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Ils se retrouvèrent dans des éboulis et, après avoir couru quelques dizaines de mètres, ils se retournèrent pour voir ce qu’ils pensaient être une chapelle. À leur grande surprise, ils n’aperçurent qu’un tumulus formé de terre, de pierres et d’herbes folles et où n’apparaissait aucune trace d’ouverture…
– Incroyable ! souffla Vidal-Pellicorne. Comment avait-il pu réussir pareille installation ?
– De lui, rien ne m’éto
Il avait une affreuse envie de pleurer et sans doute n’était-il pas le seul car Adalbert venait de renifler à plusieurs reprises. Il chercha la main de son ami et la serra brièvement :
– Allons-nous-en, Adal ! Nous n’avons pas beaucoup de temps et ça va sauter…
Ils reprirent leur course dans la direction où apparaissaient quelques lumières, peut-être les dernières maisons de Varsovie. Ils trouvèrent bientôt une route plantée d’arbres déjà dénudés mais au-delà desquels luisaient les eaux sombres d’un cours d’eau qu’Aldo reco
– C’est la Vistule et cette route, c’est celle de Wilanow qui doit être derrière nous. On sera très vite en ville…
Le bruit de l’explosion lui coupa la parole. Là-bas, le ciel s’embrasait. Puis une gerbe de flammes et d’étincelles jaillit du cœur du tumulus. D’un même mouvement, Aldo et Adalbert firent un signe de croix. Non qu’ils crussent à une quelconque rédemption de l’homme qui venait de payer ses crimes et ses forfaitures, mais par simple respect de la mort, quel que soit celui qu’elle atteignait…
– Je me demande, fit Vidal-Pellicorne, ce que penseront de ce bizarre tumulus les archéologues qui auront à travailler dessus prochainement ou dans des a
– Disons qu’ils auront des surprises…
Et ils poursuivirent leur chemin en silence.
Dès le lendemain matin, ils partaient pour Prague, pressés qu’ils étaient de se débarrasser de la pierre meurtrière.
Ce même soir et à l’heure même où Morosini et Vidal-Pellicorne frappaient à la porte du grand rabbin dans la rue Siroka, à Venise Anielka et Adriana Orseolo s’installaient pour dîner dans le salon des Laques. En tête à tête…
Les deux femmes s’étaient quittées à Stresa, où Adriana avait séjourné vingt-quatre heures avant de regagner Venise tandis que sa « cousine » prenait le train pour rejoindre son frère à Zurich. Aussi, dès son retour au bord du Grand Canal, Anielka s’était-elle hâtée d’inviter à dîner « chez elle » celle qui était devenue sa meilleure amie. En effet leurs relations, entamées pour complaire à Solmanski père, jadis l’amant d’Adriana, et aussi pour déplaire à Morosini, s’étaient changées peu à peu en une complicité affectueuse.
Ce dîner que la « princesse » avait a
– Je do
– Le maître l’aime !
– Mais il n’est pas là et ne rentrera pas de sitôt. Alors, mettez-vous bien dans la tête que si vous voulez rester ici, il faudra m’obéir. C’est compris ?
– Oh, c’est tout à fait clair ! fit Cecina du bout des lèvres. Madame la princesse commence son règne ?
– Vous pouvez le dire… encore que j’aimerais que ce soit sur un ton plus poli. Sachez ceci : je ne tolérerai plus vos insolences. Vous n’êtes rien d’autre ici que la cuisinière et vous pourrez en informer votre mari et mes autres domestiques…
Cecina s’était retirée sans autre commentaire, se contentant comme on venait de le lui ordo
– Qu’est-ce que ça veut dire, madame Cecina ? demanda Livia qui au fil des a
– Que madame la princesse entend faire sentir son pouvoir à tout et tous dans cette maison.
– Mais enfin, s’écria Zaccaria, don Aldo n’est pas mort, que je sache ?
– Elle se comporte exactement comme s’il l’était.
– Et nous allons supporter ça ?
– Pour un temps, mon bonhomme, pour un temps…
À l’heure prévue pour l’arrivée de l’invitée, la cuisine du palais embaumait de senteurs exquises, il y avait des fleurs partout et la table ronde dressée au milieu des laques chinois portait les couverts de vermeil aux armes des Morosini, comme le ravissant service de Sèvres rose et les verres gravés d’or. Des roses s’épanouissaient dans un cornet de cristal et Zaccaria, vêtu de sa plus belle livrée, accueillit do
– Fêtons-nous quelque chose ? demanda Adriana en découvrant cette accumulation de raffinement dont elle ne pouvait s’empêcher d’éprouver un peu de gêne.
Tout eût été tellement différent si Aldo en perso
– Votre retour dans ces murs, ma chère Adriana, répondit Anielka très souriante. Et le début d’une nouvelle ère pour les Morosini.
On causa des événements qui avaient marqué l’a
– N’était-ce pas un peu… exagéré ? Je co
– Je le sais, sinon il y a longtemps que je serais morte. Non, c’est un… ami de mon frère qui a tiré depuis le jardin avant de s’enfuir par le lac, mais Aldo avait besoin d’une leçon. J’espère que celle-ci sera profitable… et longue.
– Cela m’éto
– Ce n’est pas sûr. Quand je me suis esquivée les choses prenaient une tournure peu sympathique pour lui. De toute façon, s’il échappe à ce petit piège, mon frère saura s’occuper de lui. Si vous voulez tout savoir, chère Adriana, j’espère bien ne jamais revoir mon cher mari, ajouta-t-elle en levant sa coupe.
Un toast auquel la comtesse Orseolo ne fit pas écho. Si forte que fût sa haine envers Aldo, elle n’aimait pas l’idée qu’un grand seigneur vénitien soit livré ainsi à une clique polono-américaine…
Heureusement, à cet instant, Zaccaria vint a