Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 42 из 58

– J'ai trouvé ses saletés de bougies expiatoires dans une chapelle, à deux kilomètres d'ici. On les prend pour les empreintes?

– On n'en trouvera pas.

– Bon, dit Soliman, déçu. Si les flics se déploient, repriti-il, à quoi on sert?

– Tu ne vois pas?

– Non.

– On sert à y croire. On part ce soir, ajouta-t-il, on ne reste pas là.

– À cause des motards? Je n'ai pas peur.

– Non. II faut doubler Massart, au moins se rapprocher.

– D'où? De quoi? Il s'arrête au hasard.

– Je n'en suis pas si sûr, dit doucement Adamsberg.

Camille leva le regard vers lui. Quand Adamsberg prenait ce ton, c'était plus important que ça en avait l’air. Plus c'était important, et plus il parlait doucement.

– Pas tout à fait au hasard, convint Soliman. Il n'attaque que sur sa route rouge, et là où les moutons sont les plus accessibles. Il choisit ses bergeries.

– Ce n'est pas ce que je voulais dire.

Soliman le regarda sans rien dire.

– Je pense à Suza

– Il a tué Suza

– Malheur à celui qui croise son chemin, dit le Veilleux, un peu sentencieux.

– Je n'en suis pas si sûr, répéta Adamsberg.

– Où veux-tu aller? demanda Camille, sourcils froncés.

Adamsberg sortit la carte de sa poche, la déplia.

– Ici, dit-il, à Bourg-en-Bresse. Cent vingt kilomètres vers le nord.

– Mais pourquoi, bon sang? demanda Soliman en secouant la tête.

– Parce que c'est la seule grosse bourgade qu'il consent à traverser, dit Adamsberg. S'il a un loup et un dogue avec lui, ce n'est pas une mince affaire. Partout ailleurs il évite les bourgs, les villes. S'il passe par Bourg-en-Bresse, c'est qu'il a une bo

– Hypothèse, dit Soliman.

– Instinct, rectifia Adamsberg.

– Il est bien passé par Gap, objecta Soliman. Et il ne s'est rien passé, à Gap.

– Non, reco

À la nuit, après deux heures et demie de route, Camille parqua la bétaillère sur le bas-côté de la nationale 75, à l'entrée de Bourg-en-Bresse.

Elle descendit vers le champ qui les bordait à droite, avec un morceau de pain et un verre de vin que lui avait consenti le Veilleux. Avec la longueur inattendue du roade-mouvie, avait dit le Veilleux, il fallait ratio

Elle longea le champ jusqu'à sa lisière boisée, et revint sur ses pas. La sensation diffuse de déséquilibre qui l'avait saisie au sortir de la montagne, cette sensation de menace el d'ouverture, d'appréhension et de liberté, ne la quittait pas. La voix de Lawrence l'avait apaisée, tout à l'heure. L'entendre lui rappelait Saint-Victor, les hauts murs du village perché, les ruelles serrées, les montagnes puissantes, encadrantes, la vue bouchée. Là-bas, tout lui semblait prévu, attendu. Mais ici, tout paraissait confus, et possible. Camille fit la moue, étendit ses bras comme pour faire tomber cette crainte à bas de son corps. C'était la première fois qu'elle redoutait le possible et ce réflexe de défense lut déplaisait. Elle avala le verre du Veilleux d'un coup.

Elle monta se coucher la dernière, vers une heure du matin. Elle se glissa entre Soliman et le Veilleux puis écarta avec précaution la bâche grise, surveillant la respiration d'Adamsberg. Elle posa sans un bruit ses bottes au sol, se déshabilla en silence et s'allongea. Adamsberg ne dormait pas. Il ne bougeait pas, il ne parlait pas, mais elle sentait ses veux grands ouverts. La nuit était moins noire que la veille. Si elle avait tourné le regard, elle aurait distingué son profil. Mais elle ne le tourna pas. C'est dans cette immobilité crispée qu'elle finit par s'endormir.

Elle fut réveillée quelques heures plus tard par la so

– Un nouveau meurtre, murmura-t-il. Bon Dieu. Quel carnage, ce type.

– Qui a appelé? demanda Camille.

– Les flics de Grenoble.

– Où ça s'est passé?

– Où on avait dit. Ici, à Bourg.

Adamsberg se coiffa avec les doigts, souleva la bâche et sortit du camion.

XXVIII

Il rejoignit les flics de Bourg à la place du Calvaire. On était en limite de ville, presque à la campagne, au carrefour de trois routes secondaires. Une croix de pierre marquait l'emplacement. Les flics s'activaient autour du corps d'un homme de soixante-dix ans environ, égorgé et déchiré à l'épaule.

Le commissaire Hermel, un homme aussi petit qu'Adamsberg, portant moustaches tombantes et lunettes accrochées à de grandes oreilles, s'avança pour lui serrer la main.

– On m'a prévenu que vous suiviez ça depuis l'origine, dit-il. Heureux de pouvoir bénéficier de votre aide.

Hermel était un homme souple, cordial, que la concurrence éventuelle d'Adamsberg ne gênait pas. Adamsberg lui do

– Ça correspond, dit-il. En plus des blessures, on a une empreinte de patte assez nette à gauche du corps, grande comme une soucoupe. Un vétérinaire doit venir examiner tout cela. Mais c'est dimanche, tout le monde a du retard.

– À quelle heure ça s'est produit?

– Vers deux heures du matin.

– Qui l'a découvert?

– Un gardien de nuit qui rentrait.

– On sait déjà qui c'est?

– Fernand Deguy, un ancien guide de montagne. Il est retiré à Bourg depuis une quinzaine d'a

– On a une idée de ce qu'il faisait là?

– On n'a pas encore questio

Hermel désigna les collines d'un geste circulaire.

– A voir où? demanda Adamsberg.

– A la télé.

– Hier, intervint un lieutenant, il n'y avait rien. C'est samedi soir. Je la regarde quand même, c'est mon seul soir de tranquille.

– Il aurait mieux fait de t'imiter, dit Hermel d'un ton pensif. Au lieu de ça, il est parti dans la nature. Et il a croisé l'homme qu'il ne fallait pas.

– Vous pourriez me rassembler le maximum d'informations sur la vie de ce type? demanda Adamsberg.

– A quoi ça pourrait servir? dit Hermel. C'est tombé sur lui. Ça aurait pu tomber sur un autre.

– C'est ce que je me demande. Vous pourriez faire ça, Hermel? Ramasser tout ce que vous pouvez? Ceux de Villard-dé-Lans font de même avec Sernot. On confrontera.

Hermel secoua la tête.

– Le pauvre vieux était là au mauvais moment, dit-il. A quoi ça mènera de savoir quand il a eu sa première paire de skis?

– Je ne sais pas. J'aimerais qu'on le fasse.

Hermel réfléchit. Il co