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« Je n’ai ni fausse vanité ni colère avec vous, mon ami. Je vous ai attendu jusqu’à deux heures après minuit. Attendre un être que l’on aime ! Qui a co

— Oui, qu’est-il arrivé ? s’écria Eugène qui se précipita dans la salle à manger en froissant la lettre sans l’achever. Quelle heure est-il ?

— Onze heures et demie, dit Vautrin en sucrant son café.

Le forçat évadé jeta sur Eugène le regard froidement fascinateur que certains hommes éminemment magnétiques ont le don de lancer, et qui, dit-on, calme les fous furieux dans les maisons d’aliénés. Eugène trembla de tous ses membres. Le bruit d’un fiacre se fit entendre dans la rue, et un domestique à la livrée de monsieur Taillefer, et que reco

— Mademoiselle, s’écria-t-il, monsieur votre père vous demande. Un grand malheur est arrivé. Monsieur Frédéric s’est battu en duel, il a reçu un coup d’épée dans le front, les médecins désespèrent de le sauver ; vous aurez à peine le temps de lui dire adieu, il n’a plus sa co

— Pauvre jeune homme ! s’écria Vautrin. Comment se querelle-t-on quand on a trente bo

— Monsieur ! lui cria Eugène.

— Eh ! bien, quoi, grand enfant ? dit Vautrin en achevant de boire son café tranquillement, opération que mademoiselle Micho

— Je vais avec vous, Victorine, disait madame Couture.

Et ces deux femmes s’envolèrent sans châle ni chapeau. Avant de s’en aller, Victorine, les yeux en pleurs, jeta sur Eugène un regard qui lui disait : Je ne croyais pas que notre bonheur dût me causer des larmes !

— Bah ! vous êtes donc prophète, monsieur Vautrin ? dit madame Vauquer.

— Je suis tout, dit Jacques Collin.

— C’est-y singulier ! reprit madame Vauquer en enfilant une suite de phrases insignifiantes sur cet événement. La mort nous prend sans nous consulter. Les jeunes gens s’en vont souvent avant les vieux. Nous sommes heureuses, nous autres femmes, de n’être pas sujettes au duel, mais nous avons d’autres maladies que n’ont pas les hommes. Nous faisons les enfants, et le mal de mère dure longtemps ! Quel quine pour Victorine ! Son père est forcé de l’adopter.

— Voilà ! dit Vautrin en regardant Eugène, hier elle était sans un sou, ce matin elle est riche de plusieurs millions.

— Dites donc, monsieur Eugène, s’écria madame Vauquer, vous avez mis la main au bon endroit.

À cette interpellation, le père Goriot regarda l’étudiant et lui vit à la main la lettre chiffo

— Vous ne l’avez pas achevée ! qu’est-ce que cela veut dire ? seriez-vous comme les autres ? lui demanda-t-il.

— Madame, je n’épouserai jamais mademoiselle Victorine, dit Eugène en s’adressant à madame Vauquer avec un sentiment d’horreur et de dégoût qui surprit les assistants.

Le père Goriot saisit la main de l’étudiant et la lui serra. Il aurait voulu la baiser.

— Oh, oh ! fit Vautrin. Les Italiens ont un bon mot : col tempo !

— J’attends la réponse, dit à Rastignac le commissio

— Dites que j’irai.

L’homme s’en alla. Eugène était dans un violent état d’irritation qui ne lui permettait pas d’être prudent. — Que faire ? disait-il à haute voix, en se parlant à lui-même. Point de preuves !

Vautrin se mit à sourire. En ce moment la potion absorbée par l’estomac commençait à opérer. Néanmoins le forçat était si robuste qu’il se leva, regarda Rastignac, lui dit d’une voix creuse : — Jeune homme, le bien nous vient en dormant.

Et il tomba roide mort.

— Il y a donc une justice divine, dit Eugène.

— Eh ! bien, qu’est-ce qui lui prend donc, à ce pauvre cher monsieur Vautrin ?

— Une apoplexie, cria mademoiselle Micho

— Sylvie, allons, ma fille, va chercher le médecin, dit la veuve. Ah ! monsieur Rastignac, courez donc vite chez monsieur Bianchon ; Sylvie peut ne pas rencontrer notre médecin, monsieur Grimprel.

Rastignac, heureux d’avoir un prétexte de quitter cette épouvantable caverne, s’enfuit en courant.

— Christophe, allons, trotte chez l’apothicaire demander quelque chose contre l’apoplexie.

Christophe sortit.

— Mais, père Goriot, aidez-nous donc à le transporter là-haut, chez lui.

Vautrin fut saisi, manœuvré à travers l’escalier et mis sur son lit.

— Je ne vous suis bon à rien, je vais voir ma fille, dit monsieur Goriot.

— Vieil égoïste ! s’écria madame Vauquer, va, je te souhaite de mourir comme un chien.

— Allez donc voir si vous avez de l’éther, dit à madame Vauquer mademoiselle Micho

Madame Vauquer descendit chez elle et laissa mademoiselle Micho

— Allons, ôtez-lui donc sa chemise et retournez-le vite ! Soyez donc bon à quelque chose en m’évitant de voir des nudités, dit-elle à Poiret. Vous restez là comme Baba.

Vautrin retourné, mademoiselle Micho

— Tiens, vous avez bien lestement gagné votre gratification de trois mille francs, s’écria Poiret en tenant Vautrin debout, pendant que mademoiselle Micho

— Taisez-vous. S’il y avait une caisse ? dit vivement la vieille fille dont les yeux semblaient percer les murs, tant elle examinait avec avidité les moindres meubles de la chambre. — Si l’on pouvait ouvrir ce secrétaire, sous un prétexte quelconque ? reprit-elle.

— Ce serait peut-être mal, répondit Poiret.

— Non. L’argent volé, ayant été celui de tout le monde, n’est plus à perso

— Voilà de l’éther, dit madame Vauquer. Par exemple, c’est aujourd’hui la journée aux aventures. Dieu ! cet homme-là ne peut pas être malade, il est blanc comme un poulet.

— Comme un poulet ? répéta Poiret.

— Son cœur bat régulièrement dit la veuve en lui posant la main sur le cœur.

— Régulièrement ? dit Poiret éto

— Il est très-bien.

— Vous trouvez ? demanda Poiret.

— Dame ! il a l’air de dormir. Sylvie est allée chercher un médecin. Dites donc mademoiselle Micho

— Bon à pendre, dit Poiret.

— Vous voulez dire au cou d’une jolie femme, s’écria vivement mademoiselle Micho