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Un moment, il hésita. Devait-il se montrer ouvertement? Ne risquait-il pas ainsi de tout compromettre? Il le pensa. Il se laissa de nouveau descendre le long du talus, et, toujours caché, il se rapprocha de l’auberge.
Au-dessus de lui, tout à coup, il entendit un murmure de voix. Il se crut découvert, ne bougea plus, attendant ce qui allait arriver.
La rumeur continuait. Il leva la tête. Il ne vit rien qu’une haie courte, dominant la berge du canal. Et des mots lui parvenaient, il reco
Alors, par de lents mouvements, une reptation silencieuse, il monta de nouveau jusqu’au haut du talus. Il atteignit la haie, put s’y crampo
«Oui, c’est dur, expliquait-il. Mais il le faut, hein? Et j’en ai vu de pires.
– C’est dans le commerce?
– Oui, à peu près. Mais je n’en resterai pas là. Je veux arriver plus vite…
– Vous êtes impatient…
– Oui. Pas pour moi. Moi, je suis heureux, vous savez, comme maintenant. Je ne demande rien de plus. Ça me semblerait très joli, si ça durait toujours comme ça. Mais ce n’est pas possible… Pourtant, en le voulant bien… Un jour, tout changera, allez.»
Lourges espérait une question de la jeune fille qui éluciderait le mystère de cette conversation. Mais la jeune fille paraissait comprendre, ou bien craindre d’interroger. Elle se taisait, elle regardait à ses pieds, l’air songeur, les fleurs jaunes qui poussaient dans l’herbe de l’allée. Quant à Sylvain, il avait lâché sa hache, il se croisait et se frottait les doigts, nerveusement.
«Il ne faut pas tant d’argent, pour vivre, reprit-il.
– Ici, nous ne dépensons pas beaucoup. Mais ce n’est pas grand, non plus.
– Il ne me faudrait pas davantage. Une maison et un petit jardin comme celui-ci, et je parie de devenir aussi vieux que votre oncle.»
La jeune fille rit. Et Sylvain eut aussi un sourire.
Dans son coin, Lourges commençait à comprendre. Il se fatiguait, dans sa position incommode, mais il se passio
«Ça ne doit pas être bien long à gagner, quand on est modeste, continua la jeune fille.
– Non. Mais il faut si peu de choses pour tout démolir… J’ai peur d’un malheur, chaque fois que je reviens ici…
– Pourquoi? Quel malheur?
– Tiens, je ne sais pas. Mais il n’y a rien à faire, hein? Il faut attendre. Avec le temps, on arrange tout. Et s’il arrivait quelque chose, en tout cas…
– Quelle chose?
– On ne sait jamais… des histoires…
– Eh bien?
– Eh bien, il ne faudrait pas m’en vouloir, voyez-vous…
– Pourquoi vous en voudrais-je?
– Je sais, il n’y a pas de raison… Mais quelquefois… En tout cas, je serais bien content, alors, si j’étais sûr que vous diriez que j’avais tout de même fait mon possible. Hein?
– Je le vois bien que vous vous do
– Oui. Alors, vous ne m’en voudriez pas?
– Je ne vous en voudrai jamais.
– Merci. Comme ça, je serai plus tranquille.»
Lourges avait deviné. Il jugea inutile d’espio
Doucement, il se laissa glisser sur l’herbe, le long du talus, et, au bord de l’eau, il s’éloigna, il rejoignit sans avoir été aperçu le pont qui franchissait le canal.
Il retrouva sa bicyclette, l’enfourcha, et, à bo
XV
Le jeudi suivant, bien avant l’heure habituelle, Lourges arrivait chez M. Henri. Il continuait à voir Germaine ce jour-là. Et comme il venait chaque semaine, très régulièrement, ils avaient fini par devenir camarades, se parlant familièrement, se racontant les petits incidents de la semaine. Lourges ne se cachait plus, maintenant, affichait carrément sa position de soupirant, demandait avec insistance à Germaine «si elle n’était pas encore décidée pour aujourd’hui». Germaine prenait ça comme une plaisanterie, répondait en badinant, elle aussi, que non, qu’on avait bien le temps, qu’il n’arriverait à rien à se montrer si pressé.
Mais sous ce badinage, elle sentait bien qu’il y avait quelque chose de profond. Avec son flair de femme, doublé par le vice de l’ancie
Ce jour-là, Germaine, comme à l’ordinaire, arriva vers trois heures.
À ce moment, on était tranquille chez Mme Jea
Lourges, depuis longtemps, ne cachait plus à Germaine son titre de douanier. Cela impressio
Aujourd’hui encore, elle était furieuse. Elle avait demandé une bagatelle, quarante francs pour s’acheter un chapeau qui lui faisait envie. Et Sylvain avait carrément refusé.
«Je te do
II devenait, selon Germaine, d’une ladrerie dégoûtante. Et comme elle avait été accoutumée à toujours dépenser sans compter, à éblouir de son faste les voisines et les ancie