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Arnaud ferma les yeux. Son visage parut s'amenuiser encore sous le poids d'une infinie lassitude et sa voix ne fut plus qu'un souffle.

— Cela non plus... n'a pas d'importance... Jeha

La souffrance le tordit brusquement et de l'écume rose monta au coin de ses lèvres. La main de Xaintrailles pesa sur l'épaule de Catherine.

— Venez ! souffla-t-il, il n'en peut plus ! Il faut le laisser se reposer. Et vous aussi en avez besoin...

Il l'aidait à se relever, la dirigeait vers la porte. Elle voulut se retourner vers Arnaud, tendit une main qui implorait mais il ne la voyait pas. Il était inerte, à nouveau, comme insensible à tout. Catherine étouffa un sanglot mais laissa Xaintrailles l'emmener. Dans le couloir balayé d'un vent glacial et humide, ils retrouvèrent Sara, assise par terre. Elle se releva en les voyant et Xaintrailles, doucement, poussa Catherine dans ses bras.

— Elle a besoin de vous ! Je vais vous conduire à une cellule où vous pourrez reposer...

Brusquement, Catherine redressa la tête, enveloppant le capitaine d'un regard chargé de rancune.

— Vous saviez, n'est-ce pas, pour quelle raison il me faisait demander ?

Vous le saviez et pourtant vous ne m'en avez rien dit. Vous m'avez trompée indignement...

Non, je ne vous ai pas trompée ! Je vous ai dit seulement qu'il vous demandait et vous ne m'avez pas posé de questions. Il faut que vous compreniez, Catherine, que, pour nous tous, ses compagnons d'armes, Jeha

— Et vous me disiez naguère qu'il m'aimait ! gémit Catherine amèrement. Seul son problème, à elle, l'occupait.

— Et je le dis toujours ! Mais il aime encore plus son devoir et son pays !

Pour sauver Jeha

— Qui vous dit que j'y parviendrai, que Philippe m'écoutera ?

— S'il ne vous écoute pas, il n'écoutera perso

Catherine poussa un profond soupir. Elle comprenait le point de vue des capitaines et, certes, ne pouvait pas leur do

— Le duc est bon chevalier. Il ne livrera pas la Pucelle...

Je voudrais en être certain. Et, s'il est bon chevalier, vous êtes vous l'incarnation même de cette chevalerie. Vous... la Toison d'Or !

Le mot frappa Catherine et la fit frisso

C'était vrai qu'il l'appelait ainsi « Ma Toison d'Or ». C'était vrai aussi qu'il l'avait passio

— Je ferai ce que vous voudrez ! souffla-t-elle. Où se trouve le duc ?

— Je vais vous montrer. Venez, si vous n'êtes pas trop lasse.

Lasse ? Elle l'était à en mourir. Elle eût aimé se coucher là, au milieu du cloître, sur la terre déjà chargée des senteurs de l'été, pour y attendre que son cœur cessât de battre et que la prît un sommeil sans réveil. Mais elle suivit Xaintrailles jusqu'au clocher de la chapelle du couvent. Par une étroite fenêtre, le bras du capitaine s'étendit, montrant le ruban brillant de l'Oise au-delà des murailles, rose dans le soleil à son aurore. Au-delà s'élevaient des bastilles de bois, comme Catherine en avait vu à Orléans, et des lignes de tentes. Dans l'axe même du pont qui enjambait la rivière, dominant tous les autres comme un grand chêne au milieu d'une forêt, un immense tref de pourpre et d'or brillait dans la lumière naissante ; Catherine reco

— Le camp de Margny, fit seulement Xaintrailles. C'est là que vous devez aller. Mais, auparavant, il vous faut prendre un peu de repos et vous restaurer. Vous aurez besoin de toutes vos forces...

C'est seulement au coucher du soleil que Catherine prit le chemin du camp bourguignon. Il fallait attendre la trêve tacite que ramenait la nuit avant de pouvoir l'envoyer chez l'e

Tandis que les sabots de sa monture so

Sur son dos, du haut des tours, elle sentait le poids des regards de tous ces hommes qui la regardaient partir : Xaintrailles, le gros et bestial Flavy qu'elle avait aperçu au moment de monter à cheval et tous les soldats penchés aux créneaux. Elle était prise entre deux murailles d'hommes implacables : ceux de Jeha

Aux avant-postes, le pont une fois franchi, l'écuyer leva le drapeau. Elle entendit do

Le sergent revint bientôt, courant de toute la vitesse de ses jambes dans la poussière. Il semblait dans tous ses états.

— Messire Toison d'Or, roi d'armes de Bourgogne, arrive dans l'instant, Madame, s'écria-t-il. Il a bien voulu se déranger pour vous.

Le nom de Toison d'Or arracha à la visiteuse un sourire amer. Allait-on toujours le lui jeter au visage ? Mais son attention fut vite détournée par l'apparition véritablement fantastique qui, sortant du tref ducal, venait vers elle au galop d'un cheval. Un homme portant par-dessus l'armure une cotte d'armes éblouissante de soie et d'or qui reproduisait les blasons de toutes les possessions bourguigno

— Catherine !... Chère Catherine ! Je n'espérais plus vous revoir !

Avec un éto