Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 16 из 47

Maman avait fait monter le petit secrétaire d’Ingeborg dans sa chambre; je l’y trouvais souvent, car on m’avait permis d’entrer chez elle à ma guise. Mon pas s’étouffait complètement dans le tapis, mais elle me sentait et me tendait une main par-dessus l’autre épaule. Cette main n’avait aucun poids et je la baisais presque comme le crucifix d’ivoire qu’on me tendait le soir avant que je m’endorme. Devant le secrétaire dont le volet se rabattait, maman était assise comme devant un instrument de musique. «Il y a tant de soleil là-dedans», disait-elle, et en effet l’intérieur en était singulièrement clair, de vieille laque jaune, avec des fleurs peintes, toujours une rouge, puis une bleue. Et là où trois fleurs se suivaient, une violette séparait les deux autres. Les couleurs et le vert de l’étroite bordure horizontale étaient aussi obscurcis que le fond était lumineux, sans être vraiment clair. Il en résultait un accord singulièrement assourdi de tons qui ne révélaient pas au dehors leur mutuelle dépendance intime.

Maman amenait les petits tiroirs qui tous étaient vides.

«Ah, des roses», disait-elle et se penchait un peu vers la trouble odeur qui ne s’épuisait pas. Elle se figurait toujours que quelque chose encore pouvait tout à coup se retrouver dans un casier secret auquel perso

Et maintenant je veux écrire cette histoire, telle que maman la racontait lorsque je l’en priais:

C’était au milieu de l’été, le jeudi qui suivit les funérailles d’Ingeborg. De l’endroit où nous prenions le thé sur la terrasse, on pouvait voir entre les ormes gigantesques s’élever le pignon de la sépulture de famille. On avait disposé les tasses comme si jamais une perso

*

Un jour que durant ce récit l’obscurité s’était presque faite, je fus sur le point de raconter à maman l’histoire de la main: à cet instant j’aurais pu la lui dire. Déjà j’ouvrais la bouche pour parler, lorsque je me rappelai soudain combien j’avais compris que le domestique n’eût pu s’avancer vers leurs visages. Et j’eus peur, malgré l’obscurité, du visage que maman prendrait quand elle verrait ce que j’avais vu. Et vite je repris haleine comme si je n’avais eu d’autre propos. Quelques a

Combien petit je devais être encore, je le vois à ceci que j’étais à genoux sur le fauteuil pour atteindre plus commodément à hauteur de la table sur laquelle je dessinais. C’était le soir, en hiver, si je ne fais erreur, dans notre appartement, en ville. La table se trouvait entre les fenêtres de ma chambre, et il n’y avait d’autre lampe dans la pièce que celle qui éclairait mes feuillets et le livre de Mademoiselle: car Mademoiselle était assise à côté de moi, un peu en retrait, et lisait. Elle était très loin quand elle lisait, et je ne sais pas si c’était dans son livre; elle pouvait lire, de longues heures durant, elle tournait rarement les pages, et j’avais l’impression que sous ses yeux les pages devenaient sans cesse plus pleines, comme si son regard y faisait naître des mots nouveaux, certains mots dont elle avait besoin et qui n’étaient pas là. J’imaginais cela tandis que je dessinais. Je dessinais lentement, sans intention bien arrêtée, puis lorsque je ne savais plus comment continuer, je regardais mon dessin, la tête légèrement penchée à droite; dans cette position je découvrais le plus vite ce qui manquait encore. C’étaient des officiers à cheval qui galopaient à la bataille, ou qui étaient engagés déjà dans la mêlée, ce qui était beaucoup plus simple, parce qu’il suffisait alors de dessiner la fumée qui les enveloppait. C’est vrai que maman prétendait toujours que je n’avais jamais peint que des îles; des îles avec de grands arbres et un château et un escalier et, sur le rivage, des fleurs qui se miraient dans l’eau. Mais je crois qu’elle inventait ou que ce n’était que plus tard.