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— Ah ! dame ! fit Sylvie en hochant la tête, ces vieilles filles, ça co
— Ce pauvre monsieur Vautrin dont ils ont fait un forçat, reprit la veuve, eh ! bien Sylvie, c’est plus fort que moi, je ne le crois pas encore. Un homme gai comme ça, qui prenait du gloria pour quinze francs par mois, et qui payait rubis sur l’ongle !
— Et qui était généreux ! dit Christophe.
— Il y a erreur, dit Sylvie.
— Mais, non, il a avoué lui-même, reprit madame Vauquer. Et dire que toutes ces choses-là sont arrivées chez moi dans un quartier où il ne passe pas un chat ! Foi d’ho
— Et penser que mademoiselle Micho
— Ne m’en parle pas, ce n’est qu’une scélérate ! dit madame Vauquer. Et elle va chez la Buneaud, par-dessus le marché ! Mais elle est capable de tout, elle a dû faire des horreurs, elle a tué, volé dans son temps. Elle devait aller au bagne à la place de ce pauvre cher homme…
En ce moment Eugène et le père Goriot so
— Ah ! voilà mes deux fidèles, dit la veuve en soupirant.
Les deux fidèles, qui n’avaient qu’un fort léger souvenir des désastres de la pension bourgeoise a
— Ah Sylvie ! dit la veuve, voilà mon dernier atout. Vous m’avez do
— Qu’a-t-elle donc ? demanda Eugène à Sylvie.
— Dame ! voilà tout le monde parti par suite des affaires. Ça lui a troublé la tête. Allons je l’entends qui pleure. Ça lui fera du bien de chigner. Voilà la première fois qu’elle se vide les yeux depuis que je suis à son service.
Le lendemain, madame Vauquer s’était, suivant son expression, raiso
— Dieu vous entende, mon cher monsieur ! mais le malheur est ici. Avant dix jours la mort y viendra, vous verrez, lui dit-elle en jetant un regard lugubre sur la salle à manger. Qui prendra-t-elle ?
— Il fait bon déménager, dit tout bas Eugène au père Goriot.
— Madame, dit Sylvie en accourant effarée, voici trois jours que je n’ai vu Mistigris.
— Ah ! bien, si mon chat est mort, s’il nous a quittés, je…
La pauvre veuve n’acheva pas, elle joignit les mains et se renversa sur le dos de son fauteuil accablée par ce terrible pronostic.
Vers midi, heure à laquelle les facteurs arrivaient dans le quartier du Panthéon, Eugène reçut une lettre élégamment enveloppée, cachetée aux armes de Beauséant. Elle contenait une invitation adressée à monsieur et à madame de Nucingen pour le grand bal a
« J’ai pensé, monsieur, que vous vous chargeriez avec plaisir d’être l’interprète de mes sentiments auprès de madame de Nucingen ; je vous envoie l’invitation que vous m’avez demandée, et serai charmée de faire la co
» Vicomtesse DE BEAUSÉANT. »
— Mais, se dit Eugène en relisant ce billet, madame de Beauséant me dit assez clairement qu’elle ne veut pas du baron de Nucingen. Il alla promptement chez Delphine, heureux d’avoir à lui procurer une joie dont il recevrait sans doute le prix. Madame de Nucingen était au bain. Rastignac attendit dans le boudoir, en butte aux impatiences naturelles à un [] jeune homme ardent et pressé de prendre possession d’une maîtresse, l’objet de deux ans de désirs. C’est des émotions qui ne se rencontrent pas deux fois dans la vie des jeunes gens. La première femme réellement femme à laquelle s’attache un homme, c’est-à-dire celle qui se présente à lui dans la splendeur des accompagnements que veut la société parisie