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– Je ne suis pas chasseur, moi, dit Marc. Je ne sursaute pas au premier cri d'une bête sauvage. En attendant, grouillez-vous. Lucien va ameuter tous les voisins, réveiller Cyrille, et toi, Mathias, tu es complètement à poil. Je ne te le reproche pas, je te le signale, c'est tout.
– Et alors? dit Mathias. Cet imbécile n'avait qu'à pas me faire lever en pleine nuit.
– En attendant, tu vas te geler.
Au contraire, Mathias ressentait une douce tiédeur dans le creux du dos. Il ne comprenait pas comment Marc pouvait être aussi frileux.
– Ça va, dit Mathias. Je sens du chaud.
– Eh bien pas moi, dit Marc. Allez, chacun un bras, on le rentre.
– Non! cria Lucien, je veux mes clefs! Mathias soupira et arpenta les quelques mètres de la rue pavée. Si ça se trouve, cet imbécile les avait perdues bien plus tôt. Non, il les aperçut entre deux pavés. Les clefs de Lucien étaient faciles à repérer: il y avait suspendu un petit soldat de plomb d'époque, avec sa culotte rouge, sa capote bleue aux pans relevés. Bien qu'insensible à ce genre de futilité, Mathias comprenait que Lucien y tie
– Je les ai, dit Mathias. On peut le rentrer dans sa cagna.
– Je ne veux pas qu'on me tie
– Avance, dit Marc sans le lâcher. Dire qu'il faut encore qu'on le tire jusqu'à son troisième étage. C'est sans fin.
– «La co
Lucien stoppa net au milieu du jardin.
– D'où tiens-tu ça? demanda-t-il.
– D'un journal de tranchées qui s'intitule «On progresse». C'est dans un de tes bouquins.
– Je ne savais pas que tu me lisais, dit Lucien.
– Il est prudent de savoir avec qui on vit, di Mathias. En attendant, progressons, je commence à sentir le froid maintenant.
– Ah, tout de même, dit Marc.
Marc s'éto
– Tu as l'air d'avoir bien récupéré, dit Marc.
– Pas tant que ça, dit Lucien avec une grimace. J'ai le casque.
– Parfait, dit Mathias, ça doit te faire plaisir.
– Amusant, dit Lucien. Excellentes tes langoustines, Marc. Tu as très bien choisi ta poisso
– Ton vétéran? Ça a do
– Magnifique. J'ai rendez-vous mercredi en huit. Après, je ne me souviens plus trop.
– Vos gueules, dit Marc, je prends les informations.
– Tu attends des nouvelles?
– La tempête en Bretagne, j'aimerais savoir où elle en est.
Marc vénérait les tempêtes, ce qui était assez banal et il le savait. Ça lui faisait déjà un point commun avec Alexandra. C'est toujours mieux que rien. Elle avait dit qu'elle aimait le vent. Il posa sur la table un petit poste de radio, constellé de taches de peinture blanche.
– Quand on sera grands, on achètera une télé, dit Lucien.
– Taisez-vous, bon Dieu!
Marc monta le son. Lucien faisait un boucan infernal en décortiquant ses langoustines.
Les nouvelles du matin s'enchaînaient. Le Premier ministre attendait le chancelier allemand. La Bourse merdait un peu. La tempête s'apaisait en Bretagne, s'acheminait vers Paris en perdant de sa violence en cours de route. Regrettable, pensa Marc. Une dépêche de l'A.F.P. signalait la découverte ce matin d'un homme assassiné dans le parking de son hôtel, à Paris. Il s'agissait de Christophe Dompierre, âgé de quarante-trois ans, célibataire sans enfants, et délégué aux affaires europée
Marc posa brutalement sa main sur le poste et regarda Mathias, effaré.
– Que se passe-t-il? demanda Lucien.
– Mais c'est le type qui était là hier! cria Marc. Crime politique, mon cul!
– Tu ne m'avais pas dit son nom, dit Lucien. Marc monta quatre à quatre l'escalier jusqu'aux
combles. Vandoosler, éveillé depuis longtemps, lisait, debout devant sa table.
– Ils ont tué Dompierre! dit Marc, le souffle court. Vandoosler se retourna lentement.
– Assieds-toi, dit-il, raconte.
– Je ne sais rien de plus! cria Marc, toujours essoufflé. C'était à la radio. On l'a tué, c'est tout! Tué! Il a été retrouvé ce matin dans le parking de son hôtel.
– Quel con! dit Vandoosler en frappant du poing sur sa table. Voilà ce que c'est que de vouloir jouer sa partie tout seul! Le pauvre type s'est fait prendre de vitesse. Quel con!
Marc secouait la tête, désolé. Il sentait ses mains trembler.
– Il était peut-être con, dit-il, mais il avait percé quelque chose d'important, c'est certain à présent. Il faut que tu prévie
– Oui, faut prévenir Legue
Marc gémit.
– Mais on avait promis à Dompierre de la boucler. Qu'est-ce que tu voulais qu'on fasse d'autre?
– Je sais, je sais, dit Vandoosler. Alors mettons-nous d'accord: d'une part, ce n'est pas toi qui as couru après Dompierre, c'est lui qui est venu frapper chez toi, en tant que voisin de Relivaux. D'autre part, seuls toi, Saint Matthieu et Saint Luc étiez au courant de sa visite. Moi je ne savais rien, vous ne m'aviez rien dit. C'est seulement ce matin que vous m'avez sorti toute l'histoire. Ça colle?
– C'est ça! cria Marc. Défile-toi! Et on sera les seuls dans le bain à se faire étriller par Legue
– Mais, jeune Vandoosler, tu ne comprends donc rien? Je n'en ai rien à faire d'être à l'abri! Un sermon de Legue
Marc hocha la tête. Il saisissait. Il avait une boule dans la gorge. «Ni chaud, ni froid». Cette phrase du parrain lui rappelait quelque chose. Ah oui, cette nuit, quand ils avaient ramené Lucien à la baraque. Mathias avait chaud, et lui, avec un pyjama et un pull, il avait froid. Incroyable, ce chasseur-cueilleur. Aucune importance. Sophia avait été tuée, et maintenant, Dompierre. À qui Dompierre avait-il laissé l'adresse de son hôtel? À tout le monde. À eux, à ceux de Dourdan, à plein d'autres peut-être, sans compter qu'il avait peut-être été suivi. Tout dire à Legue
– J'y vais, dit Vandoosler. Je vais affranchir Legue
– Oui. Lucien avait perdu son petit soldat de plomb entre les pavés.