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Finalement Madame Rosa a appris que je faisais venir une lio
Je ne sais pas du tout de quoi Madame Rosa pouvait bien rêver en général. Je ne vois pas à quoi ça sert de rêver en arrière et à son âge elle ne pouvait plus rêver en avant. Peut-être qu’elle rêvait de sa jeunesse, quand elle était belle et n’avait pas encore de santé. Je ne sais pas ce que faisaient ses parents mais c’était en Pologne. Elle avait commencé à se défendre là-bas et puis à Paris rue de Fourcy, rue Blondel, rue des Cygnes et un peu partout, et puis elle avait fait le Maroc et l’Algérie. Elle parlait très bien l’arabe, sans préjugés. Elle avait même fait la Légion étrangère à Sidi Bel Abbés mais les choses se sont gâtées quand elle est revenue en France car elle avait voulu co
Quand elle est revenue d’Allemagne, elle s’est défendue encore pendant quelques a
C’est là que j’ai compris pour la première fois qu’elle était un peu dérangée. Elle avait eu beaucoup de malheurs et maintenant il fallait payer, parce qu’on paie pour tout dans la vie. Elle m’a même trainé chez le docteur Katz et lui a dit que je faisais rôder des bêtes sauvages en liberté dans l’appartement et que c’était sûrement un signe. Je comprenais bien qu’il y avait entre elle et le docteur Katz quelque chose dont il ne fallait pas parler devant moi, mais je ne savais pas du tout ce que ça pouvait être et pourquoi Madame Rosa avait peur.
– Docteur, il va faire des violences, ça, j’en suis sûre.
– Ne dites pas de bêtises, Madame Rosa. Vous n’avez rien à craindre. Notre petit Momo est un tendre. Ce n’est pas une maladie et croyez-en un vieux médecin, les choses les plus difficiles à guérir, ce ne sont pas les maladies.
– Alors pourquoi il a tout le temps des lions dans la tête ?
– D’abord, ce n’est pas un lion, c’est une lio
Le docteur Katz souriait et me do
– C’est une lio
Madame Rosa soupirait.
– Vous savez bien pourquoi j’ai peur, docteur.
Le docteur Katz s’est fâché tout rouge.
– Taisez-vous, Madame Rosa. Vous êtes complètement inculte. Vous ne comprenez rien à ces choses et vous vous imaginez Dieu sait quoi. Ce sont des superstitions d’un autre âge. Je vous l’ai répété mille fois et je vous prie de vous taire.
Il a voulu dire encore quelque chose mais là, il m’a regardé et puis il s’est levé et m’a fait sortir. J’ai dû écouter contre la porte.
– Docteur, j’ai tellement peur qu’il soit héréditaire !
– Allons, Madame Rosa, ça suffit. D’abord, vous ne savez même pas qui était son père, avec le métier que cette pauvre femme faisait. Et de toute façon, je vous ai expliqué que ça ne veut rien dire. Il y a mille autres facteurs qui sont en jeu. Mais il est évident que c’est un enfant très sensible et qu’il a besoin d’affection.
– Je ne peux quand même pas lui lécher la figure tous les soirs, docteur. Où est-ce qu’il va chercher des idées comme ça ? Et pourquoi ils n’ont pas voulu le garder à l’école ?
– Parce que vous lui avez fait un extrait de naissance qui ne tenait aucun compte de son âge réel. Vous l’aimez bien, ce petit.
– J’ai seulement peur qu’on me le pre
– Vous êtes une brave femme, Madame Rosa. Je vais vous prescrire des tranquillisants.
Je n’avais rien appris du tout. J’étais encore plus sûr qu’avant que la Juive me faisait des cachotteries mais je tenais pas tellement à savoir. Plus on co
Madame Rosa avait au fond d’une valise un bout de papier qui me désignait comme Mohammed et trois kilos de pommes de terre, une livre de carottes, cent grammes de beurre, un fisch, trois cents francs, à élever dans la religion musulmane. Il y avait une date mais c’était seulement le jour où elle m’avait pris en dépôt et ça ne disait pas quand j’étais né.
C’est moi qui m’occupais des autres mômes, surtout pour les torcher, car Madame Rosa avait du mal à se pencher, à cause de son poids. Elle n’avait pas de taille et les fesses chez elle allaient directement aux épaules, sans s’arrêter. Quand elle marchait, c’était un déménagement.
Tous les samedis après-midi, elle mettait sa robe bleue avec un renard et des boucles d’oreilles, elle se maquillait plus rouge que d’habitude et allait s’asseoir dans un café français, la Coupole à Montparnasse, où elle mangeait un gâteau.
J’ai jamais torché les mômes après quatre ans parce que j’avais ma dignité et il y en avait qui faisaient exprès de chier. Mais je co