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Camille ouvrit les yeux, le regarda dans l'obscurité, puis se rendormit.
Au milieu de la nuit, un nouvel orage, plus violent que celui de la nuit précédente, éclata sur Belcourt. La pluie martelait le toit de la bétaillère. Camille se leva, enfila ses bottes sur ses pieds nus, alla fixer les bâches des claires-voies qui battaient avec le vent et laissaient passer l'eau. Elle se rallongea sans faire de bruit, guettant la respiration d'Adamsberg, comme on surveille l'e
Elle dormit mal, dans ce qui-vive qu'elle co
Adamsberg démarra à neuf heures pour rejoindre le timide Aimont et revint moins d'une demi-heure plus tard.
– Neuf brebis égorgées au Champ des Meules, a
Soliman se dressa d'un bond, courut au camion pour chercher la carte.
– Pas la peine, lui dit calmement Adamsberg. C'est tout près de Vaucouleurs, plein nord. Il est carrément sorti de sa route.
Soliman regarda Adamsberg, interdit.
– Tu t'es trompé, dit-il d'un ton plein d'éto
Adamsberg se servit un café, sans rien dire.
– Tu avais tort, insista Soliman. Il a changé de route. Il va fuir. Il va nous échapper.
Le Veilleux se leva, tout droit.
– On lui colle au cul, dit-il. Route ou pas route. On lève le camp. Va prévenir Camille, Sol.
– Non, dit Adamsberg.
– Quoi? dit le Veilleux.
– On ne lève pas le camp. On reste ici. On ne bouge pas.
– Massart est à Vaucouleurs, dit Soliman en élevant la voix. Et nous, on va où va passait. A Vaucouleurs.
– On n'ira pas à Vaucouleurs, dit Adamsberg, parce que c'est ce qu'il souhaite. Massart n'a pas quitté sa route.
– Ah non? dit Soliman.
– Non. Il veut seulement qu'on quitte Belcourt.
– Et pour quoi faire?
– Pour être tranquille. Il a quelqu'un à tuer à Belcourt.
– Pas d'accord, dit Soliman en secouant violemment la tète. Plus on stagne ici, plus il s'éloigne de nous.
– Il ne s'éloigne pas. Il nous surveille. Va à Vaucouleurs si tu veux, Soliman. Vas-y si ça t'amuse. Tu as la mobylette, tu peux partir. Vas-y aussi si tu veux, le Veilleux, demande à Camille. C'est elle qui conduit. Moi je reste ici.
– Qu'est-ce qui nous prouve que t'as raison, mon gars? demanda le Veilleux, ébranlé.
Adamsberg haussa les épaules.
– Tu as la réponse, dit-il.
– Le coude sur la route?
– Entre autres.
– C'est une petite chose.
– Mais qui ne s'explique pas. II y en a d'autres.
Partagé entre révolte et dévouement, Soliman, arpentant le flanc du camion – son territoire -, mit une heure à arrêter son choix. Finalement, il sortit le linge et la bassine bleue, signe qu'il avait posé les armes.
Adamsberg regagna sa voiture. On l'attendait à la gendarmerie pour l'enquête à Vaucouleurs. Avant d'ouvrir la portière, il sortit son pistolet et vérifia son chargeur.
– Tu t'armes? demanda le Veilleux.
– Mon nom est dans le journal de ce matin, dit Adamsberg avec une grimace. Quelqu'un a parlé. Je ne sais pas qui. Mais à présent, si elle me cherche, elle me trouve.
– La tueuse?
Adamsberg hocha la tète.
– Elle te tirerait dessus?
– Oui. Une bo
– Elle s'habille comment? demanda gravement le Veilleux en examinant le cliché.
– Elle change tout le temps. Elle se grime, comme une gosse.
– Je préviens les autres?
– Oui.
Adamsberg passa le reste de la journée avec Aimont et les flics de Vaucouleurs. C'était la première fois qu'Aimont se trouvait face au travail du grand loup et il fut impressio
Le dossier préparé par Danglard parvint à Belcourt à sept heures du soir. Adamsberg le plia avec soin, le glissa, bien à l'abri, dans sa poche intérieure, et regagna le camion.
Avant de se coucher, il ôta le 357 de son étui et le posa au bas de son lit, à proximité immédiate de sa main droite. Il s'allongea, prit la main de Camille et s'endormit. Camille regarda sa main un bon moment, l'esprit vacant, et la laissa là où elle se trouvait.
Le Veilleux, au lieu de garder Interlock vautré sur ses pieds, l'avait posté à l'extérieur.
– Surveille cette fille, lui avait-il recommandé en lui grattant les oreilles. Grande, rousse, efflanquée. C'est une tueuse. Gueule autant que tu pourras. Ne te fais pas de souci, ajouta-t-il en observant le ciel, il ne pleuvra pas cette nuit.
Interlock avait fait mine de tout piger et s'était couché au sol.
La chaleur monta d'un cran le jeudi 2 juillet. On attendit dans la torpeur. Camille déplaça le camion jusqu'au bourg pour remplir le réservoir d'eau. Le Veilleux appela le troupeau, prendre des nouvelles de la patte de George. Soliman se plongea dans le dictio
Ce ne fut que vers cinq heures de l'après-midi que les gendarmes de Poissy-le-Roy prévinrent leurs collègues de Vaucouleurs d'un massacre d'ovins survenu dans la nuit, à la bergerie des Chaumes. Les flics de Vaucouleurs alertèrent Belcourt avec du retard et Adamsberg n'eut la nouvelle qu'à huit heures du soir.
Il étala la carte sur la caisse en bois.
– Cinquante kilomètres à l'ouest de Vaucouleurs, dit-il. Toujours hors piste.
– Il s'éloigne, gronda Soliman.
– On ne bouge pas, dit Adamsberg.
– On va le rater! cria le jeune homme en se levant.
Le Veilleux, qui tiso
– Ne t'énerve pas, Sol, dit-il. On l'aura. Quoi qu'il arrive, on l'aura.
Soliman se laissa tomber sur son siège, l'air désolé, épuisé, comme à chaque fois que le Veilleux le touchait avec le bâton. Camille se demandait s'il mettait un produit dedans, ou quoi.