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— Cela me paraît plutôt regrettablement humain, mon cher ami. Gaspard Grindel est amoureux de Lisa depuis toujours, je crois, et il n’a jamais cessé de détester son époux… À propos, avez-vous de ses nouvelles ?

— J’en ai eu ce matin par Vidal-Pellicorne. L’amélioration se confirme et il commence à mener la vie dure à ses infirmières tant il a hâte de quitter l’hôpital ! Le silence de sa femme l’angoisse !

— Qu’est-ce que ce serait s’il co

— Deux mois si mes renseignements sont exacts. C’est long ! Vous allez avoir du mal à le faire tenir tranquille !

— On s’y attend ! soupira Tante Amélie, mais cela nous laisse tout de même un peu de répit pour agir. Il est vrai que vous aurez certainement du fil à retordre si la tribu Borgia est réfugiée en Suisse. Vos pouvoirs pre

— Les nôtres peut-être mais pas ceux d’Interpol !

— Qu’est-ce que c’est que ça ?

— Un organisme européen fondé en 1923 et dont le siège est dans la région parisie

Quand on arriva rue Alfred-de-Vigny, Langlois sortit de la voiture juste le temps d’aider ses compagnes à descendre et les remettre à Cyprien, le vieux majordome.

— Je suppose, dit-il encore, que vous retournez à Tours ?

— Par le premier train que nous pourrons attraper ! répondit Mme de Sommières. Nous avons hâte de retrouver Aldo… et aussi Adalbert !

— Voyez aussi son toubib ! Plus tôt Aldo sera ici et plus je serai tranquille car, bien entendu, cette maison sera gardée jour et nuit en tâchant d’éviter qu’il s’en aperçoive…

— Et de lui-même, comment pensez-vous le garder ? Il aura vite compris que quelque chose ne va pas ? émit Plan-Crépin.

— Ça, ma chère demoiselle, c’est à vous que ce redoutable ho

Même nanties de ces assurances, les deux femmes n’étaient pas sans inquiétude en rejoignant Tours. Adalbert, que Langlois s’était chargé de prévenir, les attendait, si visiblement fébrile qu’il manqua s’étaler sur un chariot de bagages en courant à leur rencontre :

— Enfin vous voilà ! exhala-t-il en les embrassant à tour de rôle… Il était temps que vous reveniez : je ne sais plus quoi faire d’Aldo qui n’a pas cru longtemps – en admettant qu’il y ait cru un instant ! – à cette épidémie soudaine de coryza qui vous aurait fauchées toutes les deux à la fois !

— Comment va-t-il ?

— Ça s’arrange petit à petit mais je me demande ce que ça va do

— Commençons par regagner notre hôtel ! soupira Mme de Sommières… Ce genre d’événement n’est pas fait pour les courants d’air d’une gare… même de province !

— C’est si dramatique que ça ?

— Pire encore ! Rentrons vite ! Avec une tasse de café nous aurons l’esprit plus clair, conseilla Marie-Angéline.

— Je n’attendrai jamais jusque-là ! Dans ma voiture il n’y a pas d’oreilles qui traînent… et le café viendra après !

— Racontez-lui, Plan-Crépin ! Il est tellement agité qu’il est capable de nous envoyer dans le décor ! Ce n’est pas si long d’ailleurs !

À peine assise, en effet, celle-ci réitéra le récit de ce qu’avaient été ces deux jours passés à Zurich. À mesure qu’elle parlait, Adalbert semblait retrouver son calme mais quand elle en vint à ce qu’elle avait vu au bar de l’hôtel, il do

— C’est incroyable ! lâcha-t-il. Ce Borgia de Carnaval aurait partie liée avec le cousin ?

— Pas aurait : il a ! J’ai de bons yeux tout de même ! Et ils avaient l’air de très bien s’entendre ! Une vraie paire d’amis !

— Mais comment est-ce possible ? Comment se sont-ils rencontrés ?

— Que voulez-vous que l’on vous réponde ? fit Mme de Sommières. Grindel habite à Paris et nous ignorons tout de sa façon de vivre !

— C’est juste !… et maintenant qu’il s’est posé en défenseur de la femme trompée on va avoir toutes les peines du monde à s’en débarrasser !… Sauf si on peut lui mettre sur le dos la tentative d’assassinat d’Aldo !

— Je crois qu’on peut faire confiance à Langlois pour suivre cette piste-là et, à présent, il en sait autant que nous. Laissons-le travailler en paix et occupons-nous d’Aldo ! On va faire un tour à l’hôtel pour se débarrasser des escarbilles de la SNCF…

— … et boire un café ou deux ! insista Marie-Angéline qui tenait à son idée première.

— Trois si vous voulez ! Ensuite vous nous emmenez à l’hôpital, Adalbert. Il est grand temps d’apporter un peu d’apaisement à notre blessé !

— Vous avez l’intention de tout lui dire ?

— Où serait l’apaisement ? Je vais seulement lui parler de l’accident de Lisa, de notre visite, en élaguant le maximum de ce qui pourrait augmenter sa peine : Gaspard, la clinique « neurologique », la guerre des roses, mais en insistant sur l’état de santé de Lisa sans l’affoler inutilement. Je lui parlerai de la lettre de Pauline sans lui cacher qu’elle n’a pas obtenu le succès escompté contre la rancune de Lisa ! Cela dit, redémarrez donc, Adalbert ! Nous n’allons pas finir la journée le long de ce trottoir !

— Avant que vous ne le voyiez, reprit-il en obtempérant, il y a un point que j’aimerais éclaircir : c’est l’absence de Moritz Klederma

— Il est parti la veille de notre arrivée et sans doute pleinement rassuré sur l’état de sa fille, expliqua Mme de Sommières. Donc aucune raison de reporter à plus tard des affaires sûrement importantes. Et de toute façon, on sait qu’il descend au Savoy ou chez son ami lord Astor pour le week-end. Satisfait ?

— Pour le moment, oui !

Quand elle se retrouva assise au chevet d’Aldo avec Plan-Crépin en vis-à-vis, Tante Amélie put constater qu’il allait beaucoup mieux – ce qui était une bo

— Do

— Non. De Zurich ! Un coup de téléphone de Guy Buteau nous avait appris qu’en arrivant là-bas, Lisa avait eu un accident… Pas gravissime, rassure-toi ! se dépêcha-t-elle d’ajouter en le voyant pâlir. Elle était enceinte d’un peu plus de cinq mois, elle a fait une chute et elle a perdu l’enfant !

— Mon Dieu, une chute ! Après ce qu’elle avait vécu dans ce château de malheur ? Comment va-t-elle ?

— Aussi bien que possible ! Elle est encore à la clinique mais nous pensons qu’elle ne tardera plus à en sortir.

Il y eut un petit silence, après quoi Aldo demanda :

— Vous lui avez parlé de moi ?

— Naturellement, et je ne te cacherai pas qu’elle n’envisage pas dans l’immédiat de te pardo