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Je cite ces symptômes parce que j’en fis moi-même l’expérience de façon assez profonde, pendant ces vacances à Ulsgaard, durant lesquelles j’entrai si subitement en lecture. Il apparut alors aussitôt que je ne savais pas lire. Sans doute avais-je commencé avant l’époque que j’assignais à cette occupation. Mais cette a

Cette découverte m’éloigna bien entendu encore davantage des autres. Elle m’absorbait en moi-même et m’emplissait d’une sorte d’allégresse définitive que je prenais pour de la tristesse, parce qu’elle dépassait de beaucoup mon âge. Autant que je me souviens, j’étais inquiet aussi parce que, à présent que plus rien n’était prévu pour une époque déterminée, beaucoup de choses pourraient être complètement négligées. Et lorsque je revins dans cet état d’esprit à Ulsgaard, et que je vis tous les livres, je me jetai sur eux, à la hâte, avec une conscience presque mauvaise.

Ce que j’ai souvent éprouvé plus tard, je le pressentis alors en quelque sorte, savoir: que l’on n’a pas le droit d’ouvrir un livre si l’on ne s’engage pas à les lire tous. À chaque ligne on entamait le monde. Avant les livres il était intact, et peut-être le retrouvait-on tout entier après. Mais comment allais-je, moi qui ne pouvais pas lire, les absorber tous? Ils étaient là, même dans cette modeste bibliothèque, en nombre si grand, et ils tenaient ensemble. Têtu et désespéré je me jetais de livre en livre et me frayais un chemin à travers les pages, comme quelqu’un qui doit fournir un travail disproportio

Des a

Du reste, mon sommeil de lecture se termina un jour, aussi brusquement qu’il avait commencé; et alors nous nous fâchâmes pour tout de bon. Car Abelone ne m’épargna aucune taquinerie dédaigneuse, et lorsque je la rencontrais sous la to

Dans le petit geste d’Abelone, le tout était encore une fois inclus. C’était d’un tel bonheur d’invention qu’elle fît justement ceci, et exactement ainsi qu’elle le faisait. Ses mains claires, dans l’obscurité de l’ombre, travaillaient avec une intelligence si légère l’une vers l’autre, et devant la fourchette sautaient, comme à plaisir, les baies rondes dans la coupe garnie de feuilles de vigne humides de rosée, où d’autres baies déjà s’amoncelaient, rouges et blondes, illuminées de leurs points de lumière, avec des grains sains dans la pulpe acide. Aussi ne désirais-je que de regarder, mais comme il était vraisemblable que l’on m’en empêcherait, pour me do

«Si au moins tu lisais à haute voix, bouquineur», dit Abelone au bout d’un instant. Le son de ces mots n’était plus du tout hostile, et comme il était, me semblait-il, grand temps de nous réconcilier, je lus aussitôt, à haute voix, sans arrêt, jusqu’au prochain alinéa, et plus loin encore, jusqu’au prochain titre: À Bettine.

«Non, pas les réponses!» m’interrompit Abelone, et comme épuisée, elle déposa tout à coup la petite fourchette. Aussitôt après, elle rit de la mine avec laquelle je la regardai.

«Mon Dieu, que tu as donc mal lu, Malte!»

Je dus convenir que je n’avais pas pensé un seul instant à ce que je faisais. «Je ne lisais que pour être interrompu», avouai-je, et j’eus tout à coup chaud et feuilletai le livre en arrière, pour trouver la page du titre. Alors seulement je sus quel livre c’était. «Pourquoi pas les réponses?» demandai-je, curieux.

Ce fut comme si Abelone ne m’avait pas entendu. Elle était assise, là, dans sa robe claire, comme si partout, à l’intérieur, elle était devenue toute sombre, tels qu’étaient à présent ses yeux.

«Do

Je ne sais pas ce que j’en compris, mais c’était comme si l’on m’avait promis sole

*

Cette promesse se remplit encore toujours: par hasard le même livre se retrouve de nouveau parmi les miens, parmi les quelques livres dont je ne me sépare pas. À présent, pour moi aussi, il s’ouvre aux passages auxquels je pense justement, et pendant que je les lis, il est incertain si je songe à Bettine ou à Abelone.