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Je ne me souviens que de deux. Je veux dire lesquelles: la fin de Gricha Otrepjov et la chute de Charles le Téméraire.
Dieu sait si elles me firent alors une impression profonde. Maintenant encore, après tant d’a
Il est évident que je n’ai aucune chance de retrouver jamais ce petit livre. Mais ce passage doit avoir été singulier. J’aurais envie aussi de relire le récit de la rencontre avec la mère. Il doit s’être senti très sûr de lui pour qu’il l’ait fait venir à Moscou; je suis même convaincu qu’à cette époque il avait en lui une foi si forte qu’il crut en effet convoquer sa mère. Et cette Marie Nagoi qui, en étapes rapides, vint de son cloître indigent, n’avait-elle pas tout à gagner si elle disait: oui? Mais l’incertitude d’Otrepjov ne commença-t-elle pas lorsque cette étrangère l’eut reco
[Cela, c’est finalement la force de tous les jeunes gens qui sont partis.] [4]
Le peuple qui le souhaitait, sans imaginer quelqu’un de précis, ne rendait que plus libres et plus infinies ses possibilités. Mais la déclaration de la mère, même comme tromperie consciente, avait encore le pouvoir de le diminuer; elle l’enlevait à la plénitude de son invention; elle le condamnait à une imitation lassante; elle le rabaissait au niveau de cet être qu’il n’était pas: elle faisait de lui un imposteur. Et voici que venait encore cette Marina Mniczek qui, plus insensiblement dissolvante, le niait à sa manière, en croyant, ainsi qu’il apparut plus tard, non en lui mais en chacun. Je ne puis, bien entendu, garantir dans quelle mesure tout ceci était pris en considération dans cette histoire. Ceci, me semble-t-il, il eût fallu le raconter.
Mais, indépendamment de cela même, cet événement ne serait nullement vieilli. On pourrait à présent imaginer un conteur qui consacrerait beaucoup d’attention aux derniers instants; il n’aurait pas tort. Ils contie
Jusqu’ici les choses vont d’elles-mêmes, mais à présent, je vous en prie, un conteur, car des quelques lignes qui restent à écrire, une force doit jaillir qui dépasse toutes les contradictions. Que ce soit dit, ou non, on doit pouvoir jurer qu’entre le son de la voix et le coup de pistolet, il y eut encore en lui, infiniment comprimés, la volonté et le pouvoir d’être tout. Sinon on ne comprendrait pas l’éclat magnifique de cette conséquence: qu’ils aient transpercé son vêtement de nuit et l’aient piqué de toutes parts, comme pour atteindre le noyau dur d’une perso
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Lorsque j’y songe à présent, il me semble singulier que dans ce même livre fût contée la fin de celui qui toute sa vie durant fut un, le même, dur et inchangeable comme un granit, et qui toujours plus lourdement pesa à ceux qui le supportaient. Il y a un portrait de lui à Dijon. Mais on sait sans cela qu’il fut trapu, râblé, têtu et désespéré. Aux seules mains on n’eût peut-être pas pensé. Ce sont des mains par trop chaudes qui voudraient toujours se rafraîchir et qui se posent involontairement sur des objets froids, les phalanges écartées, avec de l’air entre tous les doigts. Dans ces mains, le sang pouvait se précipiter comme il vous monte à la tête. Et quand elles faisaient le poing elles étaient vraiment comme des têtes de fous, délirant d’extravagance.
Il fallait des précautions incroyables pour vivre d’accord avec ce sang. Le duc était enfermé avec lui, et parfois il en avait peur, lorsque en soi il le sentait tourner, rampant et sombre. À lui-même semblait terriblement étranger ce sang rapide, demi-portugais, qu’il co
Pour l’amour de ce sang il traînait avec lui tant d’objets dont il ne faisait aucun cas. Les trois grands diamants et toutes les pierres précieuses; les dentelles flamandes et les tapis d’Arras, par monceaux. Sa tente en soie avec les cordons en fil d’or, et quatre cents tentes pour sa suite. Et des images peintes sur bois, et les douze apôtres en argent massif. Et le prince de Tarente, et le duc de Clève, et Philippe de Bade, et les messieurs de Château-Guyon. Car il voulait persuader à son sang qu’il était empereur et qu’il n’y avait rien au-dessus de lui: afin de s’en faire redouter. Mais son sang ne le croyait pas malgré toutes les preuves que le duc lui fournissait; c’était un sang méfiant. Peut-être l’entretint-il quelque temps en doute. Mais les cors d’Uri trahirent le duc. Depuis lors son sang savait qu’il habitait un homme perdu: et il voulait en sortir.
À présent je le vois ainsi, mais autrefois j’étais surtout saisi en lisant comment ils le cherchèrent, le jour des Trois Rois.
Le jeune prince Lorrain, qui était entré la veille, après cette bataille singulièrement précipitée, dans sa pauvre ville de Nancy, avait éveillé très tôt sa suite et demandé à voir le duc. Un messager après l’autre fut envoyé, et lui-même apparaissait de temps à autre à la fenêtre, inquiet et soucieux. Il ne reco