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Je passais tous les jours quelques heures dans la Dro

Il se peut que je sache à présent quelque chose qu’il a redouté. Je veux dire ce qui m’a conduit à cette supposition. Au fond de son portefeuille se trouvait un papier qui avait été longtemps plié, était devenu friable et s’était brisé aux plis. Je l’ai lu avant de le brûler. C’était écrit de sa main la plus soigneuse, écrit d’une manière sûre et régulière, mais je remarquai aussitôt que ce n’était qu’une copie.

«Trois heures avant sa mort», ainsi commençait le feuillet qui traitait de Christian IV. Bien entendu je ne saurais en répéter littéralement le contenu. «Trois heures avant sa mort il demanda à se lever. Le médecin et le valet de chambre Wornius l’aidèrent à se redresser. Il était debout, assez mal assuré, mais il était debout, et ils le revêtirent de sa robe de chambre piquée. Puis il s’assit soudain sur le rebord du lit et dit quelque chose. Il n’y avait pas moyen de le comprendre. Le médecin tenait toujours encore sa main gauche pour que le-roi ne s’affalât pas en arrière dans le lit. Ils restèrent assis de la sorte, et le roi disait de temps à autre avec peine et trouble cette parole inintelligible. Enfin le médecin commença à l’encourager et à lui parler; il espérait peu à peu deviner ce que le roi voulait dire. Au bout d’un instant le roi l’interrompit et dit tout à coup très clairement: «Ô docteur, docteur comment vous appelez-vous?» Le médecin eut peine à s’en souvenir.

«Sperling, sire.»

»Mais ceci n’importait pas du tout. Le roi, dès qu’il eut entendu qu’on le comprenait, ouvrit tout grand l’œil droit qui lui était resté et dit avec tout son visage le mot, – le seul qu’il y eût encore, – que sa langue formait depuis des heures: «Döden, dit-il, Döden». [3]

Il n’y avait rien de plus sur la feuille que j’avais trouvée. Je la relus plusieurs fois avant de la brûler. Et je me souvins que mon père avait beaucoup souffert dans les derniers temps. On me l’avait d’ailleurs raconté.

*

Depuis ce temps j’ai beaucoup réfléchi sur la peur de la mort, non sans faire entrer dans ces considérations certaines expériences perso

Mais j’avais eu peur auparavant déjà. Par exemple lorsque mon chien mourut. Celui qui m’accusa une fois pour toutes. Il était très malade. Toute la journée déjà j’étais agenouillé près de lui, lorsque soudain un aboiement bref et saccadé, tel qu’il en poussait lorsqu’un étranger entrait dans la chambre, le dressa. Un tel aboiement avait été en quelque sorte convenu entre nous pour ces cas-là, et machinalement je me retournai vers la porte. Mais c’était déjà en lui. Inquiet, je cherchai son regard, et lui aussi chercha le mien. Non pas pour prendre congé de moi. Il me regardait avec une surprise étrange et dure. Il me reprochait d’avoir laissé entrer. Il était persuadé que j’eusse pu empêcher cela. À présent il apparaissait qu’il avait trop présumé de mon pouvoir. Et il n’était plus temps de le désabuser. Il me regarda avec un éto

Ou bien j’avais peur, lorsqu’en automne, après les premières nuits de gelée, les mouches venaient dans les chambres et se ranimaient encore une fois à la chaleur. Elles étaient singulièrement desséchées et s’effrayaient de leur propre bourdo

Et même lorsque j’étais seul il arrivait que j’eusse peur. Pourquoi devrais-je feindre que ces nuits n’aient pas été, durant lesquelles la peur de la mort me dressait et me faisait m’accrocher à cette pensée, que se mettre sur son séant était du moins encore de la vie: que les morts, eux, n’étaient pas assis.

C’était toujours dans ces chambres de hasard qui m’abando