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— Chef, c’est le chef de mon chef qui désire parler à mon chef.
— Qu’est-ce que vous me chantez là ?
Joseph, de plus en plus troublé, allait répéter sa phrase obscure, aux allures de rébus, mais Juve, précipitamment, avait couru à l’appareil. À l’autre bout du fil il reco
— C’est vous Juve ? Je suis bien content de vous savoir rentré à Paris. Passez donc d’urgence à mon bureau, il importe que nous nous mettions d’accord sur les mesures à prendre à l’occasion de la prochaine arrivée à Paris de l’Empereur de Russie. Et puis vous me raconterez l’affaire du Skobeleff. Qu’est-ce que c’est donc que cette histoire-là ? J’imagine que Fantômas y est pour quelque chose.
— Peut-être, répondit Juve qui, prenant son chapeau et son pardessus, partit aussitôt pour la Préfecture de Police.
14 – L’HEURE FATALE
— Je sors pendant une heure.
— Yes, mister Bolton.
— Je rentrerai d’ailleurs assez tôt.
— Yes, mister Bolton.
— Et demain matin vous me réveillerez à cinq heures et demie précises.
— Yes, mister Bolton.
Cependant que le client du Brita
Néanmoins, les deux hommes s’étaient très facilement compris et le voyageur sans répondre aux salutations exagérées du domestique, fit avancer une voiture devant la façade de l’hôtel de la rue de Rome et y monta aussitôt.
Fred Bolton se fit conduire à toute allure à la gare du Nord. Il changea de véhicule après avoir passé à la consigne d’où il retira une valise. Puis, il ordo
— Bonjour, monsieur Archinet, familier et cordial.
— Chère madame, do
La caissière appela un domestique qui prit les bagages du voyageur, cependant, qu’aimable, toujours, elle répondait à celui-ci :
— Nous co
— Eh bien, poursuivit ce bizarre habitué de l’hôtel, je suis très fatigué, je comptais aller voir mes enfants ce soir, mais la banlieue me fait peur. Elle est trop loin. Je vais me coucher. Inutile de me réveiller. Demain, au petit jour, je partirai pour me rendre comme d’ordinaire chez mon gendre, à Boissy-Saint-Léger. Et il est probable, mademoiselle, que je n’aurai pas le plaisir de vous voir demain matin.
— En effet, monsieur, poursuivit la caissière, je veille ce soir jusqu’à minuit. Ce sera ma remplaçante.
L’individu qui, à l’hôtel de la Paix, répondait au nom d’Archinet, ne tarda pas à éconduire le garçon exagérément complaisant qui s’éternisait dans sa chambre.
Sitôt le serviteur parti, il ferma sa porte à double tour, éteignit, mais il ne se coucha pas.
Le mystérieux M. Archinet entrebâilla sa fenêtre, s’assura que la cour sur laquelle elle do
Frédérik Bolton qui, rue Duphot, s’appelait M. Archinet, prit alors une troisième voiture qui le transporta rue des Saints-Pères où il descendit devant un troisième hôtel aux apparences modestes mais confortables, qui portait pour enseigne : Aux Amis de la Gironde.
M. Bolton-Archinet avait encore changé de physionomie. Il avait sur ses cheveux naturels, une perruque blanche et sa lèvre rasée s’ornait d’une épaisse moustache grise.
Le patron, un robuste Gascon, vint à lui, la main tendue :
— Hé, tiens, M. Collimasque. Quel bon vent vous amène ?
— Mon cher patron, répondit l’énigmatique voyageur, ce n’est pas le vent mais le chemin de fer, je descends de la gare d’Orsay à l’instant même, j’arrive de Bordeaux.
— Une chambre, monsieur Collimasque ?
— Bien entendu, patron.
— Voulez-vous le 23, on y est très bien, vous en avez l’habitude.
— Va pour le 23, répliqua avec enjouement celui qui, successivement venait d’être appelé Bolton, Archinet et Collimasque. Seulement je ne monte pas me coucher de sitôt, voilà bien trois semaines que je ne suis pas venu à Paris, vous pensez bien que j’ai envie de faire un petit tour.
— L’hôtel est ouvert toute la nuit, faites donc comme chez vous.
— Oh, comme chez moi, poursuivit le voyageur, mieux que chez moi, car je vous promets bien qu’à Bordeaux, si je m’avisais de rentrer après onze heures du soir, la bourgeoise ferait une musique épouvantable.
— Tandis qu’à Paris, ni vu ni co
— Surtout, comme je rentrerai peut-être tard, ne me faites pas réveiller. Je descendrai bien tout seul.
À peine avait-il regagné la rue des Saints-Pères que le perso
Lorsque le faux Anglais eut regagné sa chambre, ayant soigneusement fermé les rideaux des fenêtres, il tourna le commutateur et se mit en devoir d’enlever sa perruque, de supprimer les favoris roux qu’il avait substitués depuis quelques instants à sa moustache grise et il apparut enfin tel qu’il était.
Ce mystérieux individu n’était autre que Fantômas.
C’était bien le bandit qui, désormais, seul et sans témoin, ne jouait plus de comédie, ne tenait plus de rôle. Il se déshabilla lentement, le front soucieux, puis, une inspiration subite le détermina à remettre sa perruque rousse et ses favoris jaunes. Il so
***
Fantômas, machinalement, avant de se mettre au lit, avait déchiré la bande d’un journal qu’il déployait devant lui.
Mais, le bandit ne lisait pas : il était préoccupé. Soudain, celui que l’on avait tant de fois qualifié d’insaisissable, et qui ce soir-là se disposait à passer une nuit paisible et tranquille comme la nuit du plus ho
Cette feuille, en effet, portait la date du 24 mars.
Le bandit tira sa montre :
— Dix heures, fit-il, et dire que je n’y songeais plus. Me suis-je donc trompé de jour ? Non pourtant. Nous sommes bien aujourd’hui le 24.
La pensée de Fantômas se reportait à quelques journées en arrière, à la conversation avec le sinistre équarrisseur rencontré sur la falaise breto