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Quand parfois maman passait à mon chevet une demi-heure à lire des contes (mais la lectrice habituelle et véritable était Sieversen), ce n’était pas pour l’amour des contes. Car nous étions d’accord sur ce point que nous n’aimions pas les contes. Nous avions une autre conception du merveilleux. Nous trouvions que lorsque tout se passait naturellement les choses étaient encore beaucoup plus étranges. Nous aurions volontiers renoncé à être transportés à travers les airs; les fées nous décevaient et nous n’attendions des métamorphoses qu’une variation très superficielle. Mais nous lisions pourtant un peu, pour paraître occupés; il ne nous était pas agréable de devoir, lorsque quelqu’un entrait, expliquer d’abord ce que nous étions en train de faire. À l’égard de mon père surtout nous affichions nos occupations avec une évidence presque exagérée.
Et seulement quand nous étions tout à fait certains de n’être pas dérangés, et que, au dehors, la nuit tombait, il pouvait arriver que nous nous abando
«Je voudrais bien savoir ce qu’est devenue Sophie», disait alors tout à coup maman au milieu de ces souvenirs. Et là-dessus sans doute Malte ne pouvait pas la renseigner. Mais lorsque maman présumait que certainement Sophie devait être morte, il la contredisait avec entêtement et la conjurait de ne pas croire cela, bien qu’il ne fût nullement capable de prouver le contraire.
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Lorsque je réfléchis maintenant à cela je ne cesse de m’éto
Mademoiselle avait par moments sa migraine qui s’affirmait toujours avec une rare violence, et c’étaient les jours auxquels il était difficile de me trouver. Je sais qu’on envoyait alors le cocher me chercher dans le parc quand, par hasard, mon père me demandait et que je n’étais pas là. D’en haut, d’une des chambres d’amis, je le voyais sortir en courant et m’appeler à l’entrée de la longue allée. Ces chambres d’amis se trouvaient, les unes à côté des autres, sous le pignon d’Ulsgaard, et restaient, parce que, en ce temps-là, nous ne recevions que rarement des visites, presque toujours vides. Mais à côté d’elles se trouvait ce grand réduit mansardé qui exerçait sur moi une si forte attraction. On n’y voyait qu’un vieux buste qui représentait, je crois, l’amiral Juel, mais tout autour les murs étaient garnis de placards profonds et sombres, disposés de telle façon que la fenêtre même était placée au-dessus d’eux dans le mur vide et blanchi à la chaux. J’avais trouvé à la porte de l’un des placards la clef qui l’ouvrait ainsi que tous les autres. Et j’avais donc en peu de temps tout examiné: les habits de chambellans du dix-huitième siècle, tout glacés par leur trame de fils d’argent, et leurs belles vestes brodées; les tenues de l’ordre de Da
Perso