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Je crois qu’il m’en a emprunté; est-ce ma faute si je n’avais pas davantage à lui offrir?

Sur la place Saint-Michel, il y avait beaucoup de véhicules et de gens qui allaient et venaient; nous étions parfois pris entre deux voitures; il respirait alors et se laissait un peu aller, comme pour se reposer, et il se permit un sautillement et un léger hochement. Peut-être était-ce la ruse par laquelle la maladie priso

J’aurais pu encore continuer ma route. Mais à quoi bon? J’étais vide. Comme un papier vide, je traînai à la dérive en remontant le long des maisons du boulevard.

*

J’essaie de t’écrire [1] bien qu’à la vérité il n’y ait rien à dire après un départ nécessaire. J’essaie pourtant, je crois que je dois le faire, parce que j’ai vu la sainte au Panthéon, la solitaire et sainte femme, et le toit et la porte, et, au dedans, la lampe avec son modeste cercle de lumière, et dehors la ville endormie et le fleuve et les lointains au clair de lune. La sainte veille sur la ville endormie. J’ai pleuré. J’ai pleuré parce que tout cela était si inattendu. J’ai pleuré là devant, je n’en pouvais plus.

Je suis à Paris; ceux qui l’appre

Ne pourrais-je, une fois, voir la mer?

Oui, mais figure-toi, je m’imaginais que tu pourrais venir. Aurais-tu pu me dire s’il y a un médecin? J’ai oublié de m’en informer. D’ailleurs, je n’en ai plus besoin à présent.

Te rappelles-tu le poème inouï de Baudelaire: «Une Charogne»? Il se peut que je le compre

Ne va pas croire surtout que je souffre ici de déceptions, bien au contraire. Je m’éto

Mon Dieu, s’il était possible de le partager avec quelqu’un. Mais serait-il alors, serait-il encore? Non, car il n’est qu’au prix de la solitude.

*

L’existence du terrible dans chaque parcelle de l’air. Tu le respires avec sa transparence; et il se condense en toi, durcit, prend des formes pointues et géométriques entre tes organes; car tous les tourments et toutes les tortures accomplis sur les places de grève, dans les chambres de la question, dans les maisons de fous, dans les salles d’opérations, sous les arcs des ponts en arrière-automne: tous et toutes sont d’une opiniâtre indélébilité, tous subsistent et s’accrochent, jaloux de tout ce qui est, à leur effrayante réalité. Les hommes voudraient pouvoir en oublier beaucoup; leur sommeil lime doucement ces sillons du cerveau, mais des rêves le repoussent et en retracent le dessin. Et ils s’éveillent, haletants, et laissent se fondre dans l’obscurité la lueur d’une chandelle, et boivent comme de l’eau sucrée cette demi-clarté à peine calmante. Car, hélas, sur quelle arête se tient cette sécurité? Le moindre mouvement, et déjà le regard plonge au delà des choses co

Ô nuit sans objets. Ô fenêtre sourde au dehors, ô portes closes avec soin; pratiques venues d’anciens temps, transmises, vérifiées, jamais entièrement comprises. Ô silence dans la cage de l’escalier, silence dans les chambres voisines, silence là-haut, au plafond. Ô mère: ô toi unique, qui t’es mise devant tout ce silence, au temps que j’étais enfant. Qui le prends sur toi, qui dis: «Ne t’effraie pas, c’est moi». Qui as le courage, en pleine nuit, d’être le silence pour ce qui a peur, pour ce qui périt de peur. Tu allumes une lumière et le bruit déjà c’est toi. Tu la soulèves et tu dis: «C’est moi, ne t’effraie pas». Et tu la déposes, lentement, et il n’y a pas de doute: c’est toi, tu es la lumière autour des objets familiers et intimes qui sont là, sans arrière-sens, bons, simples, certains. Et lorsque quelque chose remue dans le mur ou fait un pas dans le plancher: tu souris seulement, tu souris, souris, transparente sur un fond clair, au visage angoissé qui te sonde comme si tu étais dans le secret de chaque son étouffé, d’accord avec lui et de concert. Un pouvoir égale-t-il ton pouvoir dans le royaume de la terre? Vois, les rois eux-mêmes sont raidis sur leur couche et le conteur n’arrive pas à les distraire. Sur les seins adorés de leur maîtresse la plus chère, la terreur s’insinue en eux et les fait tremblants et impuissants. Mais toi, tu viens et tu tiens l’immensité derrière toi et tu es tout entière devant elle; non pas comme un rideau qu’elle pourrait soulever ici et là. Non! Comme si tu l’avais rattrapée à l’appel de celui qui avait besoin de toi. Comme si tu avais devancé de beaucoup tout ce qui peut encore arriver et que tu n’eusses dans le dos que ta course vers lui, ton chemin éternel, le vol de ton amour.