Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 69 из 77

CHAPITRE 12 LE DERNIER REFUGE

Le lendemain, en début d’après-midi, Aldo arrêtait la voiture devant l’hôtel de l’Europe à Varsovie. Couverte de boue et de poussière, l’Amilcar n’avait plus de couleur visible mais s’était comportée vaillamment – seulement deux crevaisons ! – tout au long de l’interminable trajet qui, par Munich, Prague, Breslau et Lodz, avait mené ses conducteurs à bon port. Ils n’étaient pas très frais, eux non plus : la pluie leur avait tenu compagnie une partie du chemin. Ils arrivaient moulus, rompus, n’ayant dormi que par instants dans un engin apparemment pris de folie et qui dévorait la route sans se do

Un souci demeurait vif pour Aldo : il allait devoir retrouver sans guide le chemin caché dans les souterrains et les caves du ghetto, le chemin qui menait à la demeure secrète du Boiteux. Après plus de deux a

– Je te rappelle que je vais devoir forcer la porte d’entrée d’une maison plantée au milieu d’un quartier grouillant de vie. Un coup à se faire lyncher ! Et puis l’urgence n’est peut-être pas extrême ? …

– Elle l’est pour moi ! Alors, va pour la douche et le casse-croûte, mais on dormira plus tard. Songe que je ne suis pas sûr de retrouver mon chemin. Qu’est-ce qu’on fera, si je nous perds ?

– Pourquoi pas une émeute ? Après tout, Simon est juif et nous serons en plein ghetto. Ses coreligio

– Tu y crois vraiment ? Ici ils ont encore le souvenir des bottes russes : ils sont fragiles et détestent le bruit… Et puis on verra bien. Pour l’instant, pressons-nous !

Nantis de chambres immenses, les deux hommes s’accordèrent le délassement d’un bain chaud qu’Aldo fit suivre d’une douche froide car il avait failli s’y endormir. Puis ils dévorèrent le contenu d’un vaste plateau où les traditio

– On y va à pied ! décida Morosini. Ce n’est pas si loin !

La casquette enfoncée jusqu’aux yeux, le col des Burberry’s relevés, le dos arrondi et les mains au fond des poches, on partit sous une espèce de bruine ressemblant comme une sœur à un crachin breton, qui ne ralentissait pas l’activité de la ville et ne cachait pas davantage sa beauté. Adalbert, qui n’était jamais venu, admirait les palais et les bâtiments de la Rome du Nord. Le Rynek avec ses demeures Renaissance aux longs toits obliques l’enchanta, et singulièrement la célèbre taverne Fukier dont Aldo lui dit quelques mots avant d’ajouter :

– Si l’on s’en sort vivants et si l’on n’est pas obligés de se sauver à toutes jambes, on restera deux ou trois jours ici et je te promets la cuite de ta vie chez Fukier. Ils ont des vins qui remontent aux croisades et j’y ai bu un fabuleux tokay…

– On aurait peut-être dû commencer par là ? Le verre du condamné… Au lieu de ça, je risque de mourir idiot !

– Défaitiste, toi ? On aura tout vu ! Tiens, voilà l’entrée du ghetto, ajouta-t-il en désignant les tours marquant la limite du vieux quartier juif…

Le mauvais temps aidant, la nuit s’a

Elle était bien là en effet, muette et noire avec ses marches usées et la petite niche de la « mezuza » que tout Juif se devait de toucher en pénétrant dans une maison :

– Espérons que la porte ne résistera pas trop longtemps et que nous aurons l’air d’entrer de façon assez naturelle ! marmotta Vidal-Pellicorne. Il n’y a perso

– De toute façon, il faut la franchir. Si c’est en force, tant pis ! On nous prendra pour des policiers et voilà tout !

Mais la porte leur évita cette peine en s’ouvrant avec facilité sous les doigts agiles de l’archéologue et les deux hommes s’engouffrèrent dans le vestibule étroit et sombre, refermèrent soigneusement puis passèrent dans la vaste pièce du rez-de-chaussée que Morosini, lors de son premier passage, avait trouvée accueillante avec ses grandes bibliothèques, ses fauteuils en tapisserie et surtout le poêle carré qui répandait alors une bo

L’électricité ne fonctio

– Nous ferions mieux, dit le second, de n’en allumer qu’une à la fois afin d’économiser les piles puisque, selon toi, nous avons un assez long voyage souterrain à effectuer…

– On peut peut-être même économiser les deux. Il y avait dans un coin des lampes à pétrole qui éclairaient bien.

Il les découvrit sans peine, posées sur un vieux coffre, et en prit une dont le réservoir était rempli. Il l’alluma et la tendit à Adalbert :

– Tiens ça ! Je vais soulever la trappe.

Écartant le vieux tapis usé, il empoigna l’a

– Jusqu’à présent, je n’ai pas commis de faute, soupira Aldo. Espérons que ça va continuer et que je vais me souvenir du casier à bouteilles qu’Amschel manœuvrait…

Il s’arrêta, surpris : le casier et le mur auquel il était attaché avaient été manipulés ; le passage était grand ouvert. Quelqu’un était passé là, peut-être depuis peu et, craignant de ne pouvoir faire jouer le mécanisme de l’autre côté, on avait préféré laisser ouvert. Les deux hommes échangèrent un regard et, d’un même mouvement, mirent l’arme au poing. À présent, ils allaient avancer en terrain miné et il fallait éviter de se laisser surprendre…

– Dans ces conditions, murmura Adalbert, je laisse la lampe ici, ma torche est moins encombrante et avec elle, au moins, on ne risquera pas de flamber si on nous tire dessus.

Aldo approuva d’un signe de tête et le voyage souterrain commença. Plus fébrile qu’avant la découverte de l’ouverture. Peut-être qu’à cet instant même, Simon Aronov était en train de mourir. Morosini n’avait pas droit à l’erreur.

– Essaie de te détendre, conseilla doucement Adalbert. Si tu es trop nerveux, tu vas t’embrouiller…