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– Mais disons qu'il y a de ça, termina le Veilleux.

– Trouvez quelqu'un pour conduire la bétaillère, dit Camille. Qui la conduit d'habitude?

– Buteil. Mais Buteil restera aux Ecarts pour s'occuper des bêtes. Et Buteil a une femme et deux enfants.

– Tandis que moi j'ai rien.

– Si tu veux.

– Trouve quelqu'un d'autre pour ton road-movie à la con.

– Ton quoi? demanda le Veilleux.

– Ton roade-mouvie, expliqua Soliman. C'est de l'anglais. Ça signifie une sorte de déplacement sur route.

– Bien, dit le Veilleux, perplexe. J'aime bien comprendre.

– Perso

– On ne peut pas, dit le Veilleux.

– Ne joue pas avec les sentiments, Sol, dit Camille.

– Avec quoi veux-tu que je joue? Je suis ho

– Ne me casse pas la tête avec ce marigot, Sol. Ressers de l’eau-de-vie et laisse-moi réfléchir.

Camille se leva et alla se poster face à la cheminée éteinte, tournant le dos aux deux hommes. L'âme de Suza

– C'est un quoi, le camion? demanda-t-elle en se retournant vers Soliman.

– Un 508 D, dit Sol, moins de trois to

Camille reporta son regard vers la cheminée, le silence se réinstalla. Donc, conduire le camion. Sortir Soliman et le Veilleux de la tourmente, apaiser Lawrence et ses loups. Pousser le camion jusqu'aux basques de l'égorgeur. Ridicule. Aucune chance, une vraie foutaise. Alors quoi? Rester ici, attendre les nouvelles, manger, boire, s'occuper des drames inexpliqués des campagnols, attendre Lawrence. Attendre, attendre. S'emmerder. Craindre. Verrouiller le soir de peur de voir surgir Massart. Attendre.

Camille revint à la table, prit son verre, trempa ses lèvres.

– Le camion m'intéresse, dit-elle. Suza

– Tu veux dire qu'on le remet gentiment aux flics? dit Soliman d'un air peiné.

– Ce serait légal. Fendre un type en deux morceaux dépasse le seuil de violence consenti entre voisins.

– Nous, on s'en branle du plafond légal, dit le jeune homme.

– Je suis au courant. C'est pas la question de la loi. C'est la question de la vie de Massart.

– Ça revient au même.

– En partie.

– Nous, on s'en branle de la vie de Massart.

– Pas moi.

– T'en demandes trop.

– C'est une question de goût. Massart au complet avec moi ou Massart en bouillie sans moi. Je ne suis pas portée sur la bouillie.

– On avait compris, dit Soliman.

– Bien sûr, dit Camille. Je vous laisse réfléchir.

Camille s'assit devant son synthétiseur et mit son casque. Elle pianota pour la forme, l'esprit surchauffé, à mille lieues des campagnols en blouse. Courir après Massart? Tout seuls comme trois égarés? Qu'est-ce qu'ils étaient d'autre que trois égarés?

Soliman fit un signe de la main, Camille ôta son casque, revint à la table. C'est le Veilleux qui prit la parole.

– Jeune fille, dît-il, vous avez déjà écrabouillé des araignées?

Camille serra le poing et le posa sur la table, entre Soliman et le Veilleux.

– J'ai écrabouillé des wagons d'araignées, dit-elle, j'ai bousillé des centaines de nids de guêpes et j'ai anéanti des fourmilières entières en les jetant dans le fleuve avec cinq kilos de ciment prompt aux pieds. Et je ne discute pas de la peine de mort avec deux tarés comme vous. C'est non, ce sera toujours non, et mille ans après votre mort.

– Deux tarés, tu dis? dit Soliman.

– C'est ce qu'elle dit, dit le Veilleux. Fais pas répéter.

– Répète, Camille?

– Deux cons, deux tarés.

Sol allait se lever quand le Veilleux lui mit la main sur le bras.

– Respect, Sol. Cette jeune femme n'a pas tort. Considère bien qu'elle n'a pas tort. Marché conclu, dit-il en se retournant vers Camille et en lui tendant la main.

– Pas de bouillie? demanda Camille, méfiante, sans tendre sa main.

– Pas de bouillie, répondit le Veilleux de sa voix sourde en reposant sa main.

– Pas de bouillie, répéta Soliman de mauvaise grâce.

Camille hocha la tête.

– Quand est-ce qu'on part? demanda-t-elle.

– On enterre ma mère demain. On part dans l'après-midi. Buteil aura préparé le camion. Viens demain matin.

Les deux hommes se levèrent, Soliman en souplesse, le Veilleux tout en raideur.

– Un truc, dit Camille. Un détail du contrat à régler. Rien ne dit qu'on trouvera cet homme. Si après dix jours, trente jours, on n'est parvenus à rien, qu'est-ce qu'on fait? On ne va pas lui coller au cul toute la vie, si?

– Toute la vie, jeune fille, dit le Veilleux.

– Ah bien, dit Camilie.

XV

Toute la nuit, Camille dormit d'un sommeil de surface, l'esprit en alerte, avec la conscience d'un petit truc qui clochait. Elle sut en ouvrant les yeux que c'était un gros truc qui clochait. Elle avait accepté la veille au soir de lancer la bétaillère de Suza

Maïs étrangement, l'idée d'a

Camille acheva de préparer son sac à dos, roula ses partitions dans le soufflet droit, le Catalogue de l'Outillage Professio

Il régnait aux Écarts cette vie ralentie qui précède les enterrements. Buteil et Soliman s'activaient autour du camion avec des gestes traînants. Camille les rejoignit, posa son sac auprès d'eux. Vu de près, le camion avait en effet plus l'allure d'une bétaillère que de quoi que ce soit d'autre. A l'aide du jet d'eau, Buteil était en train d'en rincer le plancher et les claires-voies, projetant vers le sol des coulées noires et épaisses de paille et de crottin. Soliman dépliait les éléments de la bâche qui devait recouvrir l'ossature du poids lourd. Car – et Camille réalisait seulement maintenant ce que cela signifiait – ce camion allait leur servir de chambre.