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– Le médecin? Qu'est-ce qu'il dit?
– Comme le trappeur. Qu'elle a été égorgée. Egorgée. Entre trois et quatre heures du matin. On ne peut pas encore bien voir l'empreinte des dents. Faudra nettoyer. Mais il dit que c'est flou, que c'est pas comme si ça plantait dans de l'argile, hein?
Camille fit oui.
.- Le Veilleux est toujours là-dedans?
– Oui. On a peur qu'il se momifie.
– Vous pouvez toujours dire aux gens de la psychologie d'aller le voir.
Le gendarme secoua franchement la tête.
– Pas la peine, affirma-t-il. Le Veilleux est dur comme un sac de noix. La psychologie sur lui, ce serait comme pisser sur les arbres.
– Ah bon, dit Camille. Est-ce que ça vous e
– Lemirail. Justin Lemirail.
– Merci, dit Camille qui reprit son chemin, les bras pendants.
Elle rejoignit Lawrence à la moto, mit son casque en silence.
– Je ne sais plus où j'ai foutu le bocal, murmura-t-elle.
– Je crois que ce n'est pas grave, dit Lawrence.
Camille hocha la tête, enfourcha la moto et serra le Canadien autour du ventre.
X
Lawrence arrêta la moto devant la maison, et attendit sans bouger que Camille en descende.
– Tu ne viens pas? demanda-t-elle. On va faire du café, non?
Lawrence secoua la tête, les mains serrées sur le guidon.
– Tu retournes tout de suite dans le Massif? Tu veux chercher cette saleté de loup?
Lawrence hésita, ôta son casque, secoua ses cheveux.
– Vais voir Massart, dit-il.
– Massart? A cette heure-là?
– Il est déjà neuf heures, dit Lawrence en consultant sa montre.
– Je ne pige pas, dit Camille. Qu'est-ce que tu veux à ce type?
Lawrence fit la moue.
– Je ne comprends pas que le loup ait attaqué, dit-il.
– Eh bien, il l'a fait quand même.
– Le loup a peur de l'homme, continua Lawrence. Il ne l'affronte pas.
– Bon. Il l'a affronté.
– Suza
– Et bon, c'est ce qu'elle a fait, Lawrence. Elle l'a acculé. Tout le monde sait qu'un loup acculé attaque.
– C'est bien ce qui me tracasse. La grosse en co
Camille fronça les sourcils.
– Explique-toi, dit-elle.
– Pas envie. Pas sûr de moi.
– Explique-toi quand même.
– Bullshit. Suza
– Et après, Lawrence? Puisque Massart n'est pas un loup-garou? Qu'est-ce qu'il aurait fait? Il aurait rigolé, non?
– Pas forcément rigolé.
– Massart a déjà mauvaise réputation et les gosses le fuient. Qu'est-ce qu'il a à faire des révélations de Suza
– God. Tu ne comprends pas.
– Eh bien explique-toi mieux. Ce n'est pas le moment de bouffer les phrases.
– Massart en a rien à faire des racontars. Ail right. Mais suppose que la grosse ait eu raison? Que ce soit Massart qui ait égorgé les brebis?
– Déraille pas, Lawrence. Tu as dit que tu n'y croyais pas.
– Pas au loup-garou. Non.
– Tu oublies les blessures, bon sang. Ce ne sont pas les dents de Massart, si?
– Non.
– Ah. Tu vois.
– Mais Massart a un chien. Un très grand chien.
Camille tressaillit. Elle avait aperçu le chien sur la place, une haute bête tachetée remarquable, dont la tête massive arrivait à la ceinture de l'homme.
– Un dogue allemand, dit Lawrence. Le plus grand des chiens. Le seul qui puisse égaler ou dépasser la taille d'un loup mâle.
Camille posa sa botte sur le cale-pied de la moto, soupira.
– Pourquoi pas juste un loup, Lawrence? demanda-t-elle doucement. Un vieux loup tout simple? Pourquoi pas Crassus le Pelé? Tu le cherchais hier encore.
– Parce que la grosse lui aurait tiré dans le cul. Par la fenêtre. Je vais voir Massart.
– Pourquoi pas Lemirail?
– Qui est Lemirail?
– Le gendarme moyen.
– God. Trop tôt. On va juste causer, Massart et moi.
Lawrence lança la moto et disparut dans la pente.
Il ne revint qu'à l'heure du déjeuner. Camille, un peu assommée, avait posé sans faim sur la table du pain et des tomates et mangeait en feuilletant le journal de la veille sans le voir. Même le Catalogue de l'Outillage Professio
– Tu l'as vu?
– A disparu.
– Pourquoi «disparu»? Le gars a le droit d'aller faire un tour.
– Oui.
– Le chien était là?
– Non.
– Tu vois. Il a été faire un tour. Et puis c'est dimanche.
Lawrence leva le menton.
– Paraît qu'il va à la messe de sept heures tous les dimanches, dit Camille, dans un autre village.
– Serait rentré. J'ai parcouru tous les environs de sa baraque pendant deux heures. L'ai pas vu.
– Elle est grande, la montagne.
– Suis repassé aux Ecarts. Soliman est sorti des toilettes.
– La psychologue? Lawrence acquiesça.
– Il ne va pas bien, dit-il. Le médecin lui a do
– Le Veilleux?
– Paraît qu'il a bougé.
– Bon.
– D'un mètre.
Camille soupira, arracha un morceau de pain, le mâcho
– Tu le trouves comment, toi, le Veilleux? demanda-t-elle.
– Chiant.
– Ah. Je le trouve plutôt impressio
– Les gars impressio
– C'est possible, admit Camille.
– Retournerai voir Massart ce soir, à l'heure du dîner. Peux pas le manquer.
Mais Lawrence ne trouva pas Massart à sa cabane le soir. Il attendit plus d'une heure et demie appuyé contre sa porte, regardant la nuit tomber sur la montagne. Lawrence savait attendre comme perso
– Suis inquiet, dit-il à Camille.
– Tu t'énerves sur ce type. Perso
Lawrence fit la moue.
– Il bosse demain. Devrait être revenu.
– Ne t'énerve pas sur ce type.
– Trois possibilités, dit Lawrence en étendant trois doigts. Massart est i
Lawrence retomba dans un long silence. Camille lui secoua le genou, comme on bouge une lampe pour rétablir le contact. Cela fonctio
– Ou bien Massart est toujours i