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— Vous croyez aux fantômes, vous, Morosini ? demanda Wishbone surpris.

— Au risque de vous décevoir, oui !

— Vous en avez déjà rencontré ?

— Oh, que oui ! Il ne faut pas plaisanter avec ça !

— Et il a raison ! appuya le professeur. Moi qui vous parle…

Adalbert jugea utile d’intervenir :

— S’il vous plaît, professeur ! Remettez la conférence à plus tard et revenons à la villa Malaspina. Vous l’avez vue ?

— C’est, bien sûr, la première chose que l’on a demandée en faisant comme si l’idée nous excitait follement même si elle n’était pas à vendre ! C’est au flanc du mont Brè, une belle demeure ancie

— Achetée l’an passé par le baron Heinrich Thyssen-Bornemisza pour y installer sa célèbre collection, compléta Morosini. Cela permet évidemment de jouer les touristes dans le coin, mais il vaudrait mieux trouver aux alentours un quelconque poste d’observation ? Non ?

— Si, approuva Wishbone. Il y a un peu plus haut que la maison Gandia, une autre vieille bicoque inhabitée depuis longtemps. On y aurait tué quelqu’un mais elle possède une petite tour intéressante… Elle permet d’observer ce qui se passe à la Malaspina et ça ne marche pas en sens contraire !

— Il serait possible d’y aller de temps en temps faire un tour la nuit par exemple ?

— Et le jour aussi !

— Qu’est-ce qui vous do

Bombant le torse et avec une grande dignité, Wishbone mit fin aux palabres :

— J’ai acheté ! fit-il. Demain on emménage.

Aldo ne put s’empêcher de rire en pensant que la fréquentation assidue d’un milliardaire avait vraiment de bons côtés ! Cependant il objecta :

— Vous allez habiter dans une ruine ?

— Qui a dit que c’était une ruine ? C’est seulement une antique construction qui nécessitait un coup de pinceau ou deux. Boleslas, mon valet qui est très bricoleur, y est depuis une semaine avec deux ouvriers qu’il a dénichés dans le coin. On sera très bien. Venez visiter demain après-midi !

— Volontiers, mais il ne vous est pas venu à l’esprit que Gandia pourrait chercher à savoir qui est son nouveau voisin ? S’il apprend que c’est vous ?

— Pas de danger, répondit Wishbone. J’ai acheté au nom de mon notaire et ami maître Santini, un nom italien, comme vous voyez !

— N’est-ce pas un peu dangereux ? ironisa Adalbert. S’il lui prenait l’envie de venir jouer les propriétaires ?

— Quand on en n’aura plus besoin, je lui en ferai cadeau. Il sera content d’avoir une maison ici !

— Ben voyons ! soupira Adalbert battu à plate couture tandis qu’Aldo se remettait à rire. Comment ai-je pu penser autre chose même un instant !

Le lendemain, après s’être accordé une matinée de farniente, Aldo et Adalbert, munis d’un plan dessiné par le professeur, s’en allèrent visiter la villa Hadriana, la nouvelle acquisition de Wishbone, et purent constater, en effet, que c’était un poste d’observation d’autant plus pratique que, si les parcs entourés d’arbres étaient voisins, ce n’était pas la même petite route qui les desservait. Accueillis par Boleslas – qu’ils ne co

— Alors ? Comment me trouvez-vous ? demanda le professeur qui pour la circonstance avait rasé sa moustache et épilé ses sourcils.

— C’est au moins inattendu ! exhala Aldo. Peut-on savoir à qui nous avons l’ho

— Je suis Mrs. Albina Santini, la tante du notaire.

Pas trop sûr de goûter la plaisanterie, Aldo demanda :

— Vous ne pouviez pas prendre pour modèle quelqu’un d’autre que Tante Amélie ? Toujours votre vieille rancune ? Elle ne serait pas contente si elle vous voyait !

— Ça, mon garçon, ce n’est pas sûr du tout ! Je suis convaincu qu’elle s’en amuserait plutôt ! Mais j’explique. À cause de mes mains et de mes pieds, il m’était impossible de porter les modes actuelles. En outre, mon rôle consiste à me promener dans le jardin avec une ca

— Ça ira très bien ! Et l’ami Wishbone, qu’est-ce qu’il figure dans votre comédie ? Si c’est Plan-Crépin, ça va se compliquer.

— Mais non, voyons ! Le jardinier ! Cela lui permet d’être dehors tout le temps et de regarder partout. Il n’a fait que raser sa barbe et remplacer son auréole de feutre par un chapeau de paille… En outre il s’y co

Drapé dans un vaste tablier de toile bleue, le ventre orné d’une grande poche d’où émergeait un sécateur, le héros effectuait une entrée théâtrale, l’œil tout pétillant de malice et visiblement ravi de leur petit complot.

— Alors qu’en dites-vous ?

— Que vous êtes sans doute complètement fous tous les deux mais que ce sont parfois les idées les plus insensées qui marchent le mieux ! Mais un jardinier et un majordome, c’est maigriot pour servir une dame du monde…

— On a une femme de ménage tous les matins pour aider Boleslas. Quant à « Madame » elle ne se lève pas avant midi et sa chambre est fermée à clef afin qu’on ne la dérange pas. En réalité « elle » est dans la tour où elle assume la surveillance de Malaspina… On va vous y conduire.

— Cette tour renferme l’escalier, je suppose ? questio

— Non ! On y accède directement au rez-de-chaussée et au premier. C’est du second étage que débute le colimaçon débouchant sur le couro

C’était en effet une villa sans âge et sans style surmontée d’un toit presque plat accolé à la tour en question qui le dépassait d’un bon étage et lui do

— Incroyable ! s’exclama-t-il. On s’y croirait !

La configuration lui permettait d’observer la villa Malaspina sur un côté et presque sur la totalité de la façade. C’était une splendide demeure, qui eût été un peu sévère sans le charme d’un jardin en terrasse, mal entretenu peut-être, ce qu’expliquaient ses dimensions mais que cette négligence même teintait de romantisme. Que la villa fût habitée ne laissait aucun doute. Deux des fenêtres du rez-de-chaussée étaient ouvertes, laissant s’enfuir dans l’air azuré de cette fin d’après-midi les notes mélancoliques d’un piano jouant la  Sonate au clair de lune de Beethoven.