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– Bien entendu, mais vous me permettrez de ne pas vous confier le prix. Je compte en faire la pièce maîtresse du cadeau que je réserve à ma femme et je serais heureux, bien entendu, si vous pouviez m’en dire un peu plus sur l’histoire de ce joyau.

– Je ne suis pas certain. Il faudrait pour cela que je le voie.

– Mais vous le verrez, mon cher ami, vous le verrez. Votre visite me ferait un immense plaisir, surtout si vous pouviez me trouver la seconde partie de ce que je suis venu chercher auprès de vous. En effet je vous ai parlé tout à l’heure d’un collier et j’ai pensé que vous auriez peut-être quelques autres rubis, moins importants mais anciens eux aussi, que l’on pourrait marier avec des diamants pour en faire une pièce unique et tout à fait digne de la beauté de mon épouse. Vous l’avez déjà rencontrée, je crois ?

– En effet, à quelques reprises lorsqu’elle était comtesse Vendramin… mais vous êtes certain qu’elle désire des rubis ? Lorsqu’elle était ici elle raffolait des perles, des diamants et des émeraudes qui convenaient à sa beauté nordique…

– Oh, elle les aime toujours, mais vous savez comme moi combien les femmes sont changeantes. La mie

Du sang sur la neige ! Cette folle de Dianora et son fastueux mari n’imaginaient pas à quel point cette image d’un romantisme quelque peu usagé pouvait devenir vraie si la belle Danoise accrochait un jour à son cou de cygne le rubis de Jea

– Quand partez-vous ? demanda-t-il brusquement.

– Ce soir, je vous l’ai dit. Je prends le train à cinq heures pour I

– Je pars avec vous !

Le ton était de ceux qui ne souffrent pas discussion. Devant la mine un peu offusquée de son visiteur, Aldo ajouta plus doucement :

– Si votre a

Armé de plusieurs clés, il alla vers son antique coffre bardé de fer dont il ouvrit les serrures avant de déclencher discrètement le dispositif en acier moderne doublant à l’intérieur les premières défenses. Il en tira un large écrin qui, ouvert, révéla sur un lit de velours jauni un assemblage de perles, de diamants et surtout de très beaux rubis-balais montés sur des entrelacs d’or typiquement Renaissance. Klederma

– C’est beau, n’est-ce pas ? Ce joyau a appartenu en premier lieu à Giulia Farnèse, la jeune maîtresse du pape Alexandre VI Borgia. C’est pour elle qu’il a été commandé. Ne pensez-vous pas qu’il devrait suffire à contenter Mme Klederma

Le banquier prit entre ses mains le collier qui les recouvrit de splendeur. Il en caressa chaque pierre avec ces gestes d’amour, singulièrement délicats, que peut seule dispenser la vraie passion des joyaux :

– Une merveille ! soupira-t-il. Qu’il serait dommage de démonter. Combien en demandez-vous ?

– Rien. Je vous propose seulement de l’échanger contre votre cabochon…

– Vous ne l’avez jamais vu. Comment en estimeriez-vous la valeur ?

– Sans doute, mais il me semble que je le co

– Au fond, j’en suis ravi et je vais téléphoner pour que l’on vous prépare une chambre…

– Surtout pas ! protesta Aldo dont les cheveux se dressaient sur la tête à la seule idée de vivre sous le même toit que l’incandescente Dianora. L’hôtel Baur-au-Lac fera tout à fait mon affaire. Je vais y retenir ma chambre. Pardo

– C’est une chose que je peux comprendre. À ce soir !

Après son départ, Morosini appela Angelo Pisani pour l’envoyer chez Cook lui retenir trains et hôtel, à la suite de quoi le jeune homme devrait passer à la poste pour expédier un télégramme destiné à Vidal-Pellicorne qu’Aldo rédigea rapidement : « Crois avoir retrouvé objet perdu. Serai Zurich, hôtel Baur-au-Lac. Amitiés. »

Angelo disparu, Aldo resta un long moment assis dans son fauteuil de bureau, à faire jouer dans la lumière le beau collier de Giulia Farnèse. Une extraordinaire excitation montait en lui et l’empêchait de penser clairement. Une voix au fond de lui-même lui soufflait que le cabochon de Klederma

Jea

Perdu dans ses pensées, il n’entendit pas la porte s’ouvrir et c’est seulement quand Anielka se dressa devant lui qu’il s’aperçut de sa présence. Aussitôt, il se leva pour la saluer :

– Vous sentez-vous mieux, ce matin ?

Pour la première fois depuis trois semaines, elle était habillée, coiffée et nettement moins pâle.

– Il semblerait que j’en aie fini avec les nausées, dit-elle distraitement.

Toute son attention était retenue par le collier qu’Aldo venait de reposer et dont elle se saisit avec une expression de convoitise que son mari ne lui avait jamais vue. Un peu de rouge montait même à ses joues :

– Quelle merveille ! … Inutile de demander si vous comptez me l’offrir ? Je n’aurais jamais cru que vous puissiez être un époux aussi avare…

Doucement mais fermement, Aldo reprit le bijou qu’il remit dans son écrin :

– Un : je ne suis pas votre époux et, deux, ce collier est vendu.

– À Moritz Klederma

– Vous savez très bien que je refuse de m’entretenir d’affaires avec vous. Vous souhaitiez me parler ?

– Oui et non. Je voulais savoir pourquoi Klederma

– Il était surtout celui de ce pauvre Eric Ferrals.

Elle eut un geste signifiant qu’elle ne voyait pas la différence.

– Ainsi, c’est la belle Dianora qui portera ces pierres magnifiques ? La vie est vraiment injuste.

– Je ne vois pas en quoi pour ce qui vous concerne. Vous ne manquez pas de bijoux, il me semble ? Ferrals vous en a couverte. À présent, si vous le permettez, nous finirons cet entretien… oiseux. J’ai à faire mais puisque vous êtes là j’en profite pour prendre congé de vous : je ne déjeune pas à midi et je pars ce soir…

Brusquement, le ravissant visage, plutôt serein, s’enflamma sous une poussée de colère et elle saisit le poignet d’Aldo entre ses doigts devenus d’une incroyable dureté :

– Vous allez à Zurich, n’est-ce pas ?

– Je n’ai aucune raison de le cacher. Je vous l’ai dit : je suis en affaires avec Klederma

– Emmenez-moi ! Après tout ce ne serait que justice, et j’ai très envie d’aller en Suisse.

Il se dégagea sans trop de douceur :

– Vous pouvez y aller quand vous voulez. Mais pas avec moi !

– Pourquoi ?

Morosini poussa un soupir excédé :

– Ne recommencez pas tout le temps la même querelle ! Notre situation – fort désagréable j’en conviens – est ce que vous l’avez faite. Alors, vivez votre vie et laissez-moi la mie