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Mais, où le tempérament de l'écrivain s'accusait vraiment, c'était dans deux brochures parues, l'une en 1846 et l'autre en 1880, cette dernière intitulée: l'Unité nationale.
Animé d'une rage froide, l'implacable légitimiste combattait, cette fois, contrairement à ses habitudes, en face, et jetait aux incrédules, en guise de péroraison, ces fulminantes invectives:
«Et vous, utopistes systématiques, qui faites abstraction de la nature humaine, fauteurs d'athéisme, nourris de chimères et de haines, émancipateurs de la femme, destructeurs de la famille, généalogistes de la race simie
L'autre brochure portait ce titre: Le Parti catholique, et elle était dirigée contre le despotisme de l'Univers, et contre Veuillot dont elle se refusait à prononcer le nom. Ici les attaques sinueuses recommençaient, le venin filtrait sous chacune de ces lignes où le gentilhomme, couvert de bleus, répondait par de méprisants sarcasmes aux coups de savate du lutteur.
À eux deux, ils représentaient bien les deux partis de l'Église où les dissidences se résolvent en d'intraitables haines; de Falloux, plus hautain et plus cauteleux, appartenait à cette secte libérale dans laquelle étaient déjà réunis et de Montalembert et Cochin, et Lacordaire et de Broglie; il appartenait, tout entier, aux idées du Correspondant, une revue qui s'efforçait de couvrir d'un vernis de tolérance les théories impérieuses de l'Église; Veuillot, plus débraillé, plus franc, rejetait ces masques, attestait sans hésiter la tyra
Celui-là s'était fabriqué, pour la lutte, une langue particulière, où il entrait du La Bruyère et du faubourien du Gros-Caillou. Ce style mi-sole
Malheureusement, ce talent incontesté n'existait que dans le pugilat; au calme, Veuillot n'était plus qu'un écrivain médiocre; ses poésies et ses romans inspiraient la pitié; sa langue à la poivrade s'éventait à ne pas cogner; l'arpin catholique se changeait, au repos, en un cacochyme qui toussait de banales litanies et balbutiait d'enfantins cantiques.
Plus guindé, plus contraint, plus grave, était l'apologiste chéri de l'Église, l'inquisiteur de la langue chrétie
Par instants, la passion religieuse insufflait une certaine ardeur à sa langue oratoire sous les glaces de laquelle bouillo
Cette manière d'envisager les questions à un seul point de vue était celle aussi de ce piètre écrivassier que d'aucuns lui opposaient comme un rival, Nettement. Celui-là était moins sanglé et il affectait des prétentions moins altières et plus mondaines; à diverses reprises, il était sorti du cloître littéraire où s'empriso
Dans cette ignorance des lieux, dans cette ombre, il avait achoppé à tout bout de champ, parlant de Mürger qui avait «le souci du style ciselé et soigneusement fini», d'Hugo qui recherchait l'infect et l'immonde et auquel il osait comparer M. de Laprade, de Delacroix qui dédaignait la règle, de Paul Delaroche et du poète Reboul qu'il exaltait, parce qu'ils lui semblaient posséder la foi.
Des Esseintes ne pouvait s'empêcher de hausser les épaules devant ces malheureuses opinions que recouvrait une prose assistée, dont l'étoffe déjà portée, s'accrochait et se déchirait, à chaque coin de phrases.
D'un autre côté, les ouvrages de Poujoulat et de Genoude, de Montalembert, de Nicolas et de Carné ne lui inspiraient pas une sollicitude beaucoup plus vive; son inclination pour l'histoire traitée avec un soin érudit et dans une langue honorable par le duc de Broglie, et son penchant pour les questions sociales et religieuses abordées par Henry Cochin qui s'était pourtant révélé dans une lettre où il racontait une émouvante prise de voile au Sacré-Coeur, ne se prononçaient guère. Depuis longtemps, il n'avait plus touché à ces livres, et l'époque était déjà lointaine où il avait jeté aux vieux papiers les puériles élucubrations du sépulcral Pontmartin et du minable Féval, et où il avait confié aux domestiques, pour un commun usage, les historiettes des Aubineau et des Lasserre, ces bas hagiographes des miracles opérés par M. Dupont de Tours et par la Vierge.
En somme, des Esseintes n'extrayait même point de cette littérature, une passagère distraction à ses e
Un seul volume restait installé sur un rayon, à portée de sa main, l'Homme d'Ernest Hello.
Celui-là était l'antithèse absolue de ses confrères en religion. Presque isolé dans le groupe pieux que ses allures effarouchaient, Ernest Hello avait fini par quitter ce chemin de grande communication qui mène de la terre au ciel; sans doute écoeuré par la banalité de cette voie, et par la cohue de ces pèlerins de lettres qui suivaient à la queue leu-leu, depuis des siècles, la même chaussée, marchant dans les pas les uns des autres, s'arrêtant aux mêmes endroits, pour échanger les mêmes lieux communs sur la religion, sur les Pères de l'Église, sur leurs mêmes croyances, sur leurs mêmes maîtres, il était parti par les sentiers de traverse, avait débouché dans la morne clairière de Pascal où il s'était longuement arrêté pour reprendre haleine, puis il avait continué sa route et était entré plus avant que le janséniste, qu'il huait d'ailleurs, dans les régions de la pensée humaine.