Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 6 из 41

CHAPITRE III LE SINGULIER DOCTEUR WICKSON

Le lendemain vers dix heures, je reçus la visite de mon savant maître, M. le docteur B… Il avait l’air soucieux et préoccupé.

«Avez-vous entendu parler de cette affaire Bréhat-Lenoir?» me demanda-t-il après quelques moments d’entretien, et en me regardant à travers ses lunettes.

Je lui montrai le journal que j’avais acheté la veille.

«Je n’en co

– Ah! mais…, savez-vous que c’est très grave, et surtout très mystérieux. J’ai été appelé hier soir pour faire l’autopsie du corps. Après de longues et patientes recherches, croiriez-vous que je n’y ai pas trouvé un atome d’arsenic?

– Voilà qui va singulièrement dérouter la justice.

– Je crois qu’elle a du moins été fort surprise, et peu flattée de voir son système renversé du premier coup. Mais elle ne se tient pas pour battue. Je reçois ce matin cette lettre du juge d’instruction à qui j’avais envoyé mon rapport fort avant dans la soirée. Il me prie de recommencer aujourd’hui l’expertise.

– À quoi bon?

– Je n’en sais rien. Mais voici le plus curieux: savez-vous qui ils veulent m’opposer dans cette discussion?

– Qui donc?

– Le docteur Wickson!

– Comment! cet intrigant perso

– Lui-même.

– Celui que vous avez si énergiquement combattu, cher maître, au nom de la vraie science?

– Oui; l’Académie m’a do

Je m’inclinai devant cette flatterie un peu intéressée de l’excellent homme.

«Ainsi c’est convenu… Vous aurez l’obligeance de vous présenter, à une heure, rue Cassette, n° 102.

– C’est la demeure du défunt?

– Voici une lettre que j’adresse au juge d’instruction, et dans laquelle j’invoque un prétexte quelconque pour manquer au rendez-vous. Vous la lui remettrez.»

Le docteur B… se leva, et, me serrant la main avec une certaine émotion:

«Allons, mon cher enfant, me dit-il, tâchez de convaincre les magistrats, et ne vous laissez surtout pas démonter par l’aplomb de Wickson. Songez que notre vieil ho

La voix du docteur B… tremblait un peu, tandis qu’il m’adressait ces paroles. Son œil noir et vif brillait d’un éclat qui témoignait de tout l’intérêt que mon vieux professeur portait à la lutte que j’allais engager. Wickson était le seul homme au monde pour lequel l’excellent docteur B… ressentît de la haine.

Je promis à M. B… que je ferais tous mes efforts pour assurer le triomphe de son opinion et maintenir dans tout leur éclat les principes de la vraie science.

Une heure après, j’étais chez M. Maximilien Heller.

Le philosophe me sembla plus calme que la veille; la fièvre avait presque entièrement disparu.

«Je vais mieux ce matin, me dit-il; votre compagnie m’a été hier d’un grand soulagement. Il y a des moments, bien rares, où la solitude me fait mal. Et j’étais poursuivi hier par un souvenir, un a

Je lui remis le numéro du journal, et il le lut avec grande attention, puis murmura:

«Je voudrais bien savoir le dernier mot de cette histoire.

– Je puis, si vous le désirez, vous introduire dans la maison où a eu lieu le crime, et vous faire assister à l’autopsie.

– Vraiment? s’écria le philosophe en me regardant avec surprise; et comment cela, je vous prie?»

Je lui racontai la courte entrevue que je venais d’avoir avec M. B…, et lui dis le rôle que j’avais accepté.

«Eh bien, je vous accompagnerai! dit Maximilien Heller d’un ton résolu; il faut que je sache tout ce que cela signifie. Voilà la première fois depuis deux ans que je sors de cette chambre. Il me semble que j’entre dans une vie nouvelle. Que diriez-vous si j’arrachais cet homme à l’échafaud? Ce serait curieux, n’est-ce pas? je deviendrais philanthrope! Mais non, ce n’est pas par amour de l’humanité que j’agis ainsi, c’est au contraire pour prouver à la société tout le vice de son organisation, puisque sans moi, et si les choses suivaient leur cours naturel, un i

Je ne pus m’empêcher de sourire.

«Êtes-vous donc sûr que Guérin n’est pas coupable?

– Oui.

– Vous vous faites fort de démontrer son i

– Oui.

– Et de trouver le véritable auteur du crime?

– Oui.»

Il arpentait la mansarde à grands pas, comme un lion impatient de briser les grilles de sa cage.

«Oui, dit-il avec exaltation, je veux reparaître au grand jour! Oui, je rentre aujourd’hui dans ce monde dont je m’étais volontairement exilé! Il y a là un mystère que je veux percer, des ténèbres que je veux sonder. J’ai résolu les plus difficiles problèmes sociaux; pourquoi ne résoudrais-je pas de même celui-là? Je veux, le jour où les hommes dresseront l’échafaud de ce malheureux, me présenter devant eux, traînant à mes pieds le vrai coupable, le jeter en pâture au bourreau et reprendre l’i

Maximilien était transfigure. Son visage creusé et pâli par une longue souffrance s’était éclairé d’une flamme surnaturelle; ses membres alanguis par la fièvre avaient repris toute leur vigueur. Ses gestes étaient fermes, sa belle tête se relevait fièrement.

Je me souviens encore, après tant d’a