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— Comment l’avez-vous su ?

— Mon cher, ma maîtresse m’apprenait dans sa lettre, qu’en rentrant de faire ses provisions, elle n’avait plus retrouvé son fils. Folle de douleur, à la suite du rapt de cet enfant, elle était partie, partie à Liverpool, pour s’embarquer à bord du Victoriapour gagner au plus vite le Canada et là mettre tout en œuvre pour reprendre son fils, son fils volé par son mari.

— Et alors ?

— Et alors, poursuivit Tom Bob, tout naturellement, vous le devinez, je me suis précipité sur les traces de Françoise, à Liverpool. Je voulais la supplier de choisir entre moi et son fils… je voulais lui demander d’attendre que j’obtie

Shepard demeurait silencieux, atterré par l’épouvantable méprise qu’il avait commise en se lançant sur la piste de son collègue Tom Bob…

— Bonté divine, fit-il enfin, mais, en ce cas, Tom Bob, si les choses se sont passées de cette façon, pourquoi, diable, vous êtes-vous do

— Pour ne pas do

Cette fois, le détective Shepard baissa la tête… Il demeura de longues minutes silencieux, puis enfin :

— Le pire, Tom Bob, dit-il, c’est que vous co

Tom Bob hocha la tête :

— Et, même au moment où vous vous apercevez que le docteur Garrick est votre collègue, Tom Bob, vous devez procéder à son arrestation ?… c’est bien votre devoir, en effet, Shepard… je ne le discute pas…

— C’est une fatalité. Oh ma vie, mon sang, mon âme, pour qu’une pareille aventure arrive à quelqu’un d’autre.

Mais Shepard s’était ressaisi :

— Bah ! Tom Bob… parbleu, puisque votre femme est vivante, on la retrouvera, et dans quinze jours au plus, vous serez libre…

— Mais pendant ce temps, Daniel, l’enfant de ma maîtresse, qui le recherchera comme je l’aurais recherché moi-même ?

— Écoutez, j’ai mandat contre vous, Tom Bob et je vais vous arrêter… dit Shepard, mais mes instructions me laissent libre d’inculper, ou non, de complicité votre maîtresse… je vais donc laisser libre votre amie qui va pouvoir faire les recherches nécessaires, alors que nous deux, Tom Bob, nous regagnerons l’Angleterre par le premier paquebot que nous allons croiser…

Les deux hommes causaient encore qu’un marin frappait à la porte de la cabine.

— Mister Shepard, demanda-t-il, le capitaine Hill serait désireux de vous parler ?…

— Je vous suis mon garçon… et à Tom Bob : « Venez avec moi voir le capitaine. Nous arrangerons ça. »

Mais le capitaine Hill, avant même que Shepard ait pu articuler un mot, avait tendu au policier la dépêche qu’il venait de recevoir :

«  Prière au capitaine Hill de prévenir le détective Shepard, dès qu’il aura rejoint le bord duVictoria, que des vestiges humains, lambeaux de chair, fragments d’os ayant appartenu au cadavre, soit d’une femme, soit d’un enfant, ont été retrouvés au cours d’une perquisition dans la cave du docteur Garrick, à Putney. Ordre est do

Et ayant lu cela, Shepard, baissant la tête, avait dit :

— Il va donc falloir, Tom Bob, que je vous arrête tous deux ?…

À quoi, stoïque, le malheureux Tom Bob n’avait pu que répondre :

— C’est votre devoir…

8 – QUI EST CETTE ÉTRANGÈRE ?

La nuit tombait.

Aux environs de Bo

Sur la route de halage, un homme cheminait lentement.

Son pas lourd et pesant faisait crier le gravier du sol ; c’était un vieillard, un paysan qui portait sur ses robustes épaules une hotte remplie de légumes.

Après avoir remonté le cours du fleuve pendant cinq cents mètres environ, et avant d’arriver au village de Rolleboise qui au pied d’une colline borde la Seine, uniquement séparée de la rivière par la grande route nationale, le vieillard s’arrêta devant une maiso

Trois marches de pierre permettaient d’accéder au jardinet surélevé d’un mètre environ au-dessus du niveau du chemin.

Le vieillard, après avoir frappé la pointe de ses souliers contre la première des marches pour débarrasser ses semelles de la terre glaise qu’elles avaient apportée des champs et des vergers, ouvrit la petite barrière de bois.

À peine était-il dans l’enclos qu’une voix jeune et fraîche le saluait d’un joyeux :

— Bonsoir, grand-père !

— Bonsoir, grommela le vieillard… bonsoir, ma petite Berthe… comment as-tu passé la journée ?

Puis, sans attendre la réponse, le vieux paysan poursuivait :

— Fichu temps, les petits pois étaient rares cet après-midi…

L’interlocutrice du vieillard se récriait :

— Vous osez dire, « fichu temps », grand-père …. vraiment vous êtes difficile…, jamais depuis que l’hiver s’est achevé, nous n’avons encore eu une aussi belle journée. De la chaleur, du soleil, des oiseaux qui gazouillent, du bleu plein le ciel…

— Ta ta ta… interrompit le vieillard, va toujours, petite, une jeunesse comme toi ça ne pense qu’à regarder autour de soi et ça ne voit dans les paysages qu’un objet d’amusement. Moi je dis que c’est un fichu temps parce que lorsqu’il fait beau, la terre est trop sèche et les pois ne poussent pas…

Le vieillard jeta avec dédain sur un petit carré de gazon dessiné devant la maiso

— Bah ! À chaque jour suffit sa peine, les vents sont d’ouest ce soir, nous aurons de la pluie demain…

Tendrement, il se pencha alors sur le front de la jeune perso

— Vraiment, tu te sens mieux, fillette ?

Pour toute réponse la jeune femme embrassa l’aïeul…

***

À quelques centaines de mètres du village de Rolleboise, dans cette maiso

Ils avaient une modeste aisance, possédaient en toute propriété le lopin de terre sur lequel s’élevait leur demeure.

Leur existence durant, ils avaient travaillé, économisé. Leurs derniers jours s’achèveraient, sinon dans l’opulence, du moins dans le calme et la paix, sans le souci du lendemain.

Depuis déjà trois ou quatre ans, ils avaient avec eux leur petite-fille, jeune et jolie femme de vingt-cinq ans environ, M lleBerthe, comme on l’appelait dans le pays.