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Captif de cette rose et de ce rossignol... »

Les vers étaient beaux et la voix chaude du calife leur do

— La place d'une rose est au milieu de ses sœurs, murmura-t-il contre la bouche de sa captive. C'est au jardin que je veux te cueillir.

Sur les bords de marbre du miroir d'eau où se reflétaient les étoiles, des matelas de velours et des coussins avaient été jetés sous un berceau de jasmin. Muhammad y déposa Catherine puis arracha avec impatience sa gandoura qu'il jeta au hasard. La lourde ceinture étoilée d'émeraudes tomba dans l'eau, disparut sans qu'il fit un geste pour la retenir. Déjà il se laissait tomber sur les coussins et attirait dans ses bras la jeune femme frisso

Et le grand miroir d'eau où se levait la mince corne argentée de la lune fit soudain silence pour mieux refléter la double image des deux corps unis.

« Do

Catherine bénit l'ombre des jasmins qui les enveloppait et qui dissimula sa soudaine rougeur. C'était vrai, elle aimait l'amour et si son cœur n'avait jamais pu se do

Elle dit, avec un peu d'hypocrisie :

— Quelle élève ne se montrerait bo

Vraiment ? J'espérais mieux... mais je peux, pour une femme telle que toi, avoir toutes les patiences. Je t'apprendrai à m'aimer, avec ton cœur autant qu'avec ta chair. Ici, tu n'auras plus rien d'autre à faire qu'à me do

— Chaque nuit ? Et tes autres femmes, seigneur ?

— Qui donc, ayant goûté le divin haschisch, pourrait se contenter d'un fade ragoût ?

Catherine ne put retenir un sourire, mais il s'effaça vite. Elle se souvint des yeux sauvages, aux vertes prunelles dangereuses de Zorah l'Égyptie

— Tu me fais beaucoup d'ho

Muhammad s'était relevé sur un coude et, sourcils froncés, les regardait approcher avec mécontentement.

— Qui donc ose me déranger à cette heure de la nuit ?

Les porteurs de torches escortaient un homme jeune, grand et maigre, portant une courte barbe noire et un turban de brocart pourpre. À sa mine arrogante et à ses vêtements somptueux, on devinait un perso

— Qui est-ce ? demanda-t-elle instinctivement.

— Aben-Ahmed Banu Saradj... notre Grand Vizir, répondit Muhammad. Il faut un événement grave pour qu'il ose venir jusqu'ici...

D'un seul coup, l'homme qui s'était montré à Catherine sous un jour tellement humain redevint le tout- puissant Calife Commandeur des Croyants devant lequel tout être, quel que soit son rang, devait plier.

Tandis que la jeune femme se réfugiait sous les coussins et cachait au plus noir de l'ombre sa blanche forme que les yeux de ces hommes ne devaient pas voir, Muhammad revêtait sa gandoura et sortait du berceau. A sa vue, les porteurs de torches s'agenouillèrent tandis que le Grand Vizir prosternait dans le sable de l'allée ses brocarts et sa silhouette hautaine. Les flammes qui l'enviro

— Que veux-tu, Aben-Ahmed ? Que viens-tu chercher à cette heure de la nuit ?

— Seul un danger pouvait me conduire vers toi, Commandeur des Croyants, et m'inciter à oser troubler les heures trop rares de ton repos. Ton père, le valeureux Yusuf, a quitté le Djebel-al-Tarik1 à la tête de ses cavaliers berbères et se dirige vers Grenade. Il m'a semblé qu'il fallait t'avertir sans tarder...

— Tu as bien fait ! Sait-on pourquoi mon père a quitté sa retraite ?

— Non ! Maître Tout-Puissant, on l'ignore. Mais, si tu veux permettre un conseil à ton serviteur, la sagesse voudrait peut-être que tu envoies à la rencontre de Yusuf pour sonder ses intentions.

— Nul, autre que moi, ne peut se permettre de sonder le grand Yusuf. Il est mon père, et mon trône fut le sien. Si quelqu'un se rend à sa rencontre, ce sera moi, ainsi le veulent les liens du sang... et plus encore si Yusuf vient ici avec des intentions belliqueuses...

— Ne vaudrait-il pas mieux, en ce cas, te garder ?

— Me prends-tu pour une femme ? Va do

— Pas plus ? Seigneur, c'est de la folie !

1.

Gibraltar.

Pas un de plus ! Va, te dis-je. Je regagne Al Hamra dans quelques instants.

Le dos courbé, Aben-Ahmed se retira à reculons, écrasé apparemment sous le respect, mais Catherine avait saisi au passage l'éclair de joie mauvaise qui avait brillé dans ses yeux nocturnes quand Muhammad avait a

Il me faut te quitter, ma rose merveilleuse, et j'en ai le cœur dolent.

Mais je me hâterai afin que peu de nuits s'écoulent avant que je te retrouve.

Ne vas-tu pas au-devant d'un danger, seigneur ?

Qu'est-ce que le danger ? Régner fait naître chaque jour un danger nouveau. Il est partout ; dans les fleurs du jardin, dans la coupe de miel que te présente la main candide d'un enfant, dans la douceur d'un parfum... Peut-être n'es-tu toi-même que le plus grisant... et le plus mortel des dangers !

Crois-tu vraiment ce que tu dis ?

En ce qui te concerne, non ! Tu as des yeux trop doux, trop purs ! Il est cruel de te quitter...

Il l'embrassa longuement, ardemment, puis, se redressant, frappa dans ses mains. Comme par magie, la forme replète de Morayma surgit du rideau noir des cyprès. Le calife lui désigna la jeune femme toujours blottie dans ses coussins.

Ramène-la au harem... et prends-en grand soin ! Tu veilleras à ce que rien ne lui manque pendant mon absence qui sera brève. Où l'as-tu logée ?

Dans la petite cour des Bains. J'ignorais encore...

Installe-la dans les anciens appartements d'Amina... ceux qui jouxtent la tour de l'Eau. Et do