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Mais ensuite vie

Cela d’ailleurs, on y parvenait à souhait, même sans dons particuliers. Du talent, il n’en fallait vraiment que lorsque quelqu’un s’était do

*

Que l’on racontât, que l’on racontât vraiment, cela n’a dû arriver que bien avant mon temps. Je n’ai jamais entendu raconter perso

Abelone, comme très jeune fille, devait avoir été d’une ample et particulière sensibilité. Les Brahe habitaient alors la ville, dans la Bretgade, et menaient une vie assez mondaine. Lorsque, le soir tard, elle montait dans sa chambre, elle croyait être fatiguée comme les autres. Mais alors, tout à coup, elle sentait la fenêtre, et, si j’ai bien compris, elle pouvait rester debout devant la nuit, des heures durant, en songeant: ceci me regarde. «J’étais là pareille à un priso

Le comte Brahe vivait très à l’écart de ses filles. Il tenait pour illusion qu’on prétendît partager la vie de quelqu’un. («Oui, oui, partager», disait-il.) Mais il ne lui déplaisait pas que les gens lui parlassent de temps en temps de ses filles. Il écoutait avec attention, comme si elles avaient habité une autre ville.

On fut donc très surpris qu’un jour, après le petit déjeuner, il fît signe à Abelone d’approcher.

«Nous avons les mêmes habitudes, il me semble. J’écris aussi de très bo

Abelone s’en souvenait encore comme si c’était de hier.

Dès le lendemain matin elle fut introduite dans le cabinet de travail de son père dont on croyait l’accès interdit. Elle n’eut pas le temps de poser son regard sur tout ce qui l’entourait, car on l’assit aussitôt en face du comte, devant le bureau qui lui apparut comme une vaste plaine, où les livres et les dossiers figuraient des villages.

Le comte dicta. Ceux qui affirmaient que le comte Brahe écrivait ses mémoires n’avaient pas tout à fait tort. Mais il ne s’agissait ni des souvenirs politiques, ni des souvenirs militaires qu’on attendait de lui avec impatience. «J’oublie ces choses-là», répondait brièvement le vieillard lorsqu’on l’interrogeait sur de tels faits. Ce qu’il ne voulait pas oublier, c’était son enfance. Il y était particulièrement attaché. Il lui semblait normal que ces temps très éloignés prissent à présent le dessus en lui, et que, lorsqu’il dirigeait son regard en dedans de soi, ils fussent là, comme dans une claire nuit d’été des pays du nord, extasiée et sans sommeil.

Quelquefois il sursautait et parlait contre les chandelles dont les flammes vacillaient. Ou bien il fallait de nouveau biffer des phrases entières, et ensuite il allait et venait avec véhémence dans la pièce, et les pans de sa grande robe de chambre en soie vert Nil flottaient dans son sillage. Pendant que tout cela se déroulait, une autre perso

Ce Sten passait ses après-midi de dimanche à lire Swedenborg, et perso