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– Non, Sol, je ne crois pas ça.
– Non, Camille? Alors pourquoi t'es là?
– Tu ne te souviens pas? Pour conduire.
Soliman se redressa, s'essuya le front. Il s'énervait. fl s'énervait beaucoup trop contre elle. Peut-être parce qu'il la désirait et qu'il ne voyait pas comment parcourir ces fichus cinquante derniers mètres qui la séparaient d'elle. A moins que Camille ne fasse un geste, mais elle n'en faisait aucun. Camille avait presque tous pouvoirs dans ce camion et c'était éreintant. Le pouvoir de séduire, le pouvoir de conduire et le pouvoir de poursuivre, si seulement elle voulait bien appeler ce type spécial. Un peu vaincu, Soliman se rassit.
– Ce n'est pas vrai que tu n'es là que pour conduire.
– Non.
– Tu es là pour Suza
– Ça se peut, dit Camille en vidant son verre.
– Il en a peut-être déjà démoli un autre, dit Soliman avec insistance. Mais ça, on ne peut même pas le savoir. On ne peut même pas avoir le premier renseignement sur un vampire qu'on est seuls à co
Camille se leva.
– Sauf si tu appelles ce flic, bien sûr.
– Je vais dormir, dit-elle. Do
– Tu vas l'appeler? demanda le jeune homme en s'éclairant.
– Non, je voudrais joindre Lawrence.
– Mais on s'en fout, du trappeur.
– Pas moi.
– Réfléchis quand même, Camille. L'hésitation est le luxe des sages. Tu veux co
– Non, dit le Veilleux.
– Non, dit Camille. La sagesse m'e
– Alors, ne réfléchis pas. Agis. L'audace est le luxe des esprits forts.
Camille sourit, embrassa Soliman. Elle hésita devant le Veilleux, lui serra la main et disparut derrière la bâche.
– Merde, gronda Soliman.
– Résistante, commenta le Veilleux.
XXIII
Camille se réveilla spontanément vers sept heures, signe majeur de tensions et de contradictions. Signe de vin piégeux aussi, c'était possible.
La veille au soir, elle avait pu joindre Lawrence et cela lui avait plu d'entendre la voix du Canadien, quand bien même ce n'était que des fragments de voix. Au téléphone, Lawrence était plus monosyllabique que jamais. Là-bas, dans le Mercantour, Crassus le Pelé restait introuvable. Presque tous les autres loups co
Allongée sur le dos, Camille regardait le jour passer entre les barres de la claire-voie et la poussière trembler dans les rayons obliques. Dans cette poussière, il devait y avoir un tas d'autres choses que les éléments ordinaires. Des micro-particules de foin, de suint et de crottin en suspension, jouant dans la lumière de l'aube. Ça faisait sûrement une poussière très consistante, un mélange rare. Camille remonta la couverture sous son menton. Il n'avait pas fait chaud cette nuit, dans ce village brumeux, il avait fallu sortir les plaids préparés par Buteil. Ça lui coûterait quoi, d'appeler Adamsberg? Que dalle, comme disait Soliman. Elle se foutait d'Adamsberg, il avait disparu dans les trappes de la mémoire, là où tout se pulvérise, se carbonise et se recycle, comme dans les usines de traitement des matériaux, où on peut fabriquer une chaise en rotin toute neuve avec un vieux tracteur. Au fond, Adamsberg avait été recyclé. Pas en chaise en rotin, non, sans doute pas, car Camille n'en avait pas l'usage. Mais en voyages, en partitions, en vis de 5/80, en Canadien, pourquoi pas. La mémoire fait ce qu'elle veut avec les matériaux qu'on lui do
Alors, qu'est-ce que ça pouvait bien faire d'appeler Adanisberg? Rien. Sauf de l'e
Mais Soliman, avec sa douleur affleurante, avec son regard persuasif, avec ses fables, ses contes et ses définitions, avait entamé les défenses de son égoïsme et, toute la nuit, Camille avait co
Au matin, elle se retrouvait en impasse, vacillante sur la ligne de crête de l'hésitation, partagée en deux moitiés égales entre son refus de retourner vaincue aux Écarts et sa résistance maussade à l'idée de faire appel à Jean-Baptiste Adamsberg.
De l'autre côté de la bâche, Soliman et le Veilleux étaient levés. Elle entendit le jeune homme décrocher la mobylette, en quête de pain frais, sûrement. Puis le Veilleux qui passait sa chemise, son pantalon. Puis une odeur de café, et la mobylette qui revenait. Camille enfila sa veste, son jeans, et mit ses bottes avant de toucher le sol – on ne pouvait pas marcher pieds nus dans la bétaillère.
Soliman sourit en voyant Camille et le Veilleux lui désigna un tabouret du bout de son bâton. Le jeune homme lui emplit son bol, y laissa tomber deux sucres, lui coupa des tartines.
– Je vais me débrouiller maintenant, dit Camille.
– On a pensé, jeune fille, dit le Veilleux.
– On rentre, a
Camille fronça les sourcils.
– Ça ne peut pas attendre? dit-elle. D'ici un jour ou deux, il y aura peut-être de nouvelles brebis. On saura où aller.