je vois, et il me semble, mon cher ami, que vous manquez à tous vos devoirs en n’allant pas lui faire une visite de politesse pour la remercier de son hospitalité.
— Vous voulez rire ?
— Pas du tout, je suis tout ce qu’il y a de plus sérieux, dit Fandor. Si vous voulez me permettre un conseil, je vous engagerais vivement à aller lui porter ce soir vos remerciements, en même temps, par exemple, qu’une gerbe de fleurs.
— Mais, Fandor, cette dame sera éto
— Vous ne le saurez jamais, si vous n’essayez pas d’être admis auprès d’elle.
— Il est bien évident que ma démarche, en somme, n’aurait rien d’extraordinaire. Mais quelle conclusion comptez-vous en tirer ?
— Je vous le dirai un peu plus tard, rétorqua Fandor, et si vous suivez mon conseil, prévenez-moi car je vous accompagnerai.
— Vous ?
— Oui. Moi ! Pourquoi pas ? j’aimerais vivement co
— Mais, il me semble difficile que nous allions la voir ensemble, et peut-être notre arrivée, à tous les deux, lui paraîtra-t-elle suspecte ?
— Aussi, déclara Fandor, faudra-t-il que vous alliez d’abord so
— Et alors ?
— Alors, vous me présenterez, voilà tout.
Le jeune homme se leva, il serra la main de Fandor :
— Vous avez été si délicat, si discret à mon égard, que je ne veux rien vous refuser. C’est une affaire entendue. Je dîne précisément ce soir chez mon oncle, mais je ne pourrai guère être libre avant neuf heures et demie, car il y a du monde, une invitée.
— Qui cela ? interrogea indiscrètement Fandor.
— Oh, fit Jacques Faramont, une seule perso
— Ah bah, fit Fandor, et comment s’appelle-t-elle ?
— Sarah Gordon.
Le journaliste changea de couleur, mais dissimula sa surprise. Comment se faisait-il que miss Gordon vînt chez les Keyrolles ?
***
Il était neuf heures et quart lorsque, chez les Keyrolles, on se leva de table. Ainsi que l’avait a
Le café absorbé, Jacques, suivant son habitude, demanda à sa tante la permission de se retirer.
— Il faut que je rentre, balbutia-t-il, et je ne voudrais pas attendre le dernier train.
M. de Keyrolles l’approuva :
— Comme il travaille, ce cher enfant, dit-il, c’est à peine s’il prend le temps de manger.
M me de Keyrolles ajouta pour Sarah Gordon :
— Notre petit Jacques a une adoration pour nous. Chaque fois que ses travaux lui en laissent le temps, il saute dans le train et vient nous rendre visite. On ne peut pas dire que cet enfant-là n’aime pas sa famille.
Jacques Faramont cherchait à détourner la conversation. Il lui déplaisait de s’entendre décerner de semblables compliments. Certes, il aimait bien son oncle et sa tante, mais il y avait chez eux quelque chose de plus qui l’attirait, c’était Brigitte.
Ce soir-là, toutefois, Jacques Faramont ne devait pas rencontrer sa maîtresse dans les jardins de la maison abando
Tout allait pour le mieux jusque-là et Jacques Faramont prenait congé de sa tante, lorsque Sarah Gordon, avec le sans-gêne des femmes de son pays, l’interpella :
— Cher monsieur, fit-elle, puisque vous rentrez à Paris, je veux vous demander de m’accompagner. Je n’aime pas circuler seule dans cette banlieue déserte.
Le jeune homme parut tout décontenancé : « Sapristi, pensa-t-il, comment faire pour me débarrasser de cette perso
Il eut cependant assez de présence d’esprit pour répondre galamment :
— C’est une affaire entendue, mademoiselle, je vous reconduirai bien volontiers, toutefois, voulez-vous m’accorder une petite demi-heure, il faut que je passe au bureau de tabac du village, cela vous détournerait. Je vais y courir tout seul et je viendrai vous reprendre dans quelques instants.
M. de Keyrolles, toujours précis, consultait sa montre :
— Neuf heures vingt ; il faut bien, en effet, une demi-heure à Jacques pour aller et venir au bureau de tabac, il sera donc dix heures moins dix lorsqu’il sera de retour. Vous avez un bon train à dix heures pour Paris, mais il ne faudra pas traîner.
— Parfait, dit Sarah Gordon.
Puis se tournant vers M me de Keyrolles, elle ajouta :
— Je vous quitterai, chère Madame, à dix heures moins le quart, j’attendrai M. Jacques à l’entrée de l’avenue, comme cela nous gagnerons quelques minutes.
— Ouf, soupira Jacques une fois dans la rue, j’ai échappé au crampon, mais sapristi, il va falloir faire vite, puisqu’il faut que je la retrouve à dix heures moins le quart. Ces femmes seules sont vraiment assommantes. Elles ont toujours besoin d’être accompagnées.
Au coin de l’avenue, Jacques Faramont aperçut Fandor.
Le journaliste avait l’air tout penaud. Il était adossé à la grille du jardin et tenait sur sa poitrine une énorme gerbe de fleurs enveloppée de papier blanc.
— Ah vous voilà ! grogna-t-il en apercevant le fils du bâto
Et Fandor confia les fleurs à l’avocat.
— Ne perdons pas une minute, dit le jeune avocat, il faut que je vie
— Parfait, dépêchons-nous !
Ils franchirent ensemble la grille du parc de la villa abando
Jacques Faramont gravit posément les marches du perron de la maison silencieuse.
Le jeune homme so
« Cette tentative ne sert à rien, la femme aux cheveux blancs ne se montrera pas. »
Mais la porte s’entrebâillait doucement, cependant qu’une légère lueur pénétrait dans le vestibule.
Jacques Faramont pénétrait dans ce vestibule.
« Ça y est », pensa Fandor.
Le journaliste s’était penché pour regarder, il venait d’entrevoir une silhouette, celle d’une femme grande, vêtue de blanc, semblait-il.
Fandor ne voyait pas les traits de la jeune femme.
Qui était la perso