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Elle baissa la tête et murmura d'une voix sourde :
— J'ai voulu suivre... un vieux rêve né voici bien longtemps ! Mais j'étais folle, je crois...
Elle releva la tête et, comme des larmes brûlantes montaient à ses yeux, elle cria, prise d'une fureur subite :
— Folle à lier, folle comme ces enfants que l'on voit se pencher sur les puits, les nuits de pleine lune, pour essayer de prendre son reflet entre leurs petites mains et qui meurent de leur illusion...
Sa voix s'enroua. Le gouverneur l'examinait avec une curiosité qui n'était pas dénuée d'intérêt et qui n'échappa pas à Arnaud. Le capitaine eut un rire féroce.
— Quand je vous l'avais dit ? Nous voilà en plein songe ! Cette femme veut nous faire croire qu'elle courait après un rêve. En vérité, messieurs, elle nous prend pour des sots. Si vous voulez qu'elle avoue, faites-lui do
— Je vous ai déjà pris pour beaucoup de choses, Arnaud de Montsalvy, s'écria Catherine, mais jamais pour un sot et je le regrette !
Ses dernières paroles furent couvertes par la discussion qui s'élevait entre les juges pour savoir si, oui ou non, la priso
— Tout cela n'a guère de sens, selon moi. Oubliez-vous que vous autres, gens d'Orléans, aviez envoyé messire Xaintrailles auprès de Philippe de Bourgogne pour lui demander de prendre la ville en charge et qu'il avait accepté ?
Il avait accepté, en effet, mais n'avait pas pour autant retiré ses troupes. Il a fallu une mésentente entre lui et son beau-frère le régent Bedfort, pour qu'il le fît. C'est donc à un mouvement de mauvaise humeur que Philippe a obéi, non à un geste de solidarité française. De plus, il n'ignore pas que le ciel envoie à notre secours et qu'il n'a plus rien à attendre de nous. Je pense, moi, que cette femme est venue ici avec une mission bien précise et j'entends qu'on lui en arrache le secret. Le sort de notre ville en dépend peut-être, fit l'un des échevins.
Les deux autres notables approuvèrent vigoureusement leur collègue.
Arnaud eut un sourire oblique à l'adresse de Gaucourt.
— Voyez, messire, nous sommes quatre contre vous. Nous l'emportons!
Puis élevant la voix :
— Bourreau ! Fais ton office !
Derrière l'un des piliers, Catherine terrifiée vit surgir un homme court et trapu, tout vêtu de rouge et de brun. Un autre homme, pareillement équipé mais plus grand, le suivait. Les soldats s'écartèrent pour les laisser atteindre la priso
Effarée, Catherine ne pouvait détacher ses yeux de la sinistre installation quand un cri lui échappa. Le bourreau, brutalement, avait arraché sa robe déjà si mal en point et sa chemise. A se trouver ainsi, nue en face de ces hommes dont les yeux, brusquement, la dévoraient, une profonde rougeur lui monta au visage et elle voulut se cacher de ses bras.
Mais les tourmenteurs lui saisirent les poignets pour les lier ensemble. Un ordre, un cri plutôt les arrêta. C'était Arnaud.
— Qui vous a ordo
— Mais, Monseigneur... la coutume, protesta le bourreau.
— Je me moque de la coutume et je ne suis pas votre seigneur. Remettez-lui au moins sa chemise !
Si elle n'avait eu si peur, Catherine se fût rendu compte qu'Arnaud était devenu blême, que les ailes de son nez s'étaient pincées, mais elle se retenait pour ne pas hurler de terreur tandis qu'on l'entraînait vers le lit de torture. Le bourreau tant bien que mal avait drapé sur elle ce qui restait de la chemise.
Sans douceur, on la coucha sur le lit de bois. Ses poignets furent ramenés brutalement au-dessus de sa tête et on les enchaîna au treuil, tandis que l'aide- bourreau faisait de même avec ses chevilles. L'échevin Lhuillier se pencha sur elle :
— Femme, avant que la douleur ne s'empare de vous, je vous adjure de nous dire, de bon gré, ce que vous êtes venue faire en cette ville. Épargnez-vous, épargnez-nous ce qui va suivre. Pourquoi êtes- vous venue ?...
Les yeux de Catherine cherchaient Arnaud, éperdument. Mais il se tenait hors de son champ de vision. Elle ne pouvait même pas deviner s'il était encore là. Alors, elle regarda Lhuillier.
— Pour retrouver l'homme que j'aimais, murmura-t-elle. Mais je ne vous dirai pas son nom.
— Pourquoi ?
— Parce que vous ne me croiriez pas !
Un hurlement de douleur lui échappa. Sur un signe discret de l'échevin, le tourmenteur avait do
— Soyons sérieux, fit doucement Lhuillier. Si vous voulez que nous vous accordions crédit, il faut, au moins nous dire le nom de cet homme. Qui est-ce ? Quelque Bourguignon qui vit secrètement ici ? Allons... montrez-vous raiso
Des larmes brûlantes coulaient sur les joues de Catherine. Elle avait si mal que parler lui était déjà pénible.
— Demandez... à messire de Montsalvy. II... devrait... pouvoir vous le dire !
L'échevin hésita. Mais, juste à cet instant, deux hommes, deux chevaliers entrèrent dans la salle et s'approchèrent vivement du lit de torture. Malgré les larmes qui emplissaient ses yeux, Catherine reco
— Délivre cette femme, bourreau...
— Monseigneur, commença Lhuillier, ne vous semble-t-il pas...
D'un geste calme mais ferme, Dunois le fit taire.
— Non, mon ami ! Nous avons mieux à faire céans que torturer une femme peut-être i
De derrière le pilier, Arnaud surgit, pâle de colère.
— C'est moi, Monseigneur, qui ai fait arrêter cette femme. C'est moi qui ai dit qu'elle était dangereuse et c'est moi que vous offensez en désavouant mes actes !
Cette fois, le bâtard sourit, avec une nuance de tendresse, et Catherine, que le bourreau aidait à s'asseoir, remarqua l'extraordinaire séduction de ce sourire. Dunois posa ses deux mains sur les épaules du capitaine.
1. Il était né en 1402 des amours du duc Louis d'Orléans avec Mariette d'Enghien.
« Je ne désavoue pas tes actes, Arnaud ! Comment le pourrais-je ? Tu es mon frère d'armes et je t'aime
comme si nous étions du même sang. Si tu as jugé cette femme dangereuse, tu as bien fait de t'en assurer, mais pourquoi la mettre à mal ? Bientôt l'envoyée de Dieu sera ici. Elle va quitter Poitiers où les docteurs l'ont reco