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Lisa le reco
— Bonjour, grand-mère ! Bonjour, Lisa…
Il s’attendait à ce qu’elles veuillent passer leur chemin et allait s’écarter quand Mme von Adlerstein releva son voile et vint l’embrasser :
— Bonjour, Aldo ! murmura-t-elle. Heureuse de voir que vous allez mieux ! Allons, Lisa !…
Celle-ci tendit la joue mais sans ôter le crêpe de son visage et ne dit rien. Après quoi chacun regagna sa place suivi de tous ceux qui arrivaient derrière. Grindel vint se planter devant Aldo :
— Ceci est ma place. Poussez-vous !
— Certainement pas !… Et je vous conseille de ne pas insister à moins que vous ne préfériez créer un scandale !
Adalbert observait la scène et s’apprêtait à s’en mêler quand quelqu’un, Frédéric von Apfelgrüne, se matérialisa entre les deux hommes :
— Vous croyez vraiment que c’est le moment ? Prenez la troisième chaise, Grindel ! Je vais me mettre entre vous deux ! Bonjour, Morosini !
Et d’autorité, il s’empara du deuxième prie-Dieu et s’y agenouilla. Force fut à Gaspard d’en passer par là à moins de créer un esclandre.
Aldo sentait la tension nerveuse qui le tenait depuis le réveil s’atténuer. L’accueil inespéré du clan autrichien mettait un baume sur sa blessure. Il aurait pu pleurer quand les lèvres de la vieille dame avaient touché sa joue et la cordialité du cousin « Fritz » – ex-amoureux de Lisa néanmoins – lui allait droit au cœur.
Celui-ci s’asseyait et se penchait déjà vers lui pour entamer une de ces conversations volubiles dont il avait le secret quand le bruit d’une hallebarde retombant sur le dallage lui referma la bouche. En même temps, les grandes orgues laissaient éclater une tempête de sons majestueux – un choral de Bach ! – qui firent couler un frisson le long du dos de Morosini tandis que retentissait le pas lourd, rythmé, mesuré des hommes qui, remontant de la crypte, portaient le cercueil : un pesant coffre d’acajou à ferrures d’argent qu’ils firent glisser sous les draperies du catafalque avant de l’entourer de « coussins » et de gerbes de fleurs. Le clergé en ornements de deuil, un évêque en tête, avait accueilli le défunt quand il était apparu et maintenant les orgues faisaient silence afin de laisser la parole aux hommes de Dieu.
À mesure que se déroulait l’imposant service funèbre soutenu par les orgues et une chorale remarquable, Aldo tournait souvent les yeux en direction du catafalque, parvenant de moins en moins à chasser de son esprit que sous ces fleurs et ces tentures reposait un inco
— J’en pense autant que toi mais tiens-toi tranquille !
La tension nerveuse retomba grâce peut-être à l’Ave verum de Mozart qu’il aimait particulièrement, interprété par la voix de velours d’une femme dont le sublime contralto faisait songer à un violoncelle. Alors, s’agenouillant il se mit à prier avec une ferveur nouvelle. Si les hommes trichaient, si toute cette beauté entourait un mort qui n’était pas le bon, le Créateur, lui, le savait. Et lui ne trichait jamais…
La cérémonie s’achevait à présent. Après la dernière bénédiction, l’évêque s’approcha de Lisa que la douleur pliait en deux sur son prie-Dieu et que sa grand-mère et une femme en noir aidaient à se remettre debout. Le prélat lui prit les mains, lui parla un moment avec une évidente compassion avant de tracer sur sa tête le signe de la bénédiction puis passa aux autres femmes de la famille pour leur adresser quelques mots de consolation. Ensuite il vint vers Aldo qui s’inclina pour baiser son a
C’était un homme déjà âgé dont le regard gris était empreint d’une infinie douceur.
— Ne désespérez pas, mon fils ! murmura-t-il. Moritz était mon ami et je sais ce que vous souffrez !
Puis, après avoir dit quelques mots à Fritz et à Grindel, il reprit, avec son clergé, le chemin de la sacristie pendant que le maître de cérémonie, quasiment au garde-à-vous devant le catafalque, a
— Ne devrions-nous pas éviter à Lisa le supplice de l’inhumation ? J’ai peur qu’elle ne puisse le supporter !
Le voile noir relevé révélait en effet un visage blême si visiblement ravagé par la douleur qu’il dut lutter contre l’envie de prendre sa femme dans ses bras et de l’emporter loin de ce qu’il considérait à présent comme une sinistre mascarade.
— Vous avez raison. Je vais la faire reconduire à la maison…
Gaspard penché sur sa cousine lança alors :
— On n’a pas besoin de vos conseils, Morosini ! J’ai l’intention de m’en charger !
— Un peu de tenue, Grindel ! intervint Valérie von Adlerstein impérieuse. Jusqu’à preuve du contraire – et ce n’est ni le lieu ni l’endroit de discuter des insanités que vous lui inspirez – Aldo est son mari ! Et c’est moi qui vais la reconduire à la maison.
La femme en noir qu’Aldo avait remarquée pendant la cérémonie aux côtés de Lisa s’approchait, cherchant dans son sac quelque chose qui se révéla être une seringue. La comtesse Valérie intervint :
— Pas de piqûre ! Elles ne font que l’abrutir ! Je pense d’ailleurs que vous allez pouvoir regagner votre clinique ! Cela suffit !
Grindel voulut s’interposer. Mal lui en prit : « Grand-mère » se retourna contre lui :
— J’ai dit que cela suffisait, monsieur Grindel ! Les formalités terminées, je ramène Lisa à Vie
— Mais Frau Wegener…
— Elle est zurichoise et va pouvoir reprendre son service à la clinique. Vous veillerez à la payer ! Puis, tournant la tête à la recherche d’un visage : Madame de Sommières, voulez-vous bien me prêter Mlle du Plan-Crépin ?
L’intéressée n’attendit pas la permission : rouge d’une joie qu’elle essayait de contenir, elle se précipita aussitôt, suivie d’Adalbert :
— Vous ne serez pas assez forte, je vais vous aider ! proposa-t-il. Et jusqu’à présent Lisa me considérait comme un frère !
Il souleva sans effort la jeune femme qui se laissa faire comme un pantin cassé. Marie-Angéline prit l’autre bras mais son aide était plus décorative qu’efficace. L’infirmière leur emboîta le pas, la mine sombre et la bouche pincée. Avant de sortir, Adalbert conseilla, les yeux sur Grindel :
— Vous devriez rester, comtesse ! Vous avez une présence merveilleusement apaisante ! Et il faudrait en finir avec cette cérémonie !
Une heure après tout était terminé. L’état de Lisa avait frappé la foule qui se massait hors de l’église et l’on comprit très bien qu’à la sortie du cercueil le bourgmestre fit une allocution assez courte en do