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Restaient les faits: une trentaine de loups récensés sur le Massif, sans compter les jeunes égarés, une dizaine peut-être, et les chiens errants, à peine moins dangereux. Des centaines d'ovins égorgés au cours de la saison dernière, dans un rayon de dix kilomètres autour du Mercantour. A Paris, on n'en parlait pas, parce qu'à Paris on se foutait pas mal des histoires de loups et de moutons, et Adamsherg découvrait ces chiffres avec stupeur. Aujourd'hui, deux nouvelles attaques dans le canton d'Auniers relançaient l'affrontement.
Un vétérinaire venait à l'écran, pondéré, professio
– Diriez-vous d'un loup, docteur?
– Ou d'un très grand chien.
– Ou d'un très grand loup?
Puis, à nouveau, le visage buté d'un éleveur. Depuis quatre a
Fasciné, Adamsberg achevait debout son assiette de pâtes froides. Le présentateur enchaîna. Les guerres.
Lentement, le commissaire s'assit, posa son assiette par terre. Bon dieu, les loups du Mercantour. Elle avait drôlement grandi, l'i
III
Lawrence Donald Johnstone ne redescendit au village que le vendredi, vers onze heures du soir.
Entre une heure et quatre heures, les hommes du Parc du Mercantour faisaient une longue pause studieuse ou somnolente à l'ombre des baraquements de pierres sèches qu'on trouvait ça et là sur les pentes. Lawrence s'était approprié, pas très loin du nouveau territoire du jeune Marcus, une bergerie désaffectée dont il avait débarrassé le sol d'un fumier hors d'âge et à vrai dire inodore. C'était pour le principe. Le grand Canadien, plus habitué à se laver torse nu avec des mottes de neige qu'à se vautrer, poisseux de vieille sueur, dans la merde des brebis, trouvait les Français cradingues. Paris, rapidement traversé, lui avait soufflé de lourdes odeurs de pisse et de transpiration, des relents d'ail et de vin. Mais c'était à Paris qu'il avait rencontré Camille, aussi Paris était-il absous. Absous aussi ce Mercantour surchauffé et ce village de Saint-Victor-du-Mont où il s'était provisoirement posé avec elle. Mais cradingues quand même, les types surtout. Il ne s'habituait pas aux ongles noirs, aux cheveux collés, aux maillots informes, gris de crasse.
Dans sa vieille bergerie nettoyée, Lawrence s'installait chaque après-midi sur une grosse toile, étendue à même la terre séchée. Il classait ses notes, visio
Puis, après avoir avalé pain, flotte et saucisson, Lawrence s'étendait au sol, au frais, mains sous la nuque, et il pensait à Camille, il pensait à son corps et à son sourire. Camille était propre, Camille était parfumée, et surtout, Camille possédait une grâce inconcevable, qui faisait trembler les mains, le ventre et les lèvres. Jamais Lawrence n'aurait imaginé trembler pour une fille aussi brune, aux cheveux raides et noirs, taillés sur la nuque, et qui ressemblait à Cléopâtre. Quand même, pensa-t-il, ça faisait deux mille ans que cette vieille Cléopâtre était morte, mais elle restait encore l'archétype de ces fières filles brunes au nez droit, au cou délicat, au teint pur. Oui, rudement forte, cette vieille Cléopâtre. Et dans le fond, il ne savait rien d'elle, et pas grand-chose de Camille, sauf qu'elle n'était pas reine et qu'elle gagnait sa vie en pratiquant tantôt la musique et tantôt la plomberie.
Ensuite, il devait abando
Ce matin, il avait vexé Mercier. Mais sans blague, c'était Marcus, tout de même.
Marcus, avec sa touffe jaune à l'encolure. Il promettait, ce loup. Tonique, fureteur, vorace. Lawrence le soupço
Lawrence était du côté des loups. Il estimait que les bêtes avaient honoré la petite terre de France en passant audacieusement les Alpes, comme des ombres sole
Lawrence n'était pas redescendu à Saint-Victor-du-Mont depuis cinq jours. Il avait prévenu Camille qu'il suivrait le vénérable Augustus dans ses chasses nocturnes et désespérées jusqu'à jeudi, avec la caméra infrarouge. Mais le jeudi, les échecs répétés du vieux loup avaient eu raison de la résistance de Lawrence et il avait prolongé sa traque d'une soirée, pour lui trouver de quoi bouffer. Il avait attrapé deux gare