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Mais, à présent que tout devient différent, notre tour n’est-il pas venu de nous transformer? Ne pourrions-nous essayer de nous développer un peu et de prendre peu à peu sur nous notre part d’effort dans l’amour? On nous a épargné toute sa peine, et c’est ainsi qu’il a glissé à nos yeux parmi les distractions, comme tombe parfois dans le tiroir d’un enfant un morceau de dentelle véritable, et lui plaît, et cesse de lui plaire, et reste là parmi des choses brisées et défaites, plus mauvais que tout. Nous sommes corrompus par la jouissance superficielle, comme tous les dilettantes, et nous sommes censés posséder la maîtrise. Mais qu’arriverait-il si nous méprisions nos succès? Quoi, si nous recommencions depuis l’origine à apprendre le travail de l’amour qui a toujours été fait pour nous? Quoi, si nous allions et si nous étions des débutants, à présent que tant de choses se pre
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Et voici que je sais de nouveau ce qui arrivait lorsque maman déroulait les petites pièces de dentelles. Car elle avait occupé pour ses besoins un seul des tiroirs du secrétaire d’Ingeborg.
«Voulons-nous les regarder, Malte?» disait-elle, et elle se réjouissait comme si l’on allait lui faire cadeau de tout ce que contenait le petit casier en laque jaune. Et puis elle ne pouvait même plus, tant son impatience était grande, déplier le papier de soie. Chaque fois je devais m’en acquitter à sa place. Mais moi aussi j’étais tout agité lorsque les dentelles apparaissaient. Elles étaient enroulées autour d’un cylindre en bois que l’épaisseur de dentelle empêchait de voir. Et voici que nous les défaisions lentement et que nous regardions les dessins se dérouler et que nous nous effrayions un peu, chaque fois que l’un d’eux prenait fin. Ils s’arrêtaient si soudainement.
D’abord venaient des bandes de travail italien, des pièces coriaces aux fils tirés, dans lesquelles tout se répétait sans cesse, avec une claire évidence, comme dans un jardin de paysans. Et puis, tout à coup, une longue série de nos regards étaient grillagés de dentelle à l’aiguille vénitie
Nous soupirions tous deux sur la peine de devoir de nouveau enrouler les dentelles. C’était un long travail, mais nous ne voulions le confier à perso
«Songe donc un peu, si nous avions dû les faire», disait maman, et elle avait l’air vraiment effrayée. Et en effet je ne me représentais pas du tout cela. Je me surprenais à penser à de petites bêtes qui filent toujours, et que, en retour, on laisse en repos. Mais non, c’était naturellement des femmes.
«Elles sont sûrement allées au ciel, celles qui ont fait cela», dis-je pénétré d’admiration. Je rappelle, car cela me frappa, que depuis longtemps je n’avais plus rien demandé sur le ciel. Maman soupira, les dentelles étaient de nouveau réunies. Après un instant, alors que j’avais déjà oublié ce que je venais de dire, elle prononça très lentement: «Au ciel? Je crois qu’elles sont tout entières ici dedans. Quand on les regarde ainsi: ce pourrait bien être une béatitude éternelle. On sait si peu de chose sur tout cela.»
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Souvent, lorsqu’il y avait des visites chez nous, on disait que les Schulin se restreignaient. Le grand manoir avait brûlé voici quelques a
À la vérité maman n’allait déjà plus nulle part, mais cela, les Schulin ne pouvaient le comprendre; il n’y avait pas d’autre solution, il fallait y aller un jour ou l’autre. C’était en décembre, après quelques précoces chutes de neige; le traîneau était commandé pour trois heures, je devais être de la promenade. Mais on ne partait jamais de chez nous à l’heure précise. Maman qui n’aimait pas qu’on a
Ce jour-là il n’avait pas du tout fini par faire clair. Les arbres étaient là, comme empêchés d’avancer dans le brouillard, et il y avait de l’entêtement à vouloir quand même entrer là-dedans. La neige cependant recommençait à tomber en silence, et à présent c’était comme si tout, jusqu’au dernier trait, avait été effacé, comme si l’on conduisait dans une page blanche. Il n’y avait rien que le son des grelots, et l’on n’aurait pu dire exactement où ils se trouvaient. Vint un instant qu’il cessa même, comme si le dernier grelot avait été dépensé. Mais ensuite le tintement se rassembla de nouveau, et fut d’accord, et de nouveau se répandit hors de l’abondance. Le clocher à gauche, on pouvait l’avoir imaginé. Mais le contour du parc était soudain là, haut, presque au-dessous de nous, et l’on se trouvait dans la longue avenue. Les grelots ne se détachaient plus complètement; c’était comme s’ils s’étaient accrochés, par grappes, à gauche et à droite, aux arbres. Puis l’on vira et l’on tourna autour de quelque chose, à droite, et l’on s’arrêta au milieu.
Georg avait complètement oublié que la maison n’était plus là, et pour nous tous elle fut là en cet instant. Nous montâmes le perron qui conduisait sur l’ancie