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- Je suis venue ici parce que j'avais envie de te revoir.
Il regarda ses seins. Elle eut l'impression que ses yeux étaient des mains et elle dut réprimer un frisson involontaire. Il lâcha la pochette, qui tomba sur le sol. Elle tenta de sourire. D'un geste négligent il balaya ses espoirs, éparpillant les billets qui tombèrent sur le sol, dans la sciure, en virevoltant.
Puis il se jeta sur elle et elle pria le ciel que cela aille vite.
Seigneur, do
Quelque part, là-bas, dans l'Au-delà, il attend que je vie
En vérité, en vérité je vous le dis: celui qui entend mes paroles et croit en Celui qui m'a envoyé possédera la vie éternelle et ne sera pas jugé, puisqu'il est passé de la mort à la vie.
Car le moment est venu où tous ceux qui sont dans la tombe entendront Sa voix et répondront à Son appel: ceux qui ont fait le bien ressusciteront et ceux qui ont fait le mal seront jugés.
Je ne peux rien faire moi-même. Je juge en fonction de ce qu'il me dit. Et mon jugement est juste, car je ne cherche pas à accomplir ma volonté, mais celle du Seigneur qui m'envoya.
Dieu ne l'entendit pas cette fois-là non plus. Mais Thomas finit par se lasser et s'endormir sur elle, comme une sorte d'énorme couverture qui l'étouffait. Avec des gestes très lents et beaucoup de précautions, elle parvint à l'écarter d'elle et à se lever.
Toujours nue, elle ramassa ses billets froissés sur le sol. Elle fit de son mieux pour les lisser contre sa cuisse et les fourra rapidement dans la pochette.
Thomas était allongé sur le côté, la bouche ouverte. Un mince trait de salive coulait de sa bouche, traversait sa barbe hirsute et se perdait dans le matelas. Elle fut reco
Elle s'habilla en hâte. Elle avait envie d'une douche, pour se laver de son regard.
Il fallait absolument qu'elle trouve un endroit où il y avait de l'eau courante, sans quoi elle ne tiendrait jamais le coup.
Elle eut bientôt fourré toutes ses affaires dans son sac à dos et elle le referma. La culotte et la serviette encore un peu mouillées, qu'elle avait oublié de sortir, sentaient mauvais. Il faudrait qu'elle les lave à nouveau.
Mais où? Et où aller?
Elle désirait partir de là le plus vite possible, mais la soif l'incita à s'attarder un peu, le temps de boire un peu d'eau au bidon en plastique. Pendant qu'elle y était, elle laissa l'eau couler et se lava rapidement les mains et le visage. Il se forma une sorte de pâte faite de sciure mouillée et de marc de café, sur le sol. À ce moment, Thomas remua celle de ses jambes à laquelle elle avait touché et elle se figea sur place, un instant, pour s'assurer qu'il dormait toujours.
Puis elle escalada l'échelle, ouvrit l'écoutille et sortit.
Elle se retrouva... où cela, au juste? En liberté? Non, c'était impossible, désormais.
Les salauds.
Il faisait maintenant nuit. Elle regarda machinalement sa montre, mais celle-ci était toujours arrêtée. Sur le quai de Söder Mälarstrand les deux files de circulation étaient désertes et il n'y avait que quelques lumières allumées sur les façades des maisons qui le surplombaient. Peu de gens étaient encore éveillés. Tant mieux. Moins ils seraient nombreux à la voir, mieux cela vaudrait.
Elle avança en faisant le moins de bruit possible et enjamba la lisse pour passer sur le navire de guerre. Quelques instants plus tard elle était sur le quai et se dirigeait vers le pont.
Ses jambes bougeaient d'elles-mêmes, car elle n'avait aucune idée de l'endroit vers lequel elle se dirigeait. Cela n'avait d'ailleurs rien d'extraordinaire, pour elle. C'était en quelque sorte son état normal. Un jour comme les autres, donc. Il lui arrivait parfois de se demander si les difficultés qu'elle avait à faire des projets avaient trait à la maladie dont elle avait souffert étant jeune. Peut-être le système régissant l'aptitude à prévoir avait-il été endommagé, en elle. Tout ce à quoi il servait, désormais, était à lui assurer de quoi manger et un endroit assez tranquille pour qu'elle puisse y dérouler son sac de couchage. Si l'on n'était pas trop exigeant, ce n'était guère difficile. Dans l'existence errante qui était la sie
Mais maintenant, plus rien n'était pareil.
Elle ne savait même plus où elle pouvaitaller.
Elle s'engagea dans Heleneborgsgatan et, une fois parvenue au bout de la rue, entra dans Ski
Elle continua son chemin. Au coin de Hornsgatan, un panier de pain frais avait été posé à la porte d'un restaurant. Un de plus ou de moins, ils ne verraient pas la différence.
Ce qu'il lui fallait, maintenant, c'était un endroit où rester cachée pendant quelques jours. Où elle pourrait être tranquille et où perso
Elle fouilla dans sa mémoire pour se remémorer la liste des endroits où elle avait dormi. Mais elle n'en trouva aucun offrant la tranquillité dont elle avait besoin.
Les voitures étaient de plus en plus nombreuses, maintenant. Elle avait choisi de monter sur ce qu'on appelait "la bosse" de Hornsgatan, afin d'échapper à la circulation. À sa droite se trouvait l'église Sainte-Marie. Elle regarda la pendule pour savoir l'heure.
Au même instant, elle sut où elle allait pouvoir se cacher.
Jour et nuit. Les mêmes êtres sans visage lui parlant une langue qu'elle ne comprenait pas et ne semblant pas comprendre le danger qui la menaçait.
Des êtres sans visage qui entraient et sortaient de la pièce en tendant les mains vers elle et la forçant à avaler des comprimés empoiso
Elle ne voulait pas dormir, n'osait pas le faire, mais les pilules empoiso
Un cauchemar interminable.
Elle refusait de se lever, mais ils lui enfonçaient quelque chose dans le ventre pour l'empoiso
Si elle arrachait ce tuyau, ils lui attachaient les mains.
L'homme en blanc entrait de temps en temps et lui demandait de lui parler. Il faisait semblant d'être gentil, pour qu'elle lui révèle ses secrets, qu'il irait aussitôt rapporter aux hommes de la cave.